Conseils
à l'usage des professionnels
Préambule
L'IVG
médicamenteuse est une IVG dans toute l'acceptation du terme.
Cependant la précocité de la méthode, la réalisation
de l'avortement par prise de comprimés, l'absence de geste instrumental
introduisent dans l'inconscient une
notion magique pour la femme qui le pratique : « J'ai
un retard de règles, je prends un médicament et les règles
reviennent ». La réalité de la grossesse peut-être
niée. Pour certains médecins, l'embryon de moins de 5
semaines est moins « humanisé », la méthode
peut être présentée trop simplement.
Il
s'agit d'un choix supplémentaire apporté aux femmes mais
le médecin doit rester conscient que cette méthode :
Nécessite du temps paradoxalement. Il ne faut jamais hésiter
à proposer un entretien avec un professionnel de l'écoute.
Dans le cas d'une mineure cet entretien est obligatoire.
Est un avortement assez long dans son déroulement.
Peut être douloureuse avec des saignements importants et prolongés.
Se vit dans une certaine solitude, l'entourage pouvant être
parfois anxiogène.
Est une expérience d'une surprenante réalité.
Implique une nécessaire disponibilité du médecin.
Cette
méthode est cependant une possibilité offerte aux femmes
dans la ré appropriation de l'avortement et la re découverte
de leur corps. Un corps dont les variations au cours du cycle, de la
vie sont inconnues de nombreuses femmes.
Enfin,
le médecin ne doit jamais oublier que cet avortement se déroule
dans un lieu de vie privé et qu'il est une expérience
susceptible d'entraîner des bouleversements inattendus. Il doit
savoir entendre les femmes et au besoin les orienter
Choisir
l'IVG médicamenteuse hors établissement de santé
Différents
cas de figures.
La
femme a déjà fait le choix de l'IVG et de la méthode
médicamenteuse.
Il
faut absolument évaluer les motivations du choix de cette méthode.
Souvent
elle a été choisie sur recommandation d'une amie. La femme
pense que c'est la méthode la plus simple, la plus rapide et
qu'elle est efficace à 100%. La confusion avec la contraception
d'urgence n'est pas exceptionnelle.
Parfois
la méthode est choisie parce que le geste endo-utérin
est vécu comme une instrumentalisation du corps.
Enfin
la peur de l'anesthésie générale, des piqûres
détermine le choix.
Dans
toutes ces situations le choix est fait sur des présupposés
qui ne sont pas forcément en lien avec la réalité
qu'elles vont vivre. Les informations du médecin seront mises
à mal car elles peuvent être vécues comme dissuasives.
La
pensée de la femme semble bloquée, sur la défensive .
Le médecin devra user de toute sa persuasion pour laisser du
temps et amener la pensée à s'ouvrir avec l'aide éventuelle
d'un professionnel de l'écoute.
La
femme a fait le choix de l'IVG mais pas de la méthode, son terme
lui permet d'accéder à la méthode médicamenteuse
.
Cette
femme va pouvoir plus facilement élaborer, avec l'aide du médecin,
un choix pertinent entre le centre d'IVG et son domicile. C'est à
partir de ses représentations : de l'intimité, de
la solitude, du milieu hospitalier, du sang, de la douleur qu'elle fera
ou non le choix de cette expérience.
La
femme ambivalente par rapport à la poursuite de la grossesse.
L'urgence
à prendre une décision la rassure faussement en lui évitant
de prendre le temps nécessaire pour donner un sens à cette
conception intempestive.
Soit
cette ambivalence est annoncée, soit c'est à vous de la
repérer.
L'argumentaire
ne laisse aucune place au questionnement : « je préfère
le faire tout de suite comme cela je n'ai pas à réfléchir » « faut
le faire, alors autant le faire tout de suite ».
Tout
d'abord il faut rassurer cette femme sur les possibilités d'avorter
jusqu'à 14 SA. et lui laisser le temps nécessaire à
sa réflexion. L'orientation vers un entretien paraît indispensable.
La
femme change d'avis sur la méthode
C'est
probablement une situation qui montre que la femme a intégré
les informations et a jugé de ses limites. On peut offrir un
espace d'écoute pour la prise en charge chirurgicale ultérieure
La
femme dans le secret..
La
mineure vis à vis de ses parents : il faut absolument évaluer
les difficultés et les risques surajoutés par le secret.
Cette étape demande une approche fine des capacités de
la mineure à faire face à une telle situation dans la
solitude. Apprécier les qualités et l'investissement de
l'adulte accompagnant et ses capacités à parer à
l'urgence. C'est une situation à évaluer au cas par cas.
-
La femme dans le secret vis à vis de son conjoint et ou de sa
famille : c'est une situation qui fera vivre la méthode
dans la solitude et majore les risques de prise en charge tardive des
éventuelles complications.
C'est
probablement une situation qui montre que la femme a intégré
les informations et a jugé de ses limites. On peut offrir un
espace d'écoute pour la prise en charge chirurgicale ultérieure
Au
total
Avec
l'IVG médicamenteuse sans hospitalisation on assiste au retour
vers le privé, l'intime de l'avortement alors que la première
loi de 1975 l'avait porté sur la place publique pour des raisons
sanitaires. Malgré la formidable avancée que ces nouvelles
dispositions laissent entrevoir, il faudra probablement un certain temps
pour que les femmes se ré approprient sans déni, sans
anxiété cet évènement dans la sphère
du privé. Le rôle du médecin est essentiel dans
ce cheminement dans lequel un conseiller conjugal et familial ou un
psychologue peut être sollicité.