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FECONDITE DE LA PRIMIGESTE APRES INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE (ETUDE PROSPECTIVE)

Paul CESBRON

CREIL

I/ OBJECTIF  :

Les lois autorisant l'avortement dans le monde ont entraîné de nombreuses controverses sur les risques d'altération de la fécondité après un avortement volontaire.

HOGUE W., CATES et C. TIETZE publient une première méta-analyse sur le sujet en 1984 (Family Planning Perspectives) où ils affirment :

 
- « une interruption volontaire de grossesse pratiquée par aspiration jusqu'à 12 semaines d'aménorrhée sous anesthésie locale n'entraîne vraisemblablement pas de conséquence néfaste sur la fécondité ultérieure"
 
 
- « n'élève pas le risque de grossesse extra-utérine dans les grossesses suivantes »
- « n'entraîne pas d'augmentation des risques de mortalité ou de morbidité périnatale en particulier de retard de croissance intra-utéro et d'accouchement prématuré"

A la fin de cet article, ils concluent qu'il serait important de poursuivre les recherches concernant la fécondité après interruption de grossesse chez les primigestes.

Le but de ce travail est d'observer l'évolution de la fécondité sur une période de 12 ans

- d'un groupe de primigestes ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse (150 G1),

- comparé prospectivement à l'évolution de la fécondité d'une population de nulligestes ayant consulté à la même époque (189 G0).

II/ METHODOLOGIE  :

Critères d'inclusion  :

Groupe étudié  : Primigestes pour lesquelles l'interruption volontaire de grossesse a eu lieu avant 12 semaines d'aménorrhée par aspiration sous anesthésie locale ou généraledu 1 er janvier au 31 décembre 1989.

Groupe témoin  : Nulligestes consultant entre le 1 er janvier au 31 décembre 1989 pour une contraception dans le même centre d'orthogénie

Critères d'exclusion  :

Groupe étudié (G1) : femmes ayant un antécédent d'infection génitale connue

Groupe témoin (G0) : femmes consultant dans le centre d'orthogénie pour une pathologie génitale (infertilité, lésion cervicale, maladies sexuellement transmissibles (en cours d'évolution ou dans les antécédents), leucorrhées, problèmes sexuels divers, …

 

III/ CARACTERISTIQUES DE LA POPULATION ETUDIEE

 

Médiane de l'âge

(50 % de la population de part et d'autre de la médiane)

TOTAL 1989

Revues au-delà de 1990

G1

20,3 ans

20,1 ans

G0

17,4 ans

18,1 ans

Revues au-delà d'un an

G1 : 54 % (82)
G0 : 73,4 % (139).

La différence de l'âge médian : 2 ans constitue un élément important dans l'appréciation de l'évolution de la fécondité de ces deux groupes.

IV/ RESULTATS

Tableau 1  : Fécondité comparée du groupe étudié (82) avec le groupe témoin (139) sur une période de 12 ans

G1 (82)

G0 (139)

Femmes sans nouvelle grossesse

14 %

(12)

34 %

(46)

Femmes n'ayant pas eu d'enfant

27 %

(22)

44 %

(62)

Femmes ayant une ou plusieurs grossesses à partir de la date d'entrée dans l'étude

85 %

(70)

148 grossesses

= 1,8 grossesse/femme

66 %

(93)

192 grossesses

= 1,36 grossesse/femme

Interruption volontaire de grossesse

36 % (30)

37 interruptions de grossesse pour 148G=25%

26 % (37)

56 interruptions de grossesse pour

192G=29 %

Accouchements

73 % (60)

101 enfants = 1,7 enfant/femme

Césarienne : 9 %

Accouchement prématuré : 1 %

Fausse couche : 9 %

55 % (77)

129 enfants = 1,6 enfant/femme

Césarienne : 7,8 %

Accouchement prématuré : 3,5 %

Fausse couche : 4,7 %

Femme ayant eu 2 grossesses depuis l'inclusion dans l'étude

50 %

39 %

Femme ayant eu 2 enfants depuis l'inclusion dans l'étude

32, 4 %

26,6 %

Grossesse extra-utérine

1

0

Stérilité

0

7

On constate que la population des femmes ayant eu recours lors de leur 1 ère grossesse a un avortement volontaire auront dans les douze ans qui suivent un nombre de grossesse au moins égal à celui de la population témoin (G0 au départ). Cette population ne présente pas de risque d'infertilité particulier (stérilité et grossesse extra-utérine).

Afin de corriger l'effet lié dans le groupe témoin aux premières grossesses interrompues (32 femmes sur 139), ce sous-groupe a été joint au groupe étudié.

Nous obtenons ainsi deux nouveaux groupes :

le groupe étudié correspondant à l'ensemble des femmes dont la première grossesse
(G1) a été interrompue volontairement (114 femmes). Age médian = 20,3 ans.

Le groupe témoin correspondant aux nulligestes (G0) n'ayant pas eu recours à une interruption volontaire lors de leur première grossesse (107 femmes). Médiane de l'âge = 18 ans.

On retrouve toujours une différence d'âge identique entre les primigestes et les nulligestes, un peu supérieure à 2 ans.

Tableau 2 : Comparaison de l'évolution de la fécondité des primigestes ayant interrompu leur 1 ère grossesse et des nulligestes n'ayant pas eu recours à un avortement volontaire lors de leur première grossesse

G1 (114)

G0 (107)

Femmes sans nouvelle grossesse

19 %

(21)

43 %

(46)

Femmes n'ayant pas eu d'enfant

35 %

(39)

43 %

(46)

Femmes ayant eu une ou plusieurs grossesses à partir de la date d'entrée dans l'étude

81 %

(93)

192 grossesses

= 2,06 grossesse/femme

57 %

(61)

116 grossesses

= 1,96 grossesse/femme

Accouchements

127 enfants = 1,69 enfant/femme

103 enfants = 1,68 enfant/femme

Après cette correction, nous obtenons toujours chez les femmes ayant eu recours lors de leur 1 ère grossesse à un avortement volontaire, une fécondité ultérieure au moins égale à celle des nulligestes n'y ayant pas eu recours.

* La comparaison entre les deux populations n'est toutefois acceptable qu'à âge égal en raison du lien fort entre l'âge et la fécondité. Or, les deux populations (114 G1 et 107 G0) ont entre elles une différence d'âge significative, de 2 ans de vie (médiane à 18 ans pour les G0 et à 20,3 ans pour les G1).

Il est donc nécessaire pour comparer ces deux populations, dont la différence doit être réduite à la seule gestité (G1 comparé à G0) d'établir les courbes de fécondité au même âge.

Pour les nulligestes la survenue de la première grossesse correspond à la survenue du premier enfant (G0 devenant G1P1).

Pour les primigestes, la survenue de la grossesse suivante correspond ou non à la survenue du premier enfant (soit G1 devenant G2P0, soit G1 devenant G2P1).

(cf. tableau 3)

V/ CONCLUSION

Aux limites méthodologiques près, il semble bien que l'évolution de la fécondité des femmes dont la première grossesse est interrompue volontairement soit identique à celle des nulligestes n'ayant pas eu recours à l'avortement volontaire, de même âge.

Age de survenue de la première grossesse suivant l'entrée dans l'étude

18

19

20

21

22

23

24

25

26

27

28

29

30

31

32

33

%G1 devenant G2PO

3,50

11,30

17,40

26,10

33,00

35,10

49,50

60,90

63,50

64,40

71,60

73,30

76,00

78,30

80,00

80,80

%G1 devenant G2P1

0,90

6,10

7,00

12,20

18,10

26,00

34,00

39,20

44,80

47,00

54,00

55,70

58,20

61,70

64,40

%G0 devenant

G1P1

1,00

1,80

6,50

14,00

18,60

25,00

30,00

38,00

47,70

49,50

53,00

54,00

55,00

56,00

57,00

(C'est l'âge de survenue de la grossesse qui a été choisi et non l'année correspondante

afin de corriger l'effet de l'âge sur la fécondité)