IL
ETAIT UNE FOIS LA CONTRACEPTION
De
tout temps, les hommes ont imaginé mille recettes pour essayer
de parer aux conséquences indésirées des rapports
amoureux :
introduction dans le vagin de miel ou de pommade
à base d'excréments de crocodile en Egypte,
Badigeonnage d'huile de cèdre ou un onguent
de plomb ou à l'encens mélangé à l'huile
d'olive en Grèce,
Aux huiles (safran, acacia, racines de mandragore)
mélangées à la pulpe de grenade ou figue pour
éviter que le sperme pénètre dans le vagin
préconisé par un médecin dans l'antiquité
(les prémices des spermicides actuels),
A l'eau froide pour tuer le sperme vivant à
l'époque romaine. D'ailleurs chez les nobles un esclave accourait
après chaque rapports sexuels pour effectuer une douche vaginale,
pratique que l'on rencontre encore ; les « poires »
vaginales ont été beaucoup utilise par nos grands-parents
Aux tampons occlusifs en laine (principe qui
sera à la base du diaphragme), pour fermer le col de l'utérus,
étudié par Soranos, le plus brillant gynécologue
de l'Antiquité
A l'étude des cycles préconisant
l'abstinence juste avant et après les règles, pensant
que la femme est fertile à ce moment là, procédé
propose par le même Soranos
Aux instructions sur les périodes d'abstinence
donnée dans le Kama-Sutra en Inde à partir du 4 ème
siècle (par rapport au soleil, par exemple),
A l'apparition, en Asie au 16 e siècle
du préservatif. Les Chinois le fabriquent en papier de soie
huilée, les Japonais en écaille de tortue ou en cuir
En
1564, Gabriel Fallope invente un fourreau de lin « à
la mesure du gland » imbibé de décoctions d'herbes
astringentes.
De
nombreux textes du 17 ème siècle parlent de sachets péniens.
C'est d'ailleurs au milieu de ce siècle qu'aurait vécu le
Docteur Condom. Médecin de Charles II d'Angleterre.
Beaucoup
d'interrogations sur l'existence même de ce médecin.
Condom
(préservatif) vient du verbe latin condere qui signifie, cacher,
protéger.
Louis
XIV en commande pour son propre usage.
Il
se banalise, beaucoup d'hommes les utilisent.
Ils
sont en boyau animal (pas très confortable) « cuirasse
contre le plaisir » dira la marquise de Sévigné.
Il
faut attendre la Révolution Française puis les mœurs faciles
du Directoire pour voir le commerce du préservatif se légalisé.
Le
latex fut découvert par Charles Goodyear en 1839. Ce n'est qu'en
1870 qu'apparaît le 1 er préservatif sur le marché.
En
1901, voici quelques noms évocateurs de marques de préservatifs :
le crocodile, le rival protecteur, le voluptueux, le bibi
chatouilleur,
le porc épic, le velouté, le cristallin.
La
capote est lavée après chaque utilisation, séchée
et talquée.
Au
début du 20eme siècle, apparaît la mode des douches
vaginales, avec l'invention de la pompe qui propulse dans le vagin, après
chaque rapport sexuel, un mélange d'eau et de toutes sortes de
produits supposés détruirent les spermatozoïdes (vinaigre,
acide citrique, etc. ;;)
Le
stérilet est mis au point au début du 20eme siècle,
mais ne sera utilisé qu'après la seconde guerre mondiale,
venant
concurrencer la méthode Ogino.
Déja du
temps des pharaons, on mettait des pierres dans l'utérus des chamelles
pour qu'elles ne soient pas pleines pour la traversée du désert
; on a également retrouvé des stérilets dans les
momies égyptiennes.
En
1924, Kiasuku Ogino, médecin japonais, met au point la méthode
qui a pris son nom en calculant la période de fécondité
au moment de l'ovulation entre le 12eme et le 16eme jour du cycle, et
en pratiquant donc l'abstinence pendant cette période.
Des
milliers de femmes utilisent ce calendrier Ogino et des milliers de bébé
Ogino comme on les appelle, naîtront ; les échecs
étant
d'environ 40%.
Puis
arrive la méthode des températures, méthode Knauss,
nom de son inventeur, repérant la montée de la température
au moment de l'ovulation. Elle s'avéra être aussi un échec
sur le plan contraceptif. Cette méthode est beaucoup plus efficace
pour repérer l'ovulation dans une démarche de traitement
de stérilité.
En
1912, une infirmière new yorkaise, Margaret Sanger assiste à
la mort d'une mère de trois enfants qui avait tenté d'avorter.
Elle se mobilise et en 1923 fonde à New York le premier centre
de planning.
Trois
ans plus tard, il en existe 250 aux états unis.
En
1951, avec l'aide de cette femme Margaret Sanger, Grégory PINCUS
ouvre le premier centre de recherche ou il travaille
sur
les hormones sexuelles.
Son
équipe à Mexico met au point une synthèse d'œstrogènes
et progestérone qui empêche l'ovulation.
En
1954 les premiers essais à Porto Rico montrent l'efficacité
de cette contraception orale. La pilule est née. Elle se nomme
l'Enovid.
Des
effets secondaires importants apparaissent, mais cette méthode
étant une grande avancée pour les femmes, les recherches
continuent.
En
1960, aux Etats Unis, la première pilule contraceptive est commercialisée.
En France, le pouvoir politique se refuse à l'autoriser.
En
Chine, dès 1965, elle connaîtra un développement considérable
très rapidement.
La
Grande Bretagne est la première en Europe à l'expérimenter.
En
1961, Des françaises, créent dans une quasi-clandestinité,
le premier centre de planning familial à Grenoble. On y fait venir
de Suisse ou d'Angleterre des diaphragmes et la pilule y fait une timide
apparition en 1965. Pour contourner la loi, ses propriétés
contraceptives ne sont pas mentionnées. Officiellement, c'est un
médicament pour régulariser les règles.
C'est
en 1967 que fut votée la loi Neuwirth qui abroge les articles du
code de la santé réprimant la propagande anticonceptionnelle,
et autorise l'importation, la fabrication des contraceptifs.
Cette
loi crée les lieux de diffusion de cette contraception : les
centres de planification et d'éducation familiale.
Mais
les décrets d'application ne parurent qu'en 1974, (7 ans pour que
les législateurs acceptent cette liberté de choix
proposée
aux femmes)
Les
Françaises ne cesseront de faire pression sur les hommes politiques.
Entre
1967 et 1987, le pourcentage de femmes entre 15 et 49 ans prenant la pilule
passera de 4 à 30 %.
Les
industries pharmaceutiques poursuivront leur recherche, des pilules associant
des dosages d'œstrogènes et progestatifs différents seront
mises sur le marché. On parle de pilule de 2 ème et 3 ème
génération.
Les
prix augmentent (de 15 Frs (supprimer Adépal) à 50
frs).
On
assistera au non-remboursement de ces pilules malgré les pressions
des associations d'usagers et de professionnels.
Actuellement émergent des pilules génériques.
En
France, le Dépoprovera introduit dans les années 1980 a
peu de succès. La perturbation du cycle menstruel est très
mal
vécue
en Europe.
Souvent
dans les centres de planification, la demande de cette contraception injectable
vient de femmes africaines
(contraception
utilisée fréquemment dans leur pays d'origine.)
Cette
méthode était proposée par le corps médical
aux femmes qui avaient de grandes difficultés avec les autres
contraceptifs.
Cela
a changé depuis l'arrivée de l'implant contraceptif.
Aux
Etats Unis, le Norplant, (bâtonnets de silicone implantés
sous la peau) est mis sur le marché en 1993, et utilisé
comme moyen de pression par le pouvoir législatif ; ainsi
les femmes reconnues coupables de violence sur enfant avaient obligation
de se faire placer ses implants, entraînant une stérilisation
forcée de ces femmes pour 5 ans.
En
France, l'implant contraceptif, l'Implanon, a fait son apparition en 2001
et semble de plus en plus proposé, surtout lorsqu'il y a des oublis
de pilules, et dans le cas d'ivg répétées.
En
1988, apparaîtra le RU 486, pilule abortive.
Des
recherches ont été effectuées pour utiliser cette
molécule comme contraceptif, mais elles seront abandonnées
très vite, ne donnant pas de résultats intéressants
sur cette indication.
Depuis
la méthode d'avortement par voie médicamenteuse se développe,
et peut maintenant être proposée dans les
établissements
pratiquant des IVG, ou dans des cabinets médicaux en ville avec
des médecins qui ont passé convention avec un centre de
référence d'IVG.
L'OMS
crée des programmes de recherche sur de nouvelles techniques contraceptives ;
(pilule mensuelle, auto injection, vaccin ...)
En
juin 1999, un contraceptif d'urgence, "la pilule du lendemain"
comme on la nommera à ce moment là est mis en vente sur
le marché français, sans prescription médicale.
En
décembre de la même année, ce contraceptif d'urgence
(de rattrapage pourront nous dire) sera disponible dans les infirmeries
scolaires et en janvier 2002, un décret permet la délivrance
gratuite, pour les mineures, de cette contraception dans les pharmacies.
Grande
avancée pour les mineures
Dans
les années 90 apparaît un préservatif féminin,
Fémidon dont la commercialisation s'arrêtera vite en France,
car peu d'utilisatrices de ce produit. Il réapparaîtra au
début des années 2000, mais avec une diffusion restreinte.
Début
2004, deux nouvelles formes de contraception hormonales – le patch et
l'anneau vaginal – sont commercialisées.
Aux
USA la méthode la plus répandue est la stérilisation,
38% des hommes et des femmes y ont recours.
En
France, c'est la loi du 4 juillet 2001 qui légalisera la stérilisation
masculine et féminine.
Et
la contraception masculine ?
Au
début des années 70, des groupes d'hommes (MLA) se sont
réunis, un peu en regard des groupes de femmes du MLF, et ont réfléchi
sur leur participation possible à la contraception. Des expériences
ont eu lieu, du slip chauffant aux produits hormonaux.
Actuellement,
on s'oriente vers des hormones qui vont diminuer, voir arrêter la
spermatogenèse ; mais les recherches ne sont toujours pas
abouties complètement puisque nous observons des effets secondaires
et pour certains hommes la poursuite d'une production significative de
spermatozoïdes ; les chercheurs envisagent une probable mise
sur le marché dans 10 ans !
La
contraception permet de dissocier sexualité et procréation,
d'envisager le plaisir sexuel sans qu'il y ait finalité reproductive
obligatoire, de choisir ses grossesses.
Tout
ceci n'est pourtant pas si facile à gérer dans le parcours
des femmes et des couples.
Prêtons
attention à ne pas se laisser grignoter cette liberté.
Martine
Chosson – 28 décembre 2005
Conseillère
conjugale et familiale – Paris
BIBLIOGRAPHIE
Histoire et philosophie de la médecine
(A. MOREAU) Revu pratique février 1982
Histoire de l'avortement – Table Ronde
(Modératrice Danielle Hassoun) 11ème journées
ANCIC - Mai 1995
Si la pilule m'était contée
- Yves malinas - 1989
La contraception à travers les siècles
- Anne Marie Thomazeau - VIVA
L'interruption de grossesse depuis la loi
Veil - Paul Cesbron - Flammarion 1997
|