UNIVERSITE DE
REIMS
FACULTE
DE MEDECINE
ANNEE
UNIVERSITAIRE 2003/2004
DIPLOME
INTER UNIVERSITAIRE DE FORMATION COMPLEMENTAIRE EN GYNECOLOGIE OBSTETRIQUE
MEMOIRE
:
L'INTERRUPTION
MEDICAMENTEUSE DE GROSSESSE A DOMICILE
Docteur
Joëlle Gillet-Guilbaud
INTRODUCTION
Ce
mémoire a pour objet d'élaborer un document de travail
destiné aux médecins intéressés par la pratique
des interruptions de grossesse à domicile, pour leur permettre
d'accompagner en toute sécurité, dans le respect des lois
et des bonnes pratiques professionnelles, la démarche d'une femme
de la demande initiale jusqu'à l'évaluation de l'efficacité
et la prévention des grossesses non désirées.
La
pratique des avortements médicalisés par voie médicamenteuse
a été autorisée en France à partir de 1988
par prise orale de mifépristone , stéroïde
antiprogestérone, suivie de l'administration d'une prostaglandine
soit injectable (sulprostone), soit intravaginale (gemeprost).
L'association
à la mifépristone du misoprostol , analogue
synthétique de la prostaglandine E1, utilisable par voie orale
en a fait une technique simple d'emploi, peu coûteuse, efficace
et bien tolérée, qui est devenue la méthode de
référence en France à partir de 1992 et s'est très
rapidement généralisée dans le monde.
Répondant
avant tout à la demande des femmes, l'idée de l'IVG médicamenteuse
à domicile s'est progressivement imposée aux médecins
en charge des IVG en milieu hospitalier devant le constat de la grande
sécurité de la méthode. Cette possibilité
offre en outre un moyen de palier les difficultés constantes
d'accès des femmes à l'IVG, liées à l'insuffisance
de places disponibles et de personnel formé et dédié
à la pratique et l'accompagnement des IVG en établissements
de santé.
Depuis
1997, les essais se multiplient à travers le monde tant dans
les pays développés que dans les pays en voie de développement.
Dans ces derniers, l'OMS encourage vivement ces expériences d'avortement
induit à domicile à travers des programmes de santé
de la reproduction pour lutter contre les complications des avortements
non médicalisés, problème majeur de santé
publique tant en terme de morbidité-mortalité que de coût
de prise en charge. Les nombreuses publications démontrent effectivement
la sécurité et l'efficacité de cette méthode
simple et peu couteuse (26,27,28).
En
France, la reconnaissance officielle de l'utilisation à domicile
de la technique médicale apparaît dans les recommandations
de l'ANAES en mars 2001, mais c'est la loi du 4 juillet 2001 qui en
légalise la pratique hors des établissements de santé.
Un
premier décret du 3 mai 2002 en précise les conditions
de réalisation.
Malgré
les demandes des femmes et des professionnels de santé, malgré
les recommandations du groupe national d'appui à la mise en œuvre
de la loi du 4 juillet 2001, malgré les annonces répétées
dans les circulaires successives de dispositions réglementaires
en préparation, il faut patienter jusqu'en juillet 2004 pour
voir paraître un nouveau décret modifiant les modalités
d'applications du précédent (01/07/04) et l'arrêté
fixant les prix des actes et des médicaments (23/07/04).
Nous
sommes en attente de la circulaire ministérielle.
A
propos de terminologie:
Dans les publications étrangères, on relève les
expressions de:
? "medical abortion" ou de "medical termination of pregnancy"
(MTP) pour toutes les techniques médicales d'interruption de
grossesse sans référence au terme ni à l'indication
de l'interruption; ce terme n'est pas superposable à la notion
française "d'interruption médicale de grossesse",
? "early medical abortion" pour différencier cette
méthode réservée aux grossesses jeunes des protocoles
médicaux utilisés dans les grossesses plus avancées
( à partir de 13 SA et au cours du deuxième trimestre),
? "induced abortion at home" pour l'IVG à domicile,
? "misoprostol self-administration", qui concerne l'administration
par la femme elle-même du misoprostol par voie vaginale et non
le lieu de déroulement de l'IVG.
En France, l'appellation légale retenue est "interruption
volontaire de grossesse hors établissement de santé",
? le rapport de l'ANAES mentionne "l'utilisation à domicile"
de la méthode médicamenteuse ou "l'administration
ambulatoire" du misoprostol,
? les circulaires ministérielles ont utilisé le terme
d'IVG en "médecine ambulatoire".
L'ensemble
des professionnels de santé français reste partagé
entre les expressions "IVG médicamenteuse sans hospitalisation",
"IVG médicamenteuse à domicile", "IVG en
médecine de ville" ou "en pratique de ville".
QUI
PEUT PRATIQUER UNE IVG MEDICAMENTEUSE A DOMICILE ?
Un
médecin
Dans
le cadre d'une convention avec un établissement
de santé pratiquant les IVG (centre référent)
Justifiant
d'une expérience professionnelle adaptée
soit
par une qualification universitaire en gynécologie médicale
ou en gynécologie obstétrique
soit
par une pratique régulière des IVG médicamenteuses
dans un établissement de santé
QUI
PEUT BENEFICIER D'UNE IVG MEDICAMENTEUSE A DOMICILE?
Toute
femme
dont
l'âge de la grossesse est inférieur ou égal à
7SA
dont
l'état médical et psychosocial permet
la réalisation d'une IVG médicamenteuse
dont
le domicile est situé à moins d'une heure de trajet
du centre référent
Peuvent
bénéficier du protocole
Les
femmes de Rhésus négatif
: le décret du 1 er juillet 2004 a abrogé leur exclusion
consécutive au décret du 3 mai 2002
Les
mineures sans consentement parental
: la prise en charge est anonyme et gratuite et le médecin demande
le remboursement des frais à la CPAM
LES
ENGAGEMENTS DU MEDECIN
Avant
toute prescription, le médecin doit effectuer les démarches
suivantes:
Signer
la convention avec le centre référent
Transmettre
une copie de la convention au Conseil de l'Ordre des
médecins, au Conseil de l'Ordre des pharmaciens, et à
la CPAM du département concerné
Se
procurer les fiches statistiques anonymisées et
le dossier-guide auprès de la DDASS
Disposer
d'une liste de correspondants (conseillères
conjugales, échographiste….)
dont
il s'est assuré du concours.
Il
s'engage par ailleurs à:
Se
conformer aux recommandations de l'ANAES
Transmettre
au centre référent une copie des fiches de liaison
médicales et les fiches
statistiques
anonymisées
Conserver
dans le dossier médical de la patiente les attestations
de consultation
préalable à l'IVG et le consentement écrit
de la femme à son IVG
Participer
aux séances de formation et
d'actualisation des connaissances organisées par le
centre référent
LES
ENGAGEMENTS DU CENTRE REFERENT
En
retour, le centre réfèrent s'engage à:
Mettre
au point un protocole d'IVG médicamenteuse sans hospitalisation
Organiser
des séances de formation et d'actualisation
des connaissances pour la pratique des IVG médicamenteuses sans
hospitalisation
Organiser
la permanence des soins jour et nuit pour la prise
en charge des éventuelles complications et des
échecs de la méthode
S'assurer
que le médecin justifie d'une expérience professionnelle
adaptée à la pratique des IVG médicamenteuses
sans hospitalisation
Faire
signer la convention au médecin et lui en remettre
un exemplaire pour permettre la commande des médicaments en pharmacie
d'officine
Envoyer
une copie de la convention pour information à
l'ARH et à la DDASS
Répondre
aux demandes d' information du médecin
Assurer
et contrôler la réception des deux fiches de liaison
transmises par le médecin
Contrôler
la réception de la fiche statistique anonymisée
et assurer sa transmission à la DRASS
Faire
une synthèse annuelle qualitative et quantitative
de l'activité IVG médicamenteuse sans hospitalisation
à transmettre
au
médecin de ville
au
médecin inspecteur régional de la Santé Publique
LE
PROTOCOLE STANDARD
3
COMPRIMES DE MIFEPRISTONE (600
mg) per
os
SUIVI
36H A 48H PLUS TARD DE
2
COMPRIMES DE MISOPROSTOL (400
µg) per
os
La
mifépristone est commercialisée
sous le nom de
MIFEGYNE
* – conditionnement en boîte
de 3 cps à 200mg - laboratoire EXELGYN:
dans
l'arrêté du 23 juillet 2004, la molécule est mentionnée
sous son nom de spécialité - Prix: 76,37€ TTC
Le
misoprostol est commercialisé sous les noms de:
CYTOTEC*
– conditionnement en boîte
de 60 cps à 200 µg - laboratoire PHARMACIA SAS: cette spécialité
commercialisée depuis 1987 n'a pas l'AMM pour les IVG médicamenteuses
et n'est pas mentionnée dans l'arrêté du 23 juillet
2004 – Prix: 19,19€ TTC
GYMISO*
– conditionnement en boîte
de 2 cps à 200 µg -laboratoire HRA-Pharma: cette spécialité
a reçu l'AMM dans l'indication "interruption médicale
de grossesse intra-utérine en association à la mifépristone
au plus tard au 49 e jour d'aménorrhée" le 29 octobre
2003 et est la seule mentionnée sur l'arrêté du
23 juillet 2004 - Prix: 15,37€ TTC
C'est
le médecin qui fournit les médicaments à la patiente
.
Pour
s'approvisionner en médicaments, le médecin
Passe
commande à usage professionnel
Auprès
d'une pharmacie d'officine
Avec
mention de la convention conclue avec l'établissement de santé
indiquant
le
nom du centre référent
la
date de la convention
IVG
MEDICAMENTEUSE SANS HOSPITALISATION
SCHEMA
DE PRISE EN CHARGE
Consultation
pré-IVG
La
patiente exprime sa demande d'IVG
Délai
de réflexion
Consultation
n° 1
Le
médecin reçoit le consentement de la patiente
Consultation
n° 2
Administration
de la Mifégyne
Consultation
n° 3
Administration
du Gymiso
Consultation
n° 4
Consultation
de contrôle.
La
consultation pré-IVG est réglée par la patiente
et donne lieu à l'établissement d'une feuille de soins.
Un
forfait fixé à 191,74€ couvre
le règlement des quatre consultations suivantes (évaluées
à 25€ chacune) et le prix de la Mifégyne et du Gymiso.
Ne
sont pas inclus dans le forfait:
-
Les échographies pré- et post-IVG
-
Les examens biologiques pré- et post-IVG
-
Les prescriptions d'antalgiques, d'immunoglobulines anti-D, de contraception,
d'antibiotiques et autres.
La
consultation pré-IVG
Le
contenu en est codifié par la loi (1,2,4) et par les recommandations
de l'ANAES (6) et comporte sept items:
Le délai de réflexion
Les informations sur les méthodes d'IVG
La proposition d'entretien psychosocial
L'évaluation de l'âge gestationnel
Le dépistage des MST et les FCV de dépistage
L'abord de la contraception
La vérification du groupe sanguin Rhésus
avec recherche d'agglutinines irrégulières
1
- Le délai de réflexion
Le médecin recueille la demande
d'IVG de la femme. C'est de la date de cette consultation que démarre
le délai de réflexion de 7 jours. La France figure parmi
les rares pays à imposer un délai de réflexion
légal, et c'est un des plus longs. Contrairement aux grossesses
avancées pour lesquelles le délai de réflexion
peut être raccourci pour permettre la réalisation de l'IVG
dans les délais légaux de 14SA, il n'y a aucune clause
prévoyant le raccourcissement du délai de réflexion
pour privilégier l'utilisation de la méthode médicamenteuse
à domicile. En revanche, cette méthode reste utilisable
jusqu'à 9SA en milieu hospitalier.
Conseil : remettre à la femme une attestation de consultation
médicale datée authentifiant le point de départ
du délai de réflexion.
2
- Les informations sur les méthodes d'IVG
L'information porte sur les différentes
méthodes d'IVG (médicale et chirurgicale), sur les différents
modes d'anesthésie (locale, générale, plus rarement
rachianesthésie) et sur les éventuelles complications
des IVG.
Le médecin doit remettre le dossier-guide à la patiente
et peut mettre à sa disposition des documents d'information écrits
établis par des professionnels (1).
3
- La proposition d'entretien psychosocial
Le médecin propose systématiquement
un entretien d'information, de soutien et d'écoute avec un professionnel
qualifié pour cet accompagnement et pour l'identification de
difficultés psychosociales. Dénommé "consultation
sociale", " consultation-entretien", "entretien
psychosocial" selon les textes, il est généralement
confié à une conseillère conjugale exerçant
dans un centre de planification et d'éducation familiale (CPEF),
mais il peut également avoir lieu dans un établissement
d'information, de consultation ou de conseil familial, dans un service
social ou un organisme agréés par décision préfectorale
et être - dans ces cadres - mené par toute autre personne
qualifiée (présentant l'aptitude et l'expérience
nécessaires). Cette consultation sociale est gratuite.Une attestation
d'entretien est remise à la patiente par la conseillère
conjugale.
Conseil : remettre à la patiente par écrit
les coordonnées des personnes ou des lieux assurant la réalisation
de ces consultations-entretiens .
4
- L'évaluation de l'âge gestationnel
Selon les recommandations de
l'ANAES, l'âge gestationnel est précisé par l'interrogatoire
et l'examen clinique, avec possibilité de recours à l'échographie
(6).
L'expérience clinique prouve que l'échographie
pré-IVG est indispensable car c'est le seul examen
qui permet une datation précise de la grossesse.
En
effet, l'interrogatoire manque de fiabilité:
parmi les causes d'erreur les plus fréquentes figurent l'ignorance
ou l'incertitude de la date des dernières règles, la confusion
d'une métrorragie avec les règles, la grossesse survenant
sur oubli de pilule, la présence de cycles irréguliers.
L'examen
clinique n'apporte pas
plus de certitude: à ce stade précoce de grossesse, le
toucher vaginal ne permet pas toujours le diagnostic d'utérus
gravide, notamment chez la primipare, en cas de rétroversion
utérine ou d'utérus fibromateux. Il permet néanmoins
dans certain cas de suspecter une grossesse d'un terme plus avancé
que le terme estimé d'après la date des dernières
règles, de palper une douleur ou une masse annexielle évoquant
un kyste ou une grossesse extra-utérine.
Le
dosage des hCG sériques
présente une trop grande variabilité des taux d'une grossesse
à l'autre à un même âge gestationnel pour
en faire une méthode de datation fiable. En revanche, il reste
le meilleur examen de diagnostic des grossesses très
jeunes (les taux se positivent avant même le retard
de règles alors que l'échographie détecte rarement
les grossesses avant 5SA et l'examen clinique rarement avant 6SA), et
en cas de doute un excellent moyen d'évaluer l'évolutivité
d'une grossesse par la cinétique des hCG sur deux
dosages successifs à 48 heures d'intervalle. Il est utile de
rappeler que le taux d'hCG commence à décroître
dès la fin du premier trimestre et qu'un taux modéré
d'hCG ne signifie pas nécessairement grossesse jeune: la confrontation
à la clinique et à l'échographie demeure indispensable.
L'échographie
de datation sera réalisée
de préférence par voie vaginale (6)
- soit par le médecin lors de la consultation s'il dispose d'un
échographe (6)
- soit par l'échographiste de son choix
- soit par le centre référent sur demande du médecin
en cas de doute sur la datation de la grossesse ou sur l'existence d'une
grossesse extra-utérine (2).
Elle ne visualise la grossesse que lorsque le taux d'hCG sériques
atteint 1000UI/ml. Pour un échographiste entraîné
à la pratique des échographies précoces, le sac
ovulaire est détectable à partir de 4SA5j (DI=2mm), l'embryon
devient visible à partir de 5SA6j (LCC=1,5mm). La précision
est de l'ordre de trois jours pour les grossesses jusqu'à 6SA,
de cinq jours jusqu'à 9SA. (9)
L'échographie permet en outre:
- d'apprécier l'évolutivité
de la grossesse . L'activité cardiaque est repérable
dès que la longueur craniocaudale atteint 2mm (6SA). La présence
d'un décollement placentaire ou l'aspect aplati du sac ovulaire
ne sont pas toujours prédictifs d'un arrêt de la grossesse.
En cas de doute, la cinétique des hCG sériques et la répétition
de l'échographie permettront de faire la part des choses,
- de suspecter une grossesse ectopique
(sac ovulaire non repéré en position intra-utérine
ou pseudo-sac irrégulier); la stagnation des taux d'hCG sériques
donnera un argument supplémentaire d'orientation vers une GEU.
Safar (UK) dans une communication récente, rapportait que sur
une série de 81710 avortements réalisés, seules
7 grossesses ectopiques non reconnues étaient relatées
soit 0,1‰ et que sur une série de 2230 demandes d'avortements
médicaux, 3 GEU avaient été détectées
et aucune non détectée,
- de diagnostiquer les grossesses gémellaires
(constituant une précaution d'emploi au protocole médicamenteux
d'IVG),
- de repérer d'éventuels kystes ovariens
(la plupart du temps fonctionnels, liés à la grossesse
et régressant spontanément après l'IVG),
- de diagnostiquer une anomalie ou pathologie utérine associée
(myofibrome, malformation utérine).
5
- Le dépistage des MST et les FCV de dépistage
La consultation pré-IVG
est l'occasion de proposer, selon le contexte clinique, un dépistage
des maladies sexuellement transmissibles dont l'infection
par le VIH et des frottis cervico-vaginaux de dépistage (6).
En outre, le médecin délivre à la femme une information
complète sur les MST (4).
Le
risque de MST est d'autant moins aisé à évaluer
que les femmes n'ont pas toujours conscience de s'y être exposées.
Pourtant, la grossesse non désirée survient dans une situation
à risque de MST dans plus de 50% des cas:
? nouveau partenaire ou partenaire de rencontre, partenaires
multiples
? relation extraconjugale ou infidélité
du compagnon
? contexte de rupture ou de divorce
? contexte de viol, d'abus sexuels ou de violences
conjugales, pas toujours exprimés mais qu'il faut savoir garder
à l'esprit, notamment chez les très jeunes filles et les
femmes très vulnérables.
Il ne faut pas hésiter à interroger la femme à
ce sujet avec des questions simples et précises en expliquant
l'objectif de l'interrogatoire, et à prescrire facilement – voire
systématiquement – des tests de dépistage.
Les tests de dépistage proposés systématiquement
en consultation pré-IVG au Centre hospitalier de Charleville-Mézières
comportent le FCV, la recherche de chlamydiae par PCR au niveau de l'endocol
et la sérologie VIH.
Les MST les plus fréquemment dépistées sont l'infection
HPV en premier lieu, l'infection à chlamydiae en deuxième
position.
En médecine de ville, la recherche de chlamydiae peut être
réalisée plus simplement et avec la même fiabilité
par PCR sur premier jet d'urine.
La loi prévoit la délivrance d'une information complète
sur les MST: c'est surtout une information adaptée
qu'il faut assurer, adaptée à l'âge, à la
situation relationnelle, et au niveau cognitif de la femme.
6
- L'abord de la contraception
Le médecin délivre
à la femme une information complète sur la contraception
(4). Le
mode de contraception ultérieure est abordé et éventuellement
prescrit dès la visite précédant l'IVG (6). Il
est utile de tenter de comprendre les raisons de l'échec de la
contraception actuelle ou de son absence (6).
Et ce n'est pas si évident qu'il y parait: là encore,
il faudra prendre le temps de parler avec la femme pour patiemment explorer
ses connaissances et ses représentations sur la sexualité,
la reproduction et la contraception, prendre en compte ses réticences
et ses ambivalences, son mode de vie, évaluer les contre-indications
médicales à certains types de contraception et considérer
les effets secondaires réels ou supposés des méthodes
contraceptives précédemment utilisées.
Il me parait opportun de proposer dès ce moment la méthode
de contraception ultérieure qui semble la plus indiquée
en argumentant la proposition, mais d'en différer la prescription
au cours de la consultation n°1 de manière à laisser
à la patiente un temps de réflexion et la possibilité
de s'en approprier le choix.
7
- Vérification du groupe sanguin Rhésus avec recherche
d'agglutinines irrégulières
Ce sont les seuls examens
rendus obligatoires par la loi et les recommandations de l'ANAES: toutes
les patientes doivent disposer d'un groupe sanguin avec recherche d'agglutinines
irrégulières (4,6).
La prescription d'autres examens n'est recommandée qu'à
l'occasion d'une consultation préanesthésique en cas de
choix d'IVG par méthode chirurgicale. Néanmoins, le saignement
déclenché par le protocole médicamenteux est long
et abondant. La réalisation d'une numération sanguine
et d'un bilan de
coagulation
(TP – TCA) peut se justifier pour dépister une anémie
préexistante ou un trouble de coagulation dont la connaissance
orientera le choix de la méthode et modifiera la surveillance
clinique post-IVG.
Très peu d'équipes pratiquent ces recherches de manière
systématique, certaines le font orientées par la clinique
(antécédents d'anémie, d'hémorragies, ménorragies),
la plupart ne les prescrivent pas.
L'interrogatoire
et l'examen clinique exploreront
bien entendu méthodiquement les antécédents personnels
médicaux, chirurgicaux, gynécologiques et obstétricaux
(notamment infectieux et hémorragiques), la notion d'allergies
médicamenteuses et de prise médicamenteuse, la consommation
de tabac ou d'autres toxiques, les facteurs de risque personnels ou
familiaux de maladies cardiovasculaire ou thromboembolique.
Tout
au long de cette consultation, le médecin sera attentif à
décoder le vécu émotionnel et psychologique
de la femme autour de sa demande d'IVG, à en solliciter
l'expression avec tact: la demande d'IVG peut être l'occasion
de révéler de réelles situations de détresse
que la femme essaie de masquer tant la culpabilité et le dévalorisation
ressenties dans ces moments sont fortes.
Comment
se décline l'exercice de la clause de conscience
en cas d'IVG médicamenteuse à domicile? Le médecin
signataire d'une convention avec un centre référent peut-il
refuser de prendre en charge l'IVG médicamenteuse d'une patiente
qui répond à priori aux critères d'inclusion? Oui,
car un médecin n'est jamais tenu de pratiquer une interruption
volontaire de grossesse mais il doit informer l'intéressée
de son refus sans délai, c'est-à-dire au cours de cette
consultation, et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens
susceptibles de réaliser cette intervention (1).
Consultation
n° 1 du forfait
Elle
a lieu après le délai de réflexion d'une semaine.
Le
médecin
vérifie
que le protocole médicamenteux est réalisable
à domicile
âge
gestationnel =7SA
absence
de contre-indication médicale à la méthode médicamenteuse
évaluation
des critères psychosociaux d'éligibilité
distance
entre le domicile et l'établissement référent limitée
à moins d'une heure de transport
s'assure
des conditions de soutien et d'accompagnement de la
femme
s'enquiert
de la réalisation de l'entretien social (remise de l'attestation)
et le propose à nouveau si la femme ne s'y est pas rendue
laisse
à la patiente le choix du lieu, hôpital ou domicile, de
réalisation de son IVG
invite
la femme à se faire accompagner par la personne de son choix
tout au long du protocole, notamment à l'occasion des consultations
au cours desquelles sont administrées les médicaments
explique
le déroulement de la méthode
informe
la femme sur les mesures à prendre en cas de survenue
d'effets secondaires , notamment
sur
la conduite à tenir en cas d'hémorragie
remet
un document écrit où figurent le protocole
à respecter, les numéros de téléphone d'urgence
et l'adresse précise du service d'accueil en cas de complications
(annexe )
informe
sur l'efficacité de la méthode et la
conduite à tenir en cas d'échec
fixe
les dates de prise de la Mifegyne* et du Gymiso* et
de la consultation de contrôle
aborde
à nouveau le sujet de la contraception ultérieure,
incite la femme à choisir la méthode la plus
adaptée à sa situation et en fixe la date de début
prend
connaissance des examens biologiques pratiqués, notamment les
dépistages des MST et informe la femme des résultats
assure
la prévention de l'immunisation anti-D
vérifie
le groupe sanguin et le Rhésus
prescrit
le sérum anti-D en cas de Rhésus négatif
rédige
l'ordonnance d'antalgiques et de contraceptifs, le
cas échéant d'antiémétiques et d'antibiotiques
précise
les modalités de prise en charge par la CPAM du protocole à
domicile, des médicaments et des examens pré- et post-IVG
fait
signer le formulaire de consentement à l'IVG médicamenteuse
à domicile (annexe )
établit
une commande à usage professionnel de Mifégyne
et de Gymiso auprès d'une pharmacie d'officine
Il s'agit de proposer une méthode efficace, simple d'emploi,
utilisable dans les meilleures conditions de sécurité
et de confort physique et psychologique. Sur le plan du confort, la
femme va devoir faire face aux douleurs physiques, aux saignements,
et aux manifestations émotionnelles au moment de l'expulsion.
Sur le plan de la sécurité, le principal risque est la
survenue de métrorragies nécessitant un geste chirurgical
hémostatique. Sur le plan de l'efficacité, un petit nombre
d'échecs imposera une aspiration chirurgicale.
La
connaissance précise du mécanisme d'action des médicaments
et de la cinétique des événements va permettre
au médecin de:
Sélectionner
les patientes éligibles
en fonction des contre-indications, des précautions d'emploi
et de leur aptitude à gérer des situations physiques et
émotionnelles pénibles
Expliquer
les événements
attendus et ceux qui justifient assistance médicale, c'est-à-dire
ce qui est normal et ce qui ne l'est pas
Prévoir
la prise en charge des
effets secondaires et des risques: prescription de médicaments,
accompagnement téléphonique, accueil d'urgence
I
. Mode d'action des médicaments
La
mifépristone ,
19-norstéroïde dérivé de la norethindrone
agit
comme un anti-progestérone par fixation compétitive sur
les récepteurs de la progestérone de l'endomètre,
du myomètre et du col utérin:
elle
provoque une nécrose de la déciduale, qui produit un décollement
de l'œuf déclenchant la libération locale de prostaglandines
et la baisse de la synthèse des ß-hCG entraînant une lutéolyse
secondaire
elle
augmente le tonus de base du myomètre, favorisant l'apparition
de contractions des fibres musculaires lisses
elle
provoque le ramollissement et l'ouverture du col par l'intermédiaire
des prostaglandines libérées et par action directe
elle
possède par ailleurs une forte action antiglucocorticoïde
par affinité pour les récepteurs aux glucocorticoïdes
Le
misoprostol est un
analogue de synthèse de la prostaglandine E1 (PGE1): il agit
sur la régulation du système contraction/relaxation des
fibres musculaires lisses.
Au
niveau utérin,
il
entraîne des contractions des fibres musculaires du myomètre
et
il
provoque le relâchement et l'ouverture du col utérin
Au
niveau gastrique, il inhibe la sécrétion d'acide chlorhydrique
et stimule la sécrétion de bicarbonate et de mucus, ce
qui explique son effet antiulcéreux
Au
niveau intestinal, il inhibe la résorption intestinale et active
la sécrétion d'eau et d'électrolytes
La
prise préalable de mifepristone sensibilise le myomètre
à la stimulation induite par le misoprostol. Cet effet
synergique apparaît 24 heures après la prise
de mifépristone et persiste pendant 48 heures. De plus, la dilatation
cervicale induite par la mifepristone apparaît également
24 heures après la prise et persiste jusqu'à la 48 ème
heure. Ces connaissances pharmacodynamiques expliquent le choix d'un
protocole avec prise différée du misoprostol.
II
. Cinétique des événements
La
prise de la mifépristone
n'est suivie la plupart du temps d'aucune manifestation visible.
Peuvent
survenir:
Des
nausées et des vomissements dans les heures qui suivent la prise
Des
douleurs abdominales d'intensité légère ou modérée
Des
métrorragies:
minimes
à modérées, elles surviennent dans 10 à
15% des cas environ 24 à 36 heures après la prise de la
mifépristone.
Plus
abondantes dans 5% des cas, elles ne nécessitent qu'exceptionnellement
une surveillance hospitalière ou un curetage hémostatique.
Elles
peuvent témoigner de l'expulsion qui se produit environ dans
2% des cas avant l'administration du misoprostol (12,13).
En
l'absence d'administration de prostaglandine, l'expulsion se produit
sous l'effet de la seule mifépristone dans 87% des cas avec un
délai variable de un à dix jours.
L'administration
du misoprostol est
suivie de manifestations plus spectaculaires:
Des
troubles digestifs bénins se déclarent fréquemment
dans un délai assez bref de l'ordre de 30 à 60 minutes:
diarrhée, nausées, vomissements
Les
douleurs abdominales, témoins de la contractilité utérine,
débutent vers la 30 ème minute et atteignent un plateau
au bout d'une heure environ après la prise de la prostaglandine.
Les
saignements apparaissent en moyenne deux heures après sa prise,
et deviennent rapidement abondants.
L'expulsion
de l'œuf n'est pas toujours repérée par la femme, et est
souvent confondue avec des caillots. Elle survient le plus souvent entre
trois et quatre heures après la prise de misoprostol, mais peut
être retardée jusqu'à 24 heures ou plus. Elle ne
se produit pas dans 2 à 5% des cas.
Les
pertes sanguines diminuent progressivement d'intensité mais se
prolongent pendant une durée de dix à quinze jours voire
plus.
Les
métrorragies surviennent dans la totalité des cas, y compris
en l'absence d'expulsion, et ne constituent donc nullement une preuve
d'efficacité de la méthode qui doit être contrôlée.
III
. Effets indésirables
Autant
les troubles digestifs, déjà cités, sont fréquents,
autant les autres effets indésirables sont rares:
Après
prise de mifépristone
Rares
cas de céphalées, malaises, manifestations vagales (bouffées
de chaleur, vertiges et frissons) et fièvre
Hypersensibilité
cutanée avec rash cutanés (0,2%), cas isolés d'urticaire
Cas
isolés d'érythrodermie, d'érythème noueux,
de nécrose épidermique
Après
prise de misoprostol
Des
céphalées et des vertiges sont parfois signalés
Plus
rarement des frissons et de la fièvre
Exceptionnellement,
l'apparition d'un tableau clinique associant de la fièvre, des
troubles tensionnels, des tremblements, des nausées et des crampes
abdominales fera évoquer un surdosage qui nécessite un
transfert immédiat en milieu hospitalier.
1.
Vérifier que le protocole médicamenteux est réalisable
à domicile :
I.
Contre-indications et précautions d'emploi
Les
contre-indications médicales à
l'IVG médicamenteuse
1
- Les contre-indications
liées aux médicaments
Insuffisance
surrénale chronique :
la mifépristone présente une activité antiglucocorticoïde
par forte affinité sur les récepteurs des glucocorticoïdes.
Asthme
sévère non équilibré par le traitement :
il n'a pas été démontré cliniquement que
la mifépristone affecte l'asthme, mais elle rend inefficace le
recours aux corticoïdes en cas de décompensation asthmatique.
L'administration de dexaméthasone antagonise l'effet antiglucocorticoïde
de la mifépristone
Porphyrie
héréditaire :
contre-indication de la mifépristone mais non du misoprostol
Allergie
connue à la mifépristone
ou à un des constituants du comprimé
Hypersensibilité
au misoprostol ou à
un de ses excipients
Antécédents
d'allergie aux prostaglandines
2
- Les contre-indications liées à la méthode
Grossesse
non confirmée biologiquement ou par échographie :
cette mention rappelée avec insistance sur la monographie Vidal
de la Mifégyne *
permet de souligner à nouveau le manque de fiabilité de
l'interrogatoire et de l'examen clinique dans le diagnostic précoce
de ces grossesses non désirées
Grossesse
de 50 jours d'aménorrhée ou plus :
la monographie Vidal
de la Mifégyne * précise
que la mifépristone NE DOIT JAMAIS être prescrite dans
cette situation mais les recommandations de l'ANAES autorisent le protocole
médicamenteux jusqu'à 9SA en milieu hospitalier (son usage
à domicile est limité à 7SA parce qu'au-delà
de ce terme, si le risque hémorragique ne semble pas plus fréquent,
l'hémorragie peut être plus sévère et les
douleurs sont également plus importantes) et un grand nombre
d'équipes mondiales l'utilisent à domicile jusqu'à
63 jours sans restriction (6) .
Suspicion
de grossesse extra-utérine :
contrairement au méthotrexate qui agit par arrêt des divisions
cellulaires, la mifépristone qui provoque l'arrêt de la
grossesse par action sur l'endomètre n'a aucun effet et aucune
indication dans la GEU
Grossesse
non évolutive : bien
que l'action utérotonique et dilatatrice du col des médicaments
favorise l'expulsion des grossesses arrêtées, cette indication
sort du champ d'application du protocole interruption volontaire
de grossesse
Précautions
d'emploi
1
- La mifépristone est déconseillée ,
en l'absence d'études scientifiques, dans:
L'insuffisance
rénale
L'insuffisance
hépatique
La
malnutrition
Son
utilisation à domicile est également déconseillé
en cas de:
Insuffisance
respiratoire sévère
HTA
sévère incontrôlée
Angor,
valvulopathies, troubles du rythme, insuffisance cardiaque
2
– La méthode médicamenteuse nécessite des précautions
d'emploi
a)
Dans toute situation pouvant majorer le risque hémorragique
ou ses effets
Troubles
de la coagulation à
type d'hypocoagulabilité
Prise
de médicaments anticoagulants et antiagrégants
plaquettaires
Présence
d'un DIU : ce dernier devra
être retiré avant la prise de mifépristone
Bien
qu'aucune de ces situations ne fasse l'objet de recommandations ou de
réserves particulières, l'emploi du protocole médicamenteux,
à fortiori à domicile, peut également être
discuté en cas de
Utérus
fibromateux
Ménorragies
habituelles
Grossesse
gémellaire
Anémie
sévère
b)
Dans toute situation que la prise des médicaments risque
d'aggraver
En
cas de maladie inflammatoire intestinale (maladie de Crohn,
rectocolite aigue): la baisse d'efficacité des corticoïdes
locaux et la fréquence des effets indésirables sur le
système digestif rend la méthode particulièrement
inconfortable
En
cas de traitement corticoïde au long cours y compris
par voie inhalée dans l'asthme: l'efficacité du traitement
pourrait être diminuée pendant 3 à 4 jours du fait
de l'action antiglucocorticoïde de la mifépristone et un
ajustement posologique peut s'avérer nécessaire
c)
Dans toute situation qui risque de diminuer l'efficacité
de la méthode
En
cas de prise d'AINS: leurs propriétés inhibitrices
des prostaglandines risquant de diminuer l'efficacité de la méthode,
il est recommandé d'y substituer temporairement des antalgiques
non-AINS. L'acide acétylsalicylique majore en outre le risque
hémorragique.
d)
En cas d'allaitement maternel
La
mifépristone étant lipophile, elle est susceptible de
passer dans le lait maternel. Si la patiente souhaite utiliser la méthode
médicamenteuse, il est conseillé d'interrompre l'allaitement
maternel pendant 3 jours après la prise de mifépristone:
passé ce délai, la substance est pratiquement éliminée
de l'organisme.
C.
Ne constituent pas une contre-indication
Les
malformations utérines
et les utérus hypotrophiques: au contraire, la méthode
médicamenteuse constitue une indication de choix par rapport
à la méthode chirurgicale, plus à risque de complications
à type de perforations et de déchirures cervicales
Les
utérus cicatriciels
(antécédents de césarienne): aucun cas de rupture
utérine n'a été rapporté après administration
de misoprostol au cours du premier trimestre contrairement aux deuxième
et troisième trimestres de la grossesse. Les études cliniques
ne mentionnent pas plus de métrorragies ni de risques d'échec
(17)
Le
tabac : La mention de ne
pas recourir à cette méthode chez les femmes de plus de
35 ans et qui fument plus de 10 cigarettes par jour figure toujours
sur la monographie de la Mifégyne *
et la notice d'information à
remettre aux patientes. Cette mesure de précaution a été
instituée en raison de la survenue d'accidents cardio-vasculaires
graves après administration intramusculaire de sulprostone, un
analogue de la PGE2 commercialisé sous le nom de Nalador largement
utilisé dans l'IVG médicamenteuse depuis 1988. L'indication
dans l'IVG médicamenteuse et l'utilisation par voie IM lui ont
été retirées en 1992. C'est à cette époque
que le misoprostol a été en dépit de l'absence
d'AMM recommandé officiellement et préféré
par la plupart des équipes au géméprost (autre
analogue de la PGE1 commercialisée sous le nom de Cervagem *
) du fait de sa facilité d'emploi
(conservation à température ambiante – utilisable par
voie orale – faible coût). Si les recherches ont mis en évidence
un effet des PGE2 et PGF2 a
sur l'appareil cardio-vasculaire ( vasodilatation et hypotension pour
PGE2, vasoconstriction pour PGF2 a
), elles n'ont pas révélé
d'impact cardio-vasculaire de la PGE1 et les études cliniques
internationales ne font état d'aucun accident cardio-vasculaire
grave depuis plus de vingt ans d'utilisation du misoprostol. Le rapport
de l'ANAES est explicite: "il n'y a pas de contre-indication de
la méthode médicamenteuse par une association mifépristone-misoprostol
en cas d'âge supérieur à 35 ans et de consommation
de tabac". Sur ces arguments, le laboratoire qui commercialise
la mifépristone a demandé à l'AFSSAPS l'autorisation
de supprimer la mention restrictive concernant les fumeuses: la réponse
est en attente.
II
. Evaluation psychosociale des patientes éligibles
La
sélection des patientes éligibles repose finalement plus
souvent sur des critères psychosociaux que sur des contre-indications
médicales. D'appréciation variable selon les équipes,
ils sont empreints d'une grande subjectivité.
Evaluation
des conditions environnementales
Critères
d'inclusion proposés:
Distance
entre le domicile et le service d'accueil d'urgence limitée à
une heure de transport
Accès
à un téléphone à tout moment en cas de besoin
Niveau
de confort et d'hygiène du logement suffisant, avec au minimum
présence de WC et d'un coin-toilette.
Remarques:
Le
lieu de réalisation de l'IVG est habituellement le domicile,
mais ce n'est pas toujours le cas. Certaines femmes trouveront de meilleures
conditions au domicile d'une amie, d'une mère, d'une sœur. D'autres
en difficulté sociale ou familiale préfèreront
être hébergées pour le jour d'administration du
misoprostol dans des structures d'accueil associatives. Les mineures
sans consentement parental peuvent difficilement envisager de réaliser
une IVG médicamenteuse à domicile à l'insu des
parents.
La
femme doit disposer d'un téléphone fixe ou d'un portable
sur le lieu de son IVG. Le téléphone de la voisine ou
la proximité d'une cabine publique ne constituent pas une alternative
acceptable.
Si
un transport vers un service d'urgence doit avoir lieu, il est bon de
s'enquérir de la manière dont la femme envisage de l'effectuer.
Une voiture particulière, un taxi, un transport médicalisé
sont adaptés; le bus, le métro ou les deux-roues ne sont
pas recommandés.
Evaluation
psychocomportementale de la femme
La
méthode nécessite
Une
participation active de la femme à son IVG
Une
capacité à comprendre la méthode, à suivre
le protocole, à se soumettre aux consultations de suivi
Une
acceptation des contraintes et des risques de la méthode: douleurs,
saignements prolongés, risque d'échec
Une
aptitude à gérer des situations physiquement et émotionnellement
pénibles.
Critères
d'exclusion proposés:
Niveau
cognitif insuffisant, illetrisme, barrière due à la langue
Vulnérabilité
émotionnelle ou psychique, faible résistance à
la douleur
Troubles
ou antécédents psychiatriques notamment psychose, utilisation
de substances addictives
Manque
de discipline, de compliance, de responsabilisation par rapport à
sa santé
Manque
de disponibilité pour le suivi: raisons professionnelles, enfants
en bas âge, départ en vacances
Evaluation
de l'environnement relationnel
Cela
revient à:
2. S'assurer des conditions de
soutien et d'accompagnement:
La
femme doit pouvoir s'appuyer sur des proches disponibles, bienveillants
et fiables pour l'accompagner en consultation (4), la relayer dans les
tâches quotidiennes, lui permettre de se reposer, l'assister en
cas d'effets secondaires et l'aider à gagner la structure d'accueil
d'urgence le cas échéant. Le médecin ou la conseillère
conjugale au cours de l'entretien psychosocial l'aident à évaluer
sa situation et ses besoins.
La
qualité de l'entourage permet de pondérer les critères
d'exclusions cités précédemment. Par exemple, la
présence d'un proche servant d'interprète à une
femme ne parlant pas le français autorise à utiliser le
protocole à domicile, de même que celle d'un proche qui
a la responsabilité habituelle et la confiance d'une femme à
la compréhension limitée ou ne maîtrisant pas correctement
la lecture.
Critères
d'exclusion proposés :
Isolement
affectif, familial, social
Contexte
de mésentente ou de violences conjugales
Femme
vivant seule avec enfants en bas âge
Les
femmes qui ont une activité professionnelle peuvent bénéficier
d'un arrêt de travail (6). Le médecin en évalue
la durée avec la femme en fonction de la pénibilité
de son travail.
Rappelons
que même lorsque les conditions d'application du protocole à
domicile sont réunies, la femme reste libre du choix du lieu
de réalisation de son IVG, hôpital ou domicile. Toutes
les études démontrent que la satisfaction à postériori
de la patiente sera d'autant plus grande qu'elle a pu avoir le choix
de la méthode.
3.
Informer sur les mesures à prendre en cas d'effets indésirables:
Les
effets secondaires de la prise de mifépristone apparaissent similaires
aux symptômes que beaucoup de femmes éprouvent durant une
grossesse normale. Les manifestations suivant une prise orale de misoprostol
sont plus intenses. Les saignements sont comparables à des règles
très abondantes ou, plus exactement, à une fausse couche
spontanée précoce. Les douleurs abdominopelviennes se
rapprochent de celles associées à une période menstruelle
ou un avortement spontané.
Expulsion
après prise de mifépristone
Il
faut toujours mentionner à la femme cette éventualité
qui survient dans 1 à 3% selon les études (34 ). Cette
expulsion prématurée ne dispense pas de la poursuite du
protocole, c'est-à-dire de la prise du misoprostol qui facilite
l'évacuation des débris ovulo-placentaires restants.
Fréquence
des effets indésirables
Essai
|
Douleurs
abdominales
%
|
Nausées
%
|
Vomissements
%
|
Diarrhée
%
|
Peyron
( 12 ) |
80.5
|
43
|
17
|
14
|
Aubeny
( 11 ) |
86.6
|
37.5
|
19.7
|
11.3
|
Spitz
( 13 ) |
97.1
|
67.3
|
33.9
|
22.9
|
WHO
Mifépristone
200mg+misoprostol
(
36 ) Mifépristone 600mg+misoprostol |
84.8
86.1
|
67.2
66.4
|
27.7
28.8
|
10.3
8.2
|
Prise
en charge des troubles digestifs
Bénins
et transitoires, ils sont habituellement bien tolérés.
Les
troubles digestifs survenant après la prise du misoprostol peuvent
être induit également par la présence d'huile de
ricin dans l'excipient.
Les
nausées et vomissements se surajoutent aux symptômes propres
à la grossesse et ne posent problème que par rapport à
l'absorption des médicaments.
Des vomissements précoces après
la prise des comprimés sont susceptibles de diminuer l'efficacité
de la méthode et peuvent justifier
l'administration préalable d'un
antiémétique en cas de symptômes préexistants,
la prise d'une deuxième dose de mifépristone en cas de vomissements
dans un délai de 90 mn après
la
prise initiale.
ou l'utilisation du misoprostol par voie vaginale.
.
Prise
en charge des douleurs abdominales
L'évaluation
de la douleur et l'usage d'antalgiques sont très dépendants
des critères socioculturels des femmes et de la sensibilisation
des médecins à la prise en charge de la douleur.
L'étude
d'Urquart (16) porte sur des interruptions médicamenteuses de
grossesse jusqu'à 63 jours. Après administration de mifépristone,
54,2% de patientes signalent une douleur, sévère dans
4,6% des cas. Après administration de prostaglandines, la douleur
est maximale à la 2° heure: 52% des patientes signalent une
douleur modérée ou sévère. Puis elle décroît
progressivement: à la 4° heure, seulement 31,2% des femmes
se plaignent. 41,9% d'entre elles ne reçoivent pas d'antalgiques.
Les nullipares et les femmes souffrant de dysménorrhée
ont reçu plus souvent des morphiniques.
Dans
l'étude de Westhoffa (18) concernant des grossesses jusqu'à
63 jours interrompues à domicile par 200 mg de mifépristone
suivis de 800 mg de misoprostol par voie vaginale, 79% des femmes ont
utilisé des analgésiques. Les multipares et les asiatiques,
les femmes dont l'âge gestationnel est inférieur à
56 jours y ont eu recours moins fréquemment. L'usage
des analgésiques est plus fréquent quand l'avortement
se déroule à la maison que quand il a lieu dans un établissement
de santé .
Dans une enquête française du centre d'IVG de Bichat, la
douleur est acceptable dans 77,2% des cas.
Dans
une enquête allemande, la douleur est absente ou modérée
dans 69% des cas, elle a nécessité un traitement dans
18% des cas.
L'efficacité
des antalgiques utilisés dans la méthode médicamenteuse
n'a pas été évaluée.
Dans
la méthode chirurgicale par aspiration, l'administration d'ibuprofène
diminue les scores de douleur per- et post-opératoire de manière
significative, les bezodiazépines sont inefficaces sur la douleur
et l'efficacité du paracétamol n'est pas prouvée
(6).
Partant
de ces constatations,et bien que la monographie de la Mifégyne*
mentionne un risque de diminution de l'efficacité de la méthode
médicamenteuse du fait des propriétés antiprostaglandines
des AINS, c'est l'ibuprofène qui est devenu le médicament
de référence dans la technique médicale depuis
qu'il a été établi que son utilisation ne diminue
pas la probabilité de l'avortement après administration
d'un analogue de prostaglandine(14).
Dans
le protocole médicamenteux avec hospitalisation, les pratiques
des équipes françaises diffèrent beaucoup:
Certaines
pratiquent l'administration systématique de 200 voire 400 mg
d'ibuprofène avant la prise du misoprostol
pour éviter le pic douloureux dans les 30 mn qui suivent.
Pour la plupart, l'administration d'ibuprofène se fera à
la demande de la patiente en cas de douleurs.
D'autres
proposent le paracétamol ou une association paracétamol-codéine
en première intention, l'ibuprofène en cas de réponse
insuffisante.
L'emploi
du phloroglucinol n'est mentionné dans aucune étude.
Le
recours aux opiacés et aux morphiniques en cas de douleurs sévères
n'est pas de pratique courante.
Dans
les pays anglosaxons, l'ibuprofène et le paracétamol (acetaminophen)
sont largement utilisés. L'utilisation des opiacés et
des morphiniques y semble plus facilement proposée.
Pour
l'usage à domicile du protocole médicamenteux, en France,
dans l'état actuel des connaissances, il est raisonnable de proposer
à la femme une prescription d'ibuprofène à
utiliser en première intention en cas de douleurs .
Une association de paracétamol et de codéine peut être
adjointe notamment chez les nullipares et les femmes souffrant de dysménorrhée,.
L'utilisation de morphiniques par voie orale à domicile reste
à discuter.
Prise
en charge du risque hémorragique
Les
saignements sont plus longs et plus abondants dans les IVG médicamenteuses
que dans les techniques chirurgicales, mais l'impact sur la masse globulaire
est minime: la baisse moyenne du taux d'hémoglobine a été
mesurée à 0,71 g/dl deux semaines après l'IVG (15).
Le
risque d'apparition d'une hémorragie sévère (c'est-à-dire
nécessitant une aspiration chirurgicale) dans l'IVG médicamenteuse
jusqu'à 49 jours est faible: moins de 1% dans toutes les études
sauf celle de Spitz qui mentionne 1,4% (11,12,13).
Les
femmes attendent un saignement abondant après la prise du misoprostol.
Il est important de leur apprendre à identifier quand
il devient excessif . Une référence facile
à utiliser est la nécessité de changer de serviettes
maxi toutes les demi-heures pendant plus de heures. Ce n'est pas le
point où l'intervention devient nécessaire mais le moment
où il est utile de se placer sous surveillance médicale:
appréciation de l'état général, prise de
tension artérielle, mesure du taux d'hémoglobine, évaluation
du saignement à intervalles de 20 à 30 mn permettront
d'apprécier la gravité et l'évolution.
Si l'hémorragie persiste, c'est l'indication d'une aspiration
chirurgicale. Aucun hémostatique utérin ou général
n'a fait la preuve de son efficacité dans ces situations. L'utilisation
de la méthylergométrine (Méthergin*) est absolument
contre-indiquée dans les hémorragies après interruption
de grossesse obtenue par méthode médicale (avec ou sans
geste chirurgical) en l'absence de données sur l'association.
L'oxytocine (Syntocinon*) a l'indication en chirurgie obstéricale
dans l'interruption de grossesse pour l'obtention d'une bonne rétraction
utérine, ce qui semble exclure son emploi dans les suites d'un
protocole médicamenteux.
Reste à évaluer les effets du misoprostol à doses
répétées dans les saignements excessifs à
l'instar de ce qui est proposé par certaines équipes dans
les saignements prolongés.
Dans
les études publiées à propos des complications
des techniques médicales, la majorité des hémorragies
est survenue à distance de la période d'hospitalisation
et aucune des aspirations chirurgicales nécessaires n'a dû
être réalisée dans des délais de moins de
4 heures après la prise du misoprostol (correspondant à
la durée habituelle d'hospitalisation pour les IVG médicamenteuses)
(6): le risque hémorragique n'est donc pas différent à
gérer qu'il y ait ou non hospitalisation.
4.
Informer sur l'efficacité de la méthode
Il
est indispensable avant qu'elles s'engagent dans cette méthode
de renseigner les femmes avec précision sur le risque d'échec
de la méthode et ses conséquences.
Le
formulaire de consentement à la prise de la Mifégyne*
que la femme signera lors de la consultation n°2 mentionne explicitement
ce risque et les réserves sur l'absence de risque pour l'enfant
à naître en cas de poursuite de la grossesse après
échec de la méthode médicamenteuse.
Fréquence
de survenue d'un échec
Etude
|
Année
|
JA*
|
Nombre
de cas |
Avortement
complet % |
Grossesse
persistante% |
Expulsion
incomplète % |
Curetage
hémostatique % |
|
Peyron
( 12 ) |
1993
|
49
|
488
385
|
96,9
98,7
|
0,8
0,3
|
1,8
0,5
|
0,4
0
|
Aubeny
( 11 ) |
1995
|
<42
42-49
|
123
364
|
|
0,8
1,4
|
1,6
3,6
|
0
0,3
|
Spitz
( 13 ) |
1998
|
49
|
827
|
92,1
|
1
|
4,6
|
1,4
|
WHO
( 36 ) |
2000
|
63
|
797
|
88,1
|
1,9
|
4,6
|
|
Aubeny
( 30 ) |
2000
|
63
|
119
|
99
|
1
|
|
|
JA*
= jours d'aménorrhée
Le
tableau précédent récapitule les résultats
des principales études randomisées sur l'efficacité
du protocole 600 mg de mifépristone suivi 48 heures plus tard
de 400 mg de misoprostol par voie orale.
Qu'appelle-t-on
un échec?
Le
pourcentage d'avortement complet est évalué entre 88%
et 100% des cas selon les études. Sont exclues de ces chiffres,
les femmes perdues de vue, celles qui ont demandé une aspiration
chirurgicale dans les suites sans indication médicale, celles
qui ont subi une aspiration chirurgicale à visée hémostatique,
les rétentions intra-utérines partielles (expulsion incomplète),
et les grossesses persistantes: cette dernière catégorie
est la seule à considérer comme échec de la méthode.
Le taux d'échec de la méthode médicamenteuse
est inférieur à 2%.
L'étude
d'Aubeny E. effectuée en 2000 (30) introduit une variante au
protocole sous la forme d'une deuxième administration de misoprostol
par voie orale en cas d'absence de saignement dans les trois heures
qui suivent la première dose de misoprostol. Malgré sa
remarquable efficacité, ce schéma de prescription n'est
pas préconisé en cas d'administration du misoprostol à
domicile.
Que
faire en cas d'échec?
En
cas d'échec, la femme peut bénéficier d'une interruption
de grossesse par méthode chirurgicale.
Y
a t'il des risques à poursuivre la grossesse en cas d'échec?
Les
anomalies congénitales à la suite de grossesses persistantes
après échec de méthode médicamenteuse posent
problème.
Il
n'y a pas eu de mise en évidence d'un effet tératogène
de la mifépristone.
A
propos du misoprostol, les études de reproduction chez l'animal
ont montré une embryotoxicité à hautes doses.
Plus
préoccupant, l'usage du misoprostol au cours du premier trimestre
de la grossesse est retrouvé associé à différents
types d'anomalies chez le nouveau-né en cas de poursuite de la
gossesse:
Des
anomalies crâniennes frontales et/ou temporales
Des
atteintes des membres à type d'arthrogrypose
Toutes
deux avec ou sans syndrome de Moebius (faciès figé par
atteinte bilatérale des 6° et 7° paires crâniennes
et micrognatie).
Ces
anomalies, non spécifiques du misoprostol, semblent en relation
avec des ruptures vasculaires survenues en début de grossesse:
tout saignement important en début de grossesse est susceptible
d'entraîner de telles malformations.
Lorsqu'elles
sont en relation avec la prise de misoprostol, elles ne sont pas proportionnelles
à la dose absorbée puisqu'elles ont été
rapportées même à la suite de posologies faibles,
à partir de 400 mg. (19,20)
5.
Fixer les dates de prise de la Mifégyne et du Gymiso
Bien
que les femmes en expriment souvent la demande, il est préférable
d'éviter le week-end pour prendre les médicaments: la
femme bénéficiera d'une disponibilité maximale
du médecin, du centre référent, et de l'accueil
d'urgence si le protocole se déroule en semaine. De même,
la prise du misoprostol est recommandée le matin de manière
à ce que l'essentiel des événements accompagnant
l'expulsion se déroule dans la journée.
L'ingestion simultanée de nourriture diminue la biodisponibilité
du misoprostol quand il est pris par voie orale. Pour autant, il n'est
pas utile de rester à jeun pour sa prise: aucune baisse d'efficacité
liée à l'alimentation n'a été mise en évidence.
6.
Définir et prescrire la contraception post-IVG:
Sauf
cas particulier, il est important chez ces femmes d'éviter la
survenue d'une nouvelle grossesse non désirée. La contraception
orale peut être débutée immédiatement après
un avortement médical sans incidence sur la durée des
saignements, le volume de perte sanguine, ou l'issue de l'avortement
(15). Seule une contraception oestroprogestative à 30? d'ethinyloestradiol
et 0,15 mg de levonorgestrel a été étudiée;
néanmoins, la prescription d'autres oestroprogestatifs, ou de
microprogestatifs en cas de contre-indication aux oestroprogestatifs,
est de pratique courante. En pratique, le premier comprimé est
pris soit le soir même, soit le lendemain
de la prise de misoprostol.
La
pose d'un implant est envisageable à la consultation de prise
du misoprostol.
La
pose d'un DIU n'est pas recommandée tant qu'on ne s'est pas assuré
de la vacuité utérine et de l'absence de complication
infectieuse et tant qu'il persiste des saignements. Un délai
de 8 semaines après l'IVG parait raisonnable. Une expérience
récente d'une équipe suédoise suggère que
l'insertion d'un DIU au lévonorgestrel peut être effectuée
en toute sécurité à la consultation de contrôle
c'est-à-dire environ 3 semaines après l'interruption médicale
de grossesse , sans majoration significative des saignements ni risque
accru d'infection génitale.
7.
Assurer la prévention
des complications infectieuses:
Une
des principales complications de l'IVG chirurgicale est l'infection
post-abortum, avec une fréquence de l'ordre de 5 à 6%.
Le risque de portage d'une MST est plus élevé parmi les
femmes demandant une IVG que dans la population générale.
Deux
attitudes de prévention de l'infection sont posibles (6):
Le
dépistage systématique pré-IVG et son traitement
en cas de positivité
Une
antibioprophylaxie ou une antibiothérapie post-IVG systématiques.
Avec
la méthode chirurgicale, le bénéfice de l'antibiothérapie
systématique en pré- ou post-IVG se retrouve
Chez
les femmes à haut risque d'infection post-abortum (antécédents
d'infections génitales hautes)
Chez
les patientes dépistées positives pour Chlamydiae Trachomatis
mais
également
Chez
les patientes sans antécédents d'infections génitales
hautes
Chez
les patientes dépistées négatives pour Chlamydiae
Trachomatis.
La
prescription systématique d'antibiotiques en prophylaxie ou après
l'IVG chirurgicale se révèle donc plus intéressante
tant en efficacité qu'en coût de revient.
Dans
une série de Cameron et al., le taux de patientes recevant des
antibiotiques pour suspicion d'endométrite post-abortum est moindre
en cas d'IVG médicamenteuse par rapport aux IVG chirurgicales
mais d'autres études ne montrent pas de différence dans
les taux de fièvre du post-partum (6).
Cependant,
contrairement aux IVG chirurgicales, aucune stratégie de prévention
des complications infectieuses n'est recommandée pour les IVG
médicamenteuses.
8.
Assurer la prévention de l'immunisation anti-D:
Le
médecin doit vérifier le groupe sanguin et le Rhésus,
et en cas de Rhésus négatif prescrire le sérum
anti-D sous la forme d'une ampoule de NateaD*, disponible en pharmacie
d'officine.
La
prévention de l'immunisation Rhésus est systématique
chez toute femme Rhésus négatif quelque soit le terme.
Les doses utilisées en France (=100µg de gammaglobuline anti-D)
sont toujours supérieures à la quantité nécessaire
pour neutraliser le volume total de sang fœtal avant 12SA. L'injection
est recommandée lors de la prise de mifépristone mais
on dispose d'un délai de 72 heures après le début
des saignements pour l'effectuer. Sa durée d'efficacité
est de deux mois; il n'est donc pas nécessaire de pratiquer une
nouvelle injection en cas d'aspiration chirurgicale.
Un certain nombre d'équipes européennes remettent en question
cette obligation à propos des interruptions de grossesses jeunes.
En Suède, l'obligation n'existe pas avant 12 SA et les principales
équipes ne pratiquent plus l'injection de facto.
9.
Rédiger l'ordonnance
L'ordonnance
comporte:
Toujours
Des
antalgiques dont des AINS
Une
contraception
Eventuellement
Des
antibiotiques
Un
antiémétique
Le
sérum anti-D
10.
Préciser les modalités de prise en charge par la CPAM
Les
quatre consultations médicales ainsi que l'achat de la Mifégyne
et du Gymiso font l'objet d'un forfait. Le mode de règlement
n'en est pas encore défini sauf pour les mineures sans consentement
parental. La garantie légale d'anonymat
due à toute les femmes demandeuses d'IVG laisse présager
un remboursement direct au médecin par la CPAM après contrôle
du service médical .
Les
ordonnances de médicaments autres que Mifégyne et Gymiso,
des examens biologiques et des échographies pré- et post-IVG
donnent lieu à remboursement selon les voies habituelles.
11.
Faire signer le formulaire de consentement à l'IVG
Toutefois
sa signature n'engage pas encore définitivement la femme qui
peut revenir sur sa décision tant qu'elle n'a pas effectué
la prise de mifépristone. Ce formulaire doit être gardé
dans le dossier de la patiente
12.
Etablir une commande à usage professionnel:
Toute
commande à usage professionnel de médicaments doit indiquer
lisiblement :
1º Le nom, la qualité, le numéro
d'inscription à l'ordre, l'adresse et la signature du praticien,
ainsi que la date ;
2º La dénomination et la quantité
du médicament ou du produit ;
3º La mention "Usage professionnel".
Le prescripteur doit apposer sa signature immédiatement
sous la dernière ligne de la prescription ou rendre inutilisable
l'espace laissé libre entre cette dernière ligne et sa
signature par tout moyen approprié. (Article R5194 du Code de
la Santé Publique)
Sur
la commande doivent figurer en outre:
le nom du centre référent avec lequel le médecin
a conclu la convention et
la date de cette convention
le nombre de boites de Mifégyne*.
Cette
commande est transmise par le médecin à la pharmacie d'officine
de son choix.
Consultation
n° 2 du forfait
Il n'y a aucune précision quant à un éventuel délai
à respecter entre la consultation n°1 et la consultation
n°2. Dans les établissements de santé, elles sont
d'ailleurs confondues en un seul temps appelé "consultation
initiale".
Le
médecin:
Vérifie
la bonne compréhension de la méthode
et répond aux demandes d'information de la femme
Fait
signer le formulaire de consentement à la prise de Mifégyne
(annexe) et remet la notice d'information du laboratoire
Invite
la femme à effectuer la prise de Mifégyne
en sa présence
Réalise
l 'injection de NateaD si la patiente est de rhésus
négatif
L'injection se fait par voie intra-veineuse.
Rappelle
les effets indésirables possibles, notamment
le risque d'expulsion précoce, la conduite à tenir, et
les numéros de téléphone et l'adresse du service
d'accueil en cas d'urgence
Rappelle
la date et l'heure de la prise du Gymiso
Propose
un arrêt de travail
Effectue
les prescriptions de contrôle d'efficacité
de la méthode
Remplit
la fiche de liaison en deux exemplaires
(annexe )
En
remet un à la patiente
Transmet
le second au Centre référent par fax ou par courrier électronique
Remarque
n°1 :
Il
n'y a pas lieu, en l'absence d'éléments nouveaux, d'effectuer
un examen gynécologique lors de cette consultation.
Remarque
n°2 :
La
fiche posologique de la Mifégyne indique: "dans l'interruption
médicale de grossesse intra-utérine évolutive,
la dose préconisée est de 600 mg (3
comprimés) en une seule prise orale",
l'arrêté du 23 juillet 2004 spécifie: le forfait
attribué au médecin inclut le prix TTC de la boîte
de trois comprimés de Mifégyne que le
médecin se procure en application de l'article R.2212-16 du code
de la santé publique
mais…
le décret n° 2002-796 du 3 mai 2002 mentionne:"
le médecin effectue ces interruptions volontaires de grossesse
conformément aux recommandations professionnelles validées
par l'ANAES",
et les recommandations de l'ANAES mars 2001 précisent: "dans
l'interruption médicale de grossesse jusqu'à 7SA, le protocole
recommandé (grade A) est de 200 mg de mifépristone
per os"(1 comprimé)
Remarque
n°3 :
Pour
contrôler l'efficacité de la méthode, le médecin
dispose
de
l'examen clinique
de
l'échographie
des
dosages d'hCG sériques
S'il n'envisage pas de pratiquer lui-même une échographie
à la consultation de contrôle, il doit prévoir
la
réalisation de cette échographie qu'il confiera à
un opérateur entraîné à la pratique des échographies
dans les suites d'IVG médicamenteuses,
ou
la prescription de dosages d'hCG sériques
Remarque
n°4:
La fiche de liaison, définie conjointement avec le centre référent,
comporte les éléments médicaux utiles du dossier
médical à transmettre au médecin susceptible d'accueillir
la femme en urgence en cas de complication.
Consultation
n° 3 du forfait
Elle
a lieu deux jours plus tard (36 à 48 heures plus tard).
Le
médecin:
S'enquiert
des manifestations survenues depuis la prise de la
mifépristone: douleurs, saignements, expulsion, vomissements
Invite
la femme à effectuer la prise des deux comprimés
de Gymiso en sa présence
Rappelle
le déroulement des événements, la conduite à
tenir en cas de douleur ou d'hémorragie, et les numéros
de téléphone et l'adresse
du service d'accueil en cas d'urgence
Vérifie
que la femme dispose des antalgiques et de la contraception
prescrits
Rappelle
la date de début de la contraception
Rappelle
la date de la consultation de contrôle
Remarque
n°1
En
cas de saignement survenu avant la prise de misoprostol, ni l'examen
gynécologique ni l'écographie ne présentent d'intérêt
pratique. Ils pourraient renseigner sur la réalité de
l'expulsion, mais cela ne dispense pas de la poursuite du protocole,
c'est-à-dire de la prise des prostaglandines dont l'effet utérotonique
facilite l'évacuation des débris restants.
Dans
ces conditions, est-il utile de faire déplacer la femme au cabinet
du médecin pour la prise du misoprostol? Certes, le décret
du 3 mai 2002 stipule que" la prise des médicaments nécessaires
à la réalisation de l'interruption volontaire de grossesse
est effectuée en présence du médecin". Mais
selon les recommandations de l'ANAES, " le jour de l'administration
à l'hôpital de la mifépristone, les comprimés
de misoprostol doivent être confiés à la patiente
pour qu'elle les prenne à domicile 36 à 48 heures plus
tard par voie orale": c'est ainsi que procèdent toutes les
équipes hospitalières qui pratiquent les IVG à
domicile. Le contenu de la consultation ne nécessite pas de déplacement
de la patiente qui bénéficie de meilleures conditions
de confort en restant chez elle. Une consultation téléphonique
préalable à la prise des comprimés parait suffisante.
Remarque
n°2
En
milieu hospitalier, les recommandations ANAES autorisent l'administration
du misoprostol par voie orale ou par voie vaginale. En cas de protocole
à domicile, seule la voie orale est admise.
Remarque
n°3
Lorsque
la technique médicale est réalisée en milieu hospitalier,si
l'expulsion ne s'est pas produite 3 heures après la première
administration de misoprostol,une deuxième dose de 400 mg peut
être administrée par la même voie. Cette éventualité
n'est pas prévue dans l'utilisation à domicile.
Consultation
n° 4 du forfait
Elle
a lieu 14 à 21 jours après la prise de misoprostol. Le
délai légal initialement prévu de 10 à 15
jours a été modifié par le décret du 1 er
juillet 2004: cela retarde pour la femme le moment où elle est
rassurée sur l'efficacité de la méthode, mais est
conforme aux recommandations de l'ANAES et se justifie pleinement par
la cinétique des saignements et l'évolution échographique.
Cette
consultation repose sur trois éléments :
L'interrogatoire
L'examen
clinique
L'échographie
pelvienne
Elle
a trois objectifs :
Evaluer
l'efficacité de la méthode
Vérifier
l'absence d'effets secondaires
Assurer
la prévention des grossesses non désirées
Elle
comporte trois obligations légales :
Proposer
systématiquement un entretien psycho-social
Envoyer
la fiche de liaison fin de procédure au centre
référent (annexe)
Envoyer
la fiche statistique anonymisée au centre référent
(annexe)
Remarque
:les attestations de consultations
préalables à l'IVG ainsi que le consentement écrit
de la femme à son IVG doivent être conservées dans
le dossier médical.
1.
Evaluer l'efficacité de la méthode
La
durée des saignements
après prise de misoprostol varie beaucoup selon les études,
mais cette variation est indépendante du dosage ou de la voie
d'administration du misoprostol. Les premières études
avaient évalué la durée moyenne de saignement à
9 jours avec une variation de 1 à 35 jours, ce qui explique le
choix initial d'un délai de la consultation de contrôle
à 10-15 jours. Les études suivantes ont relevé
une durée moyenne de saignement de 14 à 17 jours avec
une variation de 1 à 69 jours. 20% des femmes ont un saignement
ou un spotting qui dure plus de 35 jours. La seule variable en relation
directe avec la durée des saignements est l'âge gestationnel:
19 jours en moyenne pour les grossesses de moins de 6SA, 25 jours pour
les grossesses de 6SA et plus.
L'utilisation
d'une contraception orale après l'expulsion ne modifie pas la
durée des saignements ni leur intensité: en cas de saignement
prolongé, il est plus dangereux (risque de grossesse non désirée
à court terme) qu'utile d'arrêter la prise de contraception
pour faire stopper les saignements prolongés.
Les
saignements même abondants ne sont pas synonymes d'expulsion,
leur survenue ne constitue nullement un critère d'efficacité
de la méthode qui sera évaluée par d'autres moyens.
L'examen
clinique est le minimum
recommandé par l'ANAES au cours de la consultation de contrôle
pour évaluer l'efficacité de la méthode.
L'examen clinique apprécie le volume utérin au toucher
vaginal, l'état du col, la présence de débris intracervicaux,
l'existence d'une masse ou d'une douleur annexielle. Cependant, il manque
de fiabilité pour pouvoir affirmer l'efficacité de la
méthode et doit être systématiquement corrélé
à une échographie pelvienne ou à un contrôle
des Hcg sériques sous la responsabilité du médecin
ou du centre.
En
cas de doute sur la vacuité utérine, le médecin
adresse la patiente au centre référent (6).
L'échographie
vaginale est l'examen
le plus intéressant pour vérifier l'efficacité
de la méthode. Néanmoins, elle demande une certaine expérience
pour savoir reconnaître l'aspect échographique normal de
la cavité utérine dans les suites de l'administration
de misoprostol.
Historiquement,
les cliniciens définissaient une mesure de l'épaisseur
endométriale de plus de 15 mm comme une suspicion d'expulsion
incomplète. En fait, à la suite d'une expulsion complète
par méthode médicamenteuse, la mesure moyenne de l'épaisseur
endométriale est de 17,5 mm après la prise du misoprostol,
avec des écarts de 7,6 à 29 mm. Une semaine après
l'expulsion, l'épaisseur endométriale moyenne est de 11,3
mm avec des écarts de 1,6 à 24,9 mm. A ce stade d'évolution,15%
des femmes ont encore une mesure endométriale de 16 mm ou plus
qui les rangerait dans la catégorie des expulsions incomplètes
(21).
Actuellement,
on considère qu'il est normal que l'échographie de contrôle
effectuée 14 à 21 jours après la prise de misoprostol
visualise des caillots et des débris dans la cavité utérine.
L'objectif
essentiel de cette échographie est de vérifier l'expulsion
du sac ovulaire , critère
nécessaire et suffisant pour juger de l'efficacité de
la méthode.
En
milieu hospitalier, pour éviter de laisser la femme trop longtemps
dans l'incertitude, l'efficacité de la méthode peut être
vérifiée le jour de la prise du misoprostol par une échographie
avant la sortie. Dans les séries qui ont étudié
le délai d'expulsion après prise de misoprostol, 60 à
70% expulsent l'œuf dans les 4 premières heures et 85% dans les
24 premières heures. En pratique, au centre hospitalier de Charleville-Mézières,
la durée moyenne d'hospitalisation après prise de misoprostol
est de 6 heures et l'expulsion du sac ovulaire est constatée
à la sortie dans 90% des cas.
Le
dosage des hCG sériques constitue
une alternative intéressante si le médecin ne dispose
pas d'échographe.
L'objectif
n'est pas de vérifier que les taux d'hCG sont négativés:
cela met en général 4 à 6 semaines; la répétition
des dosages s'avérerait coûteuse et inutile.
C'est
la baisse des taux sur deux dosages successifs qui va renseigner sur
l'efficacité de la méthode. L'interprétation tiendra
compte de la cinétique de croissance et de décroissance
des hCG:
Soit
un seul dosage post-IVG à comparer au dosage pré-IVG à
condition que ce dernier ait été réalisé
juste avant la prise de mifépristone: le taux d'hCG tombe à
20% du taux initial entre le 8 ème et le 11 ème jour après
la prise de mifépristone.
Soit
deux dosages post-IVG à effectuer à deux ou trois jours
d'intervalle. Le taux baisse du tiers ou de la moitié entre deux
prélèvements successifs réalisés à
48 heures d'intervalle.
La
limite de cette méthode d'évaluation est de méconnaître
la persistance d'une grossesse arrêtée non expulsée:
la baisse du taux d'hCG rassure sur l'arrêt de la grossesse mais
l'examen clinique n'est pas toujours performant pour apprécier
l'involution utérine dans le cas de grossesses très jeunes.
Conduite
à tenir en cas de rétention intra-utérine :
La
prescription d'utérotoniques pour diminuer la durée des
saignements ou favoriser l'expulsion des débris intra-utérins
n'a pas été évaluée.
Un
certain nombre d'équipes proposent une aspiration chirurgicale
en cas d'expulsion incomplète. D'autres (28) ont démontré
que cette intervention n'est pas nécessaire, et que des doses
additionnelles de misoprostol ou une simple attente est une alternative
acceptable.
De
l'expérience de l'équipe du centre hospitalier de Charleville-Mézières,
il ressort qu'aucun des différents schémas médicamenteux
utilisés n'a sensiblement modifié l'évolution clinique
et l'aspect échographique par rapport à une abstention
thérapeutique.
La conduite à tenir découle de la confrontation de la
clinique et de l'échographie:
Constatation
échographique d'une grossesse évolutive ou d'une grossesse
arrêtée non expulsée: indication d'une aspiration
chirurgicale sous anesthésie générale ou locale
Persistance
de saignements, col ramolli ou ouvert à l'examen, matériel
intra-utérin de plus de 15mm d'épaisseur à l'échographie
: la conduite à tenir est décidée en accord avec
la femme.
Soit
proposition d'aspiration endo-utérine soit en cours de consultation
avec une canule de Karman de petit diamètre (4 mm) reliée
à une seringue à butée, soit plus rarement sous
anesthésie générale ou locale. Le saignement s'arrête
généralement en 5 jours.
Soit
simple attente, contrôle échographique dans les quatre
semaines suivantes et aspiration si besoin
Soit
traitement médicamenteux (misoprostol 1 cp/jour ou méthylergométrine
15 gouttes 3 fois/jour pendant 7 jours), contrôle échographique
dans les quatre semaines et aspiration si besoin
Persistance
de saignements, col fermé, vacuité utérine: simple
attente
Absence
de saignements, col fermé, présence d'éléments
intra-utérins en petite quantité: pas de traitement médical,
contrôle échographique après les règles et
aspiration si besoin
Rétention
intracervicale de débris ovuloplacentaires: extraction à
la pince au cours de l'examen.
2.
Vérifier l'absence d'effets secondaires
Les
complications infectieuses
A type d'endométrite,
elles donnent en général des signes cliniques modérés:
persistance des saignements, douleurs spontanées, fièvre,
douleur à la palpation ou à la mobilisation utérine
lors de l'examen.
Les signes biologiques sont inconstants: élévation de
la CRP et/ou de la VS, hyperleucocytose. L'ECB vaginal est rarement
parlant.
La
prescription d'antibiotiques à large spectre améliore
rapidement le tableau clinique.
Une sérologie chlamydiae positive justifie un traitement et une
surveillance adaptés.
Les
salpingites sont plus rares.
L'anémie
Elle est suspectée devant
une asthénie persistante, une pâleur, une hypotension.
Une prescription de fer suffit en général à la
corriger. La nécessité d'une transfusion est une éventualité
rarissime (0,2% des cas dans l'étude de Spitz(13)).
Le
retentissement psychologique est
mal évalué.
Dans les suites immédiates d'IVG quelle qu'en soit la méthode,
les patientes expriment souvent une anxiété, des doutes
ou des regrets quant à leur choix, une dévalorisation,
des difficultés sexuelles.
La participation active qu'exige la méthode médicamenteuse
à domicile semble minorer les réactions psychiques.
3. Assurer
la prévention des grossesses non désirées
Il
importe de vérifier que la contraception a été
débutée comme prévu, qu'elle est utilisée
correctement, qu'elle est bien tolérée et bien acceptée.
Il
importe également d'organiser le suivi de cette contraception
et de motiver la femme à des examens gynécologiques réguliers.
Le
médecin doit proposer systématiquement un entretien psychosocial
post-IVG qui sera l'occasion d'une approche pédagogique et psychologique
individualisée de la contraception pour permettre à la
femme de vivre sa sexualité sans risque.
Environ
5% des femmes ne se présente pas aux consultations post-IVG quelque
soit la méthode utilisée. Le risque en matière
d'IVG médicamenteuse est de ne pas repérer un échec
de la méthode avec toutes les conséquences que cela implique
pour la femme, l'enfant à venir, et le médecin. L'engagement
qu'a pris la femme de suivre le protocole autorise le médecin
à la contacter par courrier ou téléphone pour lui
rappeler l'intérêt de cette consultation de contrôle.
LE
CAS PARTICULIER DES MINEURES (1, 3)
Une
mineure peut faire une demande d'IVG comme toute femme majeure, et elle
est seule apte à décider de sa demande. Pour éviter
les situations de pression de l'entourage, la mineure doit présenter
sa demande au médecin en dehors de la présence
de toute autre personne . Elle signera personnellement
le formulaire de consentement écrit.
Le
dossier-guide remis lors de la consultation pré-IVG comporte
un information spécifique aux mineures.
La
loi du 4juillet 2001 introduit la possibilité de pratiquer des
IVG chez les mineures sans consentement parental .
Cependant
l'autorisation parentale reste la règle: le consentement d'un
des deux parents ou du représentant légal doit être
recueilli par écrit et remis au médecin.
Le
médecin doit s'efforcer d'obtenir l'accord de la mineure pour
qu'un ou les deux parents soient consultés. Si la mineure confirme
son désir de garder le secret vis-à-vis de ses parents
ou si le consentement des parents n'est pas obtenu, l'interruption de
grossesse peut être pratiquée.
Dans
ce cas, la mineure se fait accompagner dans sa démarche par la
personne majeure de son choix. Le médecin ou la conseillère
conjugale la conseillent sur ce choix mais il appartient à la
seule mineure. Il est obligatoire pour accéder à une IVG
sans consentement parental.
La
personne majeure accompagnante ne se substitue
pas aux titulaires de l'autorité parentale: on ne peut exiger
d'elle aucun consentement écrit. Son rôle est d'apporter
une aide morale, une écoute et un dialogue, et éventuellement
une présence au cours des différentes étapes de
l'IVG. C'est la mineure (et non le médecin ou la conseillère)
qui définit avec la personne majeure accompagnante les modalités
de l'accompagnement, notamment les moments de présence de cette
dernière. Elle est tenue au secret.
Le
choix de la personne majeure accompagnante est annoncé par la
mineure au cours de l'entretien ou de la consultation pré-IVG.
Le médecin ou la conseillère rédige un document
attestant de sa réalisation.
Il
est important que le nom de l'accompagnant soit connu du médecin
qui doit être en mesure de vérifier qu'il est bien majeur,
mais le secret de cette identité doit être assuré:
il n'est pas obligatoire que ce nom soit porté sur un document
quel qu'il soit.
De
même, le médecin est en droit de demander son identité
à la mineure qui veut garder le secret à l'égard
de ses parents ou de son représentant légal, mais le
secret et l'anonymat doivent être respectés .
Les demandes d'analyses et les ordonnances peuvent comporter le nom
de la mineure: tous les professionnels de santé sont tenus au
secret médical et au secret professionnel.
L'entretien
psycho-social préalable à l'IVG est obligatoire
chez la mineure qu'il y ait ou non autorisation parentale. Une deuxième
consultation ayant notamment pour but une information sur la contraception
est obligatoirement proposée.
La
prise en charge des IVG des mineures est anonyme et gratuite
. Le décret n° 2002-799 du 3 mai 2002 précise
qu'aucune demande de paiement ne peut être présentée
à la mineure ou à l'assuré dont elle est ayant-droit
ni pour la consultation pré-IVG ni pour les frais afférents
à une IVG sans hospitalisation réalisée par un
médecin qui a passé convention avec un centre réferent.
Le
médecin envoie à la CPAM du secteur où est implanté
le centre réferent les documents nécessaires au remboursement:
ils doivent être anonymes. La caisse procédera chaque trimestre
au vu des documents envoyés au remboursement des dépenses
engagées.
La
contraception peut
être prescrite sans autorisation parentale à une mineure
mais ne peut être délivrée gratuitement en pharmacie
d'officine (le dispositif de gratuité ne s'applique qu'à
la contraception d'urgence). Seuls les Centres de Planification ont
la possibilité d'assurer la délivrance et le suivi gratuits
de la contraception aux mineures désirant garder le secret.
ALTERNATIVES
ET PERSPECTIVES
Les
méthodes alternatives à l'association mifépristone-misoprostol
ne sont pas ou plus utilisées en France:
association méthotrexate - misoprostol: efficacité moindre,
effets indésirables plus marqués ( douleurs plus fortes),
coût plus élevé, non autorisé en France
misoprostol seul à doses répétées: faible
coût, efficacité moindre, non autorisé en France
association mifepristone – gemeprost (Cervagem*): efficacité
légèrement moindre, effets indésirables marqués
(douleurs), difficultés d'emploi (l'ovule doit être conservé
au congélateur), coûteux, exclu des recommandations de
l'ANAES.
Les
alternatives au protocole standard dit "protocole français"
portent sur:
l'emploi de faibles doses de mifépristone :
l'effet sur la contractilité utérine est identique après
absorption d'une dose unique de 200, 400, ou 600 mg. La plupart des
pays utilisent actuellement une dose unique de 200mg
de mifépristone sans baisse d'efficacité de la méthode.
L'utilisation de cette posologie, recommandée par l'ANAES, se
répand dans les services hospitaliers français en charge
des IVG. (34,36,37,38,39)
la posologie et la voie d'administration du misoprostol :
un protocole très répandu aux USA utilise la prise orale
de 200 mg de mifépristone suivie de l'administration par voie
vaginale de 800 mg de misoprostol. La courbe d'absorption
du misoprostol par voie vaginale n'est pas suivi du pic plasmatique
constaté lors d'une prise orale et montre une concentration plasmatique
plus élevée et plus prolongée: cela se traduit
en terme de tolérance par des douleurs abdominales moindres et
en terme d'efficacité par un effet plus durable sur la contractilité
utérine et la dilatation du col. L'autoadministration, y compris
à domicile, ne semble pas poser de problème, mais est
peu appréciée des femmes (29,30,31,34,37).
La voie sublinguale présente une meilleure disponibilité
que la voie vaginale 6 heures après l'absorption, une efficacité
identique à la voie vaginale sur les contractions utérines,
une tolérance similaire à la voie orale, et une très
bonne acceptabilité.
le délai entre la prise de la mifépristone et
du misoprostol : le délai de 36 à 48 heures basé
sur la cinétique d'action de la mifépristone a été
remis en question par l'observation de la survenue fréquente
de saignements dans les 24 heures après sa prise. Les études
effectuées avec des délais variant de 24 à 72 heures,
voire de 6 à 8 heures ne montrent pas de différence significative
dans l'efficacité ou la tolérance selon le moment de prise
du misoprostol. (32,35)
la limite d'âge gestationnel autorisant l'usage à
domicile du protocole médicamenteux: hors de France,
les délais peuvent être portés à 56 ou 63
jours. (28,38)
En
attendant un consensus français et une évaluation rigoureuse
des pratiques, le protocole médicamenteux à domicile demeure:
600 mg de mifépristone suivi 36 à 48 heures plus tard
de 400 mg de misoprostol par voie orale, utilisable pour des grossesses
jusqu'à 7SA.
CONCLUSION
En
poursuivant la réflexion dans le strict cade de la santé
de la reproduction,
la simplicité du protocole mifépristone-misoprostol
n'est plus à souligner et a fait la preuve de sa facilité
d'utilisation à domicile,
la sécurité en France est garantie par
un encadrement législatif et des recommandations professionnelles
suffisamment précis pour en faire une méthode sûre,
l'efficacité semble difficile à améliorer:
les différents protocoles utilisés dans le monde relèvent
des taux d'échecs semblables, mais pas assez importants pour
remettre en question l'usage de cette méthode,
l'acceptabilité en revanche parait perfectible.
L'acceptabilité d'une méthode d'IVG est d'autant meilleure
que la femme a eu la possibilité de faire son propre choix. La
méthode médicamenteuse est souvent choisie pour son apparence
plus naturelle, pour éviter un des éléments de
la technique chirurgicale (anesthésie, manœuvre instrumentale,
perfusion …). Elle serait préférée à priori
par 80% des femmes en cas de nécessité d'interrompre une
grossesse. Mais le déroulement et les suites ne sont pas toujours
si simples que cela à gérer. A distance de l'IVG, seulement
53% des femmes ayant eu une interruption médicamenteuse feraient
de nouveau ce choix si elles devaient recourir à une nouvelle
IVG: elles invoquent l'aspect stressant, choquant ou déplaisant
de la méthode, le souhait de ne pas voir le produit d'expulsion,
le souhait d'éviter la douleur et les saignements prolongés
(6). Pour ce qui est de sa réalisation à domicile, 80%
des femmes qui ont fait ce choix le renouvelleraient si elles devaient
à nouveau recourir à une interruption de grossesse. Toutes
les femmes apprécient le caractère discret et confidentiel
de la méthode, le fait d'avoir peu d'interlocuteurs: autant la
grossesse est un acte socialement valorisé, qui peut s'afficher,
autant son interruption demeure de l'ordre de l'intime et du secret.
Les
efforts des professionnels de santé doivent porter sur:
le maintien de la sécurité et de l'efficacité
C'est garantir des conditions d'accès au centre référent
et au service d'accueil d'urgence, mais aussi organiser la formation
des médecins pour assurer une bonne connaissance de l'utilisation
de la méthode et éviter des dérives d'emploi du
protocole susceptibles d'en diminuer l'efficacité et d'en majorer
les risques.
La mise au point de ce protocole constitue la première étape
des engagements du centre référent. Elle sera suivie de
l'élaboration d'une présentation power point pour assurer
les séances de formation des médecins intéressés.
La troisième étape consistera en la mise en place d'un
réseau ville-hôpital pour la pratique des IVG médicales
sans hospitalisation soit au niveau départemental soit au niveau
régional. Sur le plan national, un CD de formation est en cours
d'élaboration par l'intermédiaire de l'ANCIC (Association
Nationale des Centres d'Interruption de grossesse et de Contraception).
l'amélioration de l'acceptabilité , notamment
en ce qui concerne la prise en charge de la douleur et des saignements
prolongés.
Seul le partage des connaissances autour de toutes ces questions non
résolues que sont les protocoles antalgiques, les médicaments
utilisables pour réduire la durée des saignements, l'antibiothérapie
systématique, mais aussi les doses et voies d'administration
des médicaments et les délais entre leurs prises, les
moyens de contrôle de la méthode, la conduite à
tenir en cas de rétention partielle permettra d'en maîtriser
le bon usage: l'évaluation des pratiques reste à organiser.
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