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Paris, le 3 Octobre 2000
Communiqué de presse
CONTRACEPTION ET IVG EN FRANCE
Beaucoup reste à faire
On enregistre aujourd'hui environ 220 000 interruptions volontaires de
grossesse (IVG) par an. En moyenne, chaque femme en France serait confrontée
au cours de sa vie à une grossesse non prévue et une sur
deux à une IVG, selon l'Ined. Pourquoi tant d'échecs alors
que la contraception est largement accessible aux femmes ? Quels sont
les motifs qui conduisent les femmes à avoir une IVG ? Et dans
quelles conditions accèdent-elles au système de santé
? L'enquête GINE (grossesses interrompues, non prévues ou
évitées) s'est donnée pour objectif de répondre
à ces questions.
Dans le cadre de GINE ( réalisée avec le soutien de la
Mutuelle Générale de l'Education Nationale et de la Direction
des Etudes du Ministère des Affaires Sociales ), 80 entretiens
approfondis auprès de femmes ayant eu une grossesse non prévue
dans les 3 dernières années ont été menés
par des chercheuses en santé publique, sociologie, psychologie
de l'INSERM, du CNRS et du CRESP, ainsi qu'une gynécologue clinicienne.
Selon l'enquête, les échecs de contraception sont, actuellement,
loin d'être tous évitables. Les actions envisageables pour
réduire les échecs de contraception concernent surtout l'amélioration
du contexte de prescription qui devrait permettre aux femmes de véritablement
choisir elles-mêmes une méthode adaptée à leur
vie et leur sexualité. Plus l'offre sera diversifiée, incluant
notamment la stérilisation, moins il y aura d'échecs. La
formation des prescripteurs aux enjeux psychologiques et sociaux de la
contraception et de l'IVG s'avère indispensable.
Chez les jeunes, l'accès à l'information contraceptive
passe d'abord par une reconnaissance sociale de leur sexualité.
Un accès plus facile à la contraception (dont la contraception
d'urgence) que celui que leur proposent actuellement les seuls centres
de planification familiale permettrait de réduire le non recours
à la contraception et les situations d'échecs.
Améliorer l'offre contraceptive et le statut des femmes
Le refus de l'utilisation du préservatif par certains hommes,
lié à la priorité qu'hommes et femmes accordent au
plaisir masculin dans la sexualité, montre bien les formes implicites
que peut parfois revêtir la domination masculine. Toute mesure législative
et sociale sur la place des femmes dans la société, parce
qu'elle contribue à changer le regard sur leur statut, peut favoriser
des modifications de normes dans le domaine de la sexualité et
à terme, participer à la réduction des échecs
de contraception. L'implication des hommes dans les enjeux contraceptifs
reste par ailleurs très limitée.
Aucune banalisation de l'IVG en France
L'IVG n'est jamais un acte anodin pour les femmes. Loin de renvoyer à
un comportement " égoïste ", la décision
d'interrompre une grossesse renvoie le plus souvent au fait que les femmes
envisagent la maternité comme impossible quand elles sont dans
une relation affective instable ou qu'elles connaissent des conditions
de vie difficiles. Et non pas parce que le moment ne leur convient pas.
Cette décision se prend très rapidement pour toutes les
femmes, y compris pour celles qui dépassent le délai légal
de recours à l'IVG.
Contrairement aux idées reçues, les grossesses adolescentes
ne sont pas systématiquement des drames et sont parfois souhaitées,
notamment quand la jeune fille a des perspectives scolaires ou professionnelles
limitées.
Face à une grossesse non prévue de leur partenaire, les
attitudes des hommes apparaissent très diversifiées, allant
d'un soutien important à une indifférence totale ; le plus
souvent les hommes sont présents tout en reconnaissant que c'est
à la femme de décider seule.
Faciliter l'accès aux centres d'IVG
Le rôle du premier professionnel de santé rencontré,
sa connaissance des filières d'accès et son attitude sont
déterminants pour permettre un accès facile et rapide au
centre d'IVG. C'est dire l'importance d'une bonne information de tous
les médecins susceptibles d'être contactés par les
femmes. Les discours moralisateurs parfois entendus ne font que culpabiliser
les femmes sans les faire revenir sur leur décision. Des carences
géographiques ou ponctuelles (liées aux périodes
de vacances) peuvent rendre le parcours des femmes encore plus difficile.
C'est d'ailleurs souvent la découverte tardive de leur grossesse
et les difficultés pratiques d'accès aux soins qui génèrent
un dépassement du délai légal de recours à
l'IVG de 10 semaines de grossesse. L'allongement du délai de recours
à l'IVG, loin d'inciter les femmes à prolonger leur réflexion,permettrait
simplement à plusieurs milliers d'entre elles de ne pas vivre des
moments inutilement douloureux et stigmatisants.
L'obligation de l'autorisation parentale pour les mineures pose problème
dans la plupart des cas. Substituer à l'obligation de la "
révélation " aux parents, le libre choix de l'accompagnement
par un adulte, que les jeunes femmes rencontrées ont toutes réclamé,
favoriserait les comportements de prévention, dans la mesure où
ces nouvelles dispositions légales participeraient de la reconnaissance
d'une sexualité responsable des adolescentes et les aideraient,
à terme, à en mieux assumer les conséquences.
Contact chercheur
Nathalie Bajos
Unité Inserm 292 " recherches en santé publique -
reproduction - sexualité "
Hôpital de Bicêtre - 94276 Le Kremlin-Bicetre
Tél : 01 45 21 22 96 - fax : 01 45 21 20 75
Mél : bajos@vjf.inserm.fr
Contact presse
Nathalie Christophe
Tél : 01 44 23 60 97 - fax : 01 45 70 76 81
Mél : presse@tolbiac.inserm.fr
Equipe de recherche GINE :
Nathalie Bajos, Annie Bachelot, Christine Bove,
Dominique Cèbe,
Pascale Donati, Sandrine Durand, Michèle
Ferrand, Danielle Hassoun, Claudine Philippe, Rim
Turki, Forence Vatin
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