Le point sur la contraception d'urgence
De nombreuses femmes ont des problèmes de contraception, comme
le montre le nombre quasi constant d'avortements en France. La contraception
d'urgence peut aider ces femmes à les prévenir.
En effet la contraception d'urgence (dénomination reconnue
par l'OMS) est une méthode contraceptive à utiliser après
tout rapport non protégé ou mal protégé, quel
que soit le moment du cycle. C'est une méthode de contraception
d'exception, de rattrapage.
Les indications
Tout rapport non protégé ou mal protégé,
quel que soit le moment du cycle (la date de l'ovulation pouvant varier
d'un cycle à l'autre).
La C.U. est indiquée en particulier
- en cas d'accident lors de l'utilisation du préservatif ;
- en cas d'oubli de pilules oestro-progestatives
La contraception d'urgence est indiquée impérativement
en cas d'oubli de plus d'une pilule dans la première semaine
de la plaquette et s'il y a eu des rapports dans les 7 jours précédents
; il faudra ensuite prendre les précautions habituelles en cas
d'oubli de pilules OP, la contraception d'urgence protégeant
du rapport qui a eu lieu mais pas des suivants
- en cas d'oubli de pilules micro-progestatives ;
la contraception n'est plus assurée après un oubli de
plus de 4 h,
- en cas de viol.
Les méthodes
Il existe actuellement
- deux méthodes hormonales
- une méthode mécanique
Les méthodes hormonales
Deux types d'hormones sont actuellement utilisés dans cette indication.
1 - L'association strogène et progestatif
dite "méthode de Yuzpe"
L'association
Elle est constituée de 0,1 mg d'éthinyl-oestradiol
à 0,5 mg de lévonorgestrel pris deux fois à 12
h d'intervalle. Cette association doit être prise dans les 72
h suivant le rapport non protégé.
Cette méthode a reçu une AMM et est commercialisée
par le laboratoire Berliphar sous le nom de Tétragynon (décembre
1998).
On peut aussi utiliser deux fois 2 comprimés de Stédiril
dans cette indication.
Son efficacité
L'efficacité de la contraception d'urgence est évaluée
en se référant au nombre de grossesses réellement
arrêtées. Ce nombre est calculé en comparant le
chiffre donné par les tables de Dixon qui permettent d'évaluer
le risque de grossesse suivant le moment du rapport dans le cycle et
celui de grossesses évolutives trouvé après utilisation
de la méthode.
Elle est pour cette association d'après J.Trussel qui a poolé
10 études, de 74 % ; pour M Creinin qui a poolé 7 études,
de 75 % environ. L'OMS cependant dans une étude publié
en1998 trouve un taux de 56 %.
Ses contre-indications
Les contre-indications sont rares. Il s'agit essentiellement
des antécédents personnels de thrombose veineuse, d'embolie.
Elles diffèrent de celles des pilules oestro-progestatives prises
en contraception habituelle car la dose d'oestrogènes est importante
(0,2 mg) mais la durée du traitement est réduite.
Sa prescription
La méthode, qui a peu de contre-indications, ne nécessite
pas d'examen gynécologique, un interrogatoire bien conduit sur
les antécédents personnels est suffisant.
Ses effets secondaires
Sur le plan gynécologique
- Les règles, après ce traitement, surviennent dans
50 % des cas à la date prévue, dans 35 % des cas en
avance et dans 13,2 % des cas avec un retard maximum de 5 jours. Au-delà
de ce laps de temps, il faut suspecter une grossesse évolutive
et demander un dosage d'HCG.
- Il n'y a pas d'augmentation du nombre de grossesses extra-utérines
(1 cas dans toute la littérature, contrairement à ce
qu'il se passait avec les oestrogènes seuls).
- Il n'y a pas d'effet tératogène connu actuellement
si la grossesse se poursuit. Une étude faite sur 119 enfants
nés après l'utilisation de la méthode de Yuzpe
n'a pas montré d'augmentation des malformations. La prise de
pilule d'urgence n'est pas une indication, si la grossesse se poursuit,
à un avortement thérapeutique.
Sur le plan tolérance général
- Il existe des nausées dans 50 % des cas, des vomissements
dans 25 % des cas. La prise d'aliment au moment de la prise du traitement
peut améliorer la tolérance digestive. Des antiémétiques
peuvent aussi être prescrits systématiquement, la patiente
s'en servant en cas de besoin.
- Des céphalées et des mastodynies peuvent survenir
parfois.
2 - Un progestatif : le lévonorgestrel
Le lévonorgestrel est utilisé dans la contraception d'urgence
à la dose de 0,75 mg prise deux fois à 12 heures d'intervalle,
dans les 72 heures suivant un rapport non protégé
Le lévonorgestrel (comprimé à 0,75 mg) a obtenu
une AMM pour contraception d'urgence en 1999. Ce produit est commercialisé
sous le nom de NorLévo (Laboratoire HRAPharma, distribué
par le Laboratoire Besin).
.
Le lévonorgestrel est aussi disponible sous forme de comprimés
à 0,03 mg (Microval). Il faut prendre, en cas d'utilisation de
celui-ci comme pilule d'urgence, 25 comprimés de Microval 2 fois
à 12 h d'intervalle dans les 72 h suivant le rapport non protégé
; toutefois le Microval n'a pas d'AMM pour la C. U.
Son efficacité
Elle est de 75 à 85 %
Ses effets secondaires
Sur le plan gynécologique
- Les règles, après ce traitement comme avec la méthode
de Yuzpe, surviennent dans 50 % des cas à la date prévue,
dans 35 % des cas en avance et dans 13,2 % des cas avec un retard
maximum de 5 jours. Au-delà de ce laps de temps, il faut suspecter
une grossesse évolutive et demander un dosage d'HCG.
- Aucune grossesse extra-utérine n'a été rapportée
dans les essais cliniques.
Sur le plan général
- Les troubles digestifs sont relativement peu fréquent : nausée
23 %, vomissements 5,6 %. La tolérance est meilleure que celle
de la méthode de Yuzpe (diminution de 50% des effets secondaires).
Ses contre-indications
Elles sont inexistantes.
Sa prescription
Elle ne nécessite pas d'examen gynécologique.
Un interrogatoire, portant sur la date des dernières règles
pour s'assurer que la patiente n'est pas déjà enceinte,
est suffisant.
3 - Remarques sur ces deux méthodes hormonales
Elles sont d'autant plus efficaces que prises rapidement après
le rapport non protégé (essai de l'OMS, août 1998).
Méthode de Yuzpe prise dans les 24 h après le rapport
non protégé : 77 % d'efficacité, prise dans les
48 à 72 h après : 31 % ; lévonorgestrel pris dans
les 24 h après le rapport non protégé : 95 % d'efficacité,
pris 48 à 72 h après : 58 %.
Elles protègent uniquement des rapports ayant eu lieu
dans les 72 h auparavant. Elles ne protègent pas des rapports
antérieurs ou qui auront lieu ensuite.
Leur utilisation répétée est possible sans
inconvénient.
Toutefois dans ces cas d'utilisation répétée de
la contraception d'urgence, il est important d'informer la patiente
de la moindre efficacité de la méthode par rapport à
une contraception classique et d'essayer de comprendre pourquoi cette
femme ne suit pas une contraception plus efficace.
La consultation pour prescription de contraception d'urgence peut être
une occasion de faire le point sur la contraception ultérieure.
Leur mode d'action :
Il est mal connu. Deux hypothèses ont été émises.
Les hormones pourraient agir en perturbant l'ovulation lorsqu'elle est
sur le point de se produire (des études récentes faites
sur des volontaires avec l'association estrogènes-lévonorgestrel
semblent renforcer cette hypothèse) ou en modifiant l'endomètre
le rendant impropre à la nidation (hypothèse la plus fréquemment
évoquée jusqu'ici).
La méthode mécanique : le stérilet au cuivre
Le stérilet, comme contraception d'urgence, est une méthode
peu employée.
Cependant le stérilet présente de nombreux avantages.
- Il est extrêmement efficace, 99 % de succès.
- Il peut être utilisé au-delà des 72 heures fatidiques
de la contraception d'urgence hormonale. Théoriquement le stérilet
peut être posé jusqu'à 5 jours après le rapport
supposé fécondant. En pratique il peut être posé
jusqu'à 5 jours après la date supposée la plus
précoce de l'ovulation, quelle que soit la date du rapport non
protégé.
- Il peut être laissé en place ou retiré après
les règles selon le désir de la patiente. Il assure en
outre une protection s'il y a eu plusieurs rapports non protégés
durant le cycle.
- Il peut être très utile pour des femmes qui désirent
adopter ultérieurement ce moyen de contraception : multipares,
et même nullipares qui, ayant des relations stables, ont peu de
risques infectieux.
- Il peut être utilisé pour quelques jours chez des jeunes
filles, vues tardivement après un rapport non protégé,
qui veulent absolument prévenir une grossesse.
Mais il présente des inconvénients
- La pose du stérilet chez de jeunes nullipares qui sont les
candidates les plus nombreuses à la contraception d'urgence,
est douloureuse.
- Le stérilet peut favoriser une éventuelle infection
pelvienne. Aussi s'il y a un doute, un prélèvement vaginal
s'impose au moment de la mise en place du stérilet, ainsi que
la mise de la patiente aux antibiotiques en attendant son résultat.
Le stérilet, plus utilisé, devrait pouvoir rendre de grands
services dans la contraception d'urgence.
Les recherches
Les recherches portent sur de nouvelles molécules et une administration
différente des molécules existantes.
1 - Nouvelles molécules
Ces recherches portent actuellement sur des progestatifs et sur l'antiprogestérone
mifépristone (RU 486).
Les progestatifs
Le noréthindrone pourrait remplacer le lévornorgestrel dans
la méthode de Yuzpe,
L'antiprogestérone mifépristone (RU 486)
La mifépristone, utilisée pour l'avortement jusqu'à
49 jours d'aménorrhée, a donné lieu à d'importantes
recherches dans le domaine de la contraception d'urgence.
Deux premiers essais faits en Angleterre en 1992 étaient extrêmement
encourageant, 100 % d'efficacité.
Un essai plus récent mené par l'OMS, avec des doses de
10 - 50 - ou 600 mg de RU 486, a donné, quelle que soit la dose
utilisée, globalement un taux de succès de 85 %. Mais une
analyse plus détaillée des résultats montre que si
l'on considère uniquement le rapport sexuel pour lequel la mifépristone
a été prescrite, le taux de succès est de 99 %.
La tolérance de la mifépristone est excellente
Cependant la mifépristone donnée avant l'ovulation entraîne
un blocage de celle-ci, d'où des retards de règles pouvant
aller jusqu'à 6 semaines pendant lesquels les patientes croient
être en sécurité et ne prennent pas de précaution
Des essais complémentaires sont menés par l'OMS actuellement
pour évaluer plus complètement la mifépristone dans
la contraception d'urgence.
2 - Administration différente des produits existants.
Les recherches portent aussi sur des essais pour simplifier la méthode
: une seule prise de médicament dans la méthode de Yuzpe
et avec le lévonorgestrel
La prescription de la contraception d'urgence
Sa prescription est une véritable urgence car pour les deux méthodes
l'efficacité diminue rapidement 24 h après le rapport non
protégé. Il faut donc que les patientes puissent l'utiliser
très vite.
Il faut aussi que les patientes puissent se la procurer facilement si
l'on veut qu'elles l'utilisent. En effet il est difficilement accepté
de bousculer tout un emploi du temps pour un risque hypothétique
de grossesse.
Pour répondre à ces deux impératifs des solutions
nouvelles ont été mises en place
- Prescription préventive par les médecins en particulier
chez les patientes utilisant des préservatifs ; cette prescription
préventive de la contraception d'urgence fait craindre à
certains que celles-ci abandonnent leur contraception habituelle.
Un essai anglais montre qu'il n'en est rien La comparaison de l'utilisation
de la contraception d'urgence a été faite chez 549 femmes
(groupe traité) qui avaient reçu celle-ci en préventif,
et 522 femmes (groupe témoin) qui devaient venir chercher une
prescription pour la contraception d'urgence si elles en avaient besoin.
Les femmes à qui on avait donné la contraception d'urgence
en préventif n'en usèrent pas plus que celles du groupe
témoin et la contraception habituelle ne fut pas différente
dans les deux groupes. Par contre il y eut légèrement
moins de grossesses indésirées dans le groupe traité
que dans le groupe témoin; l'utilisation de la contraception
d'urgence étant plus précoce.
Il semble donc bien qu'une mise à disposition facile de la contraception
d'urgence ne fait pas abandonner aux femmes leur contraception habituelle,
mais peut réduire le taux de grossesses indésirées.
- Prescription lors de consultation en urgence chez les médecins.
- Vente dans les pharmacies sans prescription médicale pour
le lévonorgestrel (NorLévo) qui n'a pas de contre-indications
médicales. La vente du lévonorgestrel sans prescription
médicale dans les pharmacies, qui sont présentes en France
dans de très nombreuses localités et qui sont ouvertes
jour et nuit, devrait largement faciliter l'utilisation de la contraception
d'urgence.
- Distribution par les infirmières scolaires dans les collèges
et lycées.
- La prescription sur délégation médicale par
les infirmières des centres de contraception, des urgences des
hôpitaux, semble aussi tout à fait souhaitable
Mais l'utilisation de cette méthode est freinée par une
information peu précise des femmes sur la contraception.
Une enquête menée dans trois centres d'orthogénie
(Hôpital Broussais Paris, Corbeil, Amiens) du 1.3 au 1.6.1999 auprès
de toutes les femmes venant demander une IVG durant ce laps de temps soit
523, a montré que 77,8 % connaissaient la contraception d'urgence.
Mais 73,8 % ne l'avaient pas utilisée car elles ne pensaient pas
pouvoir être enceintes au moment où elles avaient eu un rapport
non protégé.
Une information sur la non fiabilité de la méthode Ogino
doit être donnée aux femmes.
En conclusion
La contraception d'urgence peut éviter nombre de grossesses non
désirées qui se terminent très souvent par des avortements
toujours douloureusement vécus par les femmes.
Mais c'est une véritable urgence. Pour qu'elle soit utilisée
de manière efficace son accès doit donc être facile
et rapide.
Toutefois elle ne remplace en rien la contraception habituelle, elle doit
rester exceptionnelle.
E. Aubény. Nantes, novembre 1999
Présidente de l'Association Française pour la Contraception
(AFC)
Centre d'Orthogénie, Hôpital Broussais, 96 rue Didot, 75014
PARIS.
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