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POURQUOI CETTE AGITATION AUTOUR DE L'AVORTEMENT VOLONTAIRE ?Le 16 juillet 1999, les Ministres, Martine AUBRY et Nicole PERY, s'engageaient à apporter les modifications considérées comme nécessaires à la loi de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse.
A cette occasion, l'Association Nationale des Centres d'Interruption de Grossesse et de Contraception (A.N.C.I.C.) réaffirmait son soutien à de tels engagements et soulignait son attachement à des structures bénéficiant d'une véritable reconnaissance statutaire. Unité Fonctionnelle des services de Gynécologie Obstétrique ou Centre autonome, structure pilote de formation et de recherche, étant dotée de moyens précisément identifiés et assurant conjointement contraception et interruption de grossesse. A ce titre, l'A.N.C.I.C. soulignait les difficultés qui résultent de la dissociation des compétences de l'Etat et des départements, souhaitant une table ronde nationale sur l'ensemble des questions soulevées par l'interruption de grossesse en France. Or, depuis quelques semaines, répondant en écho aux interrogations du rapporteur, quelques membres d'équipes hospitalières françaises, ont fait part dans la presse de leur plus extrême réserve quant à la possibilité d'étendre l'accès à l'avortement volontaire au-delà de 12 semaines d'aménorrhée. Appliquant depuis de nombreuses années avec conscience cette obligation professionnelle qu'ils considèrent comme un réel progrès sanitaire, ces équipes ont tout mis en uvre dans leur service pour que l'accueil, l'information, le choix des méthodes et la contraception se fassent dans les conditions du plus grand respect à l'égard des femmes. Aussi, la perspective de modifications apportées à cette loi, immense progrès voilà 25 ans, indispose-t-elle grandement ces soignants, considérant semble-t-il les textes législatifs actuels comme intangibles. Qu'en est-il ? Ce quart de siècle passé, il apparaît au Mouvement Français du Planning Familial (M.F.P.F.), à la Coordination des Associations pour le Droit à l'Avortement et à la Contraception (C.A.D.A.C.), au Collectif du Droit des Femmes, à de très nombreuses associations dont l'A.N.C.I.C., organisation des professionnels de la planification familiale, et au professeur Israël NISAND lui-même, qu'obliger chaque année les 5 à 6000 femmes les plus en détresse, à faire pratiquer leur avortement en Angleterre, Hollande ou Espagne, est non seulement notoirement hypocrite, gravement attentatoire à la dignité de ces femmes, mais tout simplement archaïque dans l'Europe d'aujourd'hui. Aucune spécificité nationale ne peut justifier un tel manque de lucidité, sinon de courage. Il ne s'agit bien sûr pour nous, ni de convaincre ceux pour qui l'avortement volontaire est incompatible avec leur conception de la vie, ni de défendre pour, nous ne savons quel principe, des positions maximalistes, encore moins de vouloir infliger à tout gynécologue obstétricien ou tout praticien de l'interruption de grossesse une pratique qui le mettrait en grave difficulté éthique ou même technique. Non, nous souhaitons seulement, comme Israël NISAND avant sa récente et curieuse rétractation, que soient respectées ces quelques milliers de femmes, chaque année en grande souffrance pour des raisons que nous connaissons souvent, mais dont le secret lui-même peut être simplement compris. En fait, cette activité nouvelle ne représenterait qu'une à deux interruptions volontaires de grossesse par semaine et par département. D'ores et déjà d'ailleurs, huit équipes de grandes villes réalisant ensemble environ 10000 avortements par an, ont adressé à Mesdames les Ministres de l'Emploi et de la Solidarité, de la Santé et du Droit des Femmes, leur projet de prise en charge de l'interruption de grossesse au-delà de 12 semaines d'aménorrhée. Une telle modification de la loi va-t-elle entraîner un retard à la décision des femmes ? Evoquer cette possibilité c'est méconnaître l'évolution des termes des demandes d'interruption de grossesse depuis 25 ans en France et dans le monde. Va-t-on voir un afflux d'origine mystérieuse de ces demandes tardives ? L'expérience européenne, américaine et asiatique répond clairement par la négative à cette inquiétude. Alors, ce serait affirme aujourd'hui péremptoirement Israël
NISAND et quelques autres, l'extrême précocité du
diagnostic prénatal, 12 semaines d'aménorrhée, terme
identique à la limite actuelle autorisant l'avortement volontaire,
qui amènerait les femmes à interrompre des grossesses fragilisées
(en suspens
) par cet examen. Sexe inconvenant, lèvres douteuses,
doigt surnuméraire, tout serait aujourd'hui prétexte à
refuser un enfant, volontairement mis en route ! Trêve de polémiques, interrompre une grossesse quel qu'en soit le terme et les raisons dites ou non, est un acte difficile, pour la femme d'abord, pour le médecin et les soignants ensuite. Non pour des raisons techniques, à terme toujours surmontables, mais bien pour des raisons respectables, simplement et complèxement humaines, éthiques d'abord mais affectives aussi. Quant au diagnostic prénatal, il n'est pas principalement une prouesse médicale, mais avant tout un bouleversement considérable de notre rapport à l'autre et du respect que nous lui devons. La difficile confrontation du médecin avec l'intimité (et qu'a à voir "la troisième dimension" ?) la plus extrême qui soit, celle d'une femme, d'un couple souvent, et de celui qui dans le secret de tout leur être établit cette mystérieuse relation qui personnifie l'embryon, puis vers 12 semaines (justement ?) le ftus, n'a pas fini de mettre à mal nos curieuses certitudes. Cette relation qui l'humanise nous n'en sommes évidemment ni les possesseurs, ni les décideurs, tout juste, et le plus souvent très imprécisément, les témoins. Pour cela, et c'est essentiel, avant ou après le diagnostic prénatal, quel qu'en soit le terme et sa précision, la femme seule, et si elle le souhaite son compagnon, peut connaître "en son âme et conscience" ce qui "l'autorise" ou non à poursuivre cette grossesse. Soignants, cette liberté nouvelle, et il n'est de liberté qui ne soit responsabilité, repousse les limites de notre "pouvoir", et à nos yeux cela est bien ainsi. La légitimité, la grandeur même de notre fonction, n'est pas fille de cet incertain pouvoir, mais bien de cette nécessaire aptitude qu'est ou que devrait être la nôtre à écouter et à répondre, ou tenter de répondre, à celles et ceux qui souffrent et demande à mieux vivre.
Le 19 juin 2000
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