LES MINEURES
I - DEFINITIONS
- Les mineur(e)s, les jeunes, les pubères, voire prépubères,
les pré-ados, les ados
, les garçons, les filles
De qui parle-t-on quand on les décline de la sorte ?
- Des 11-18 ans ! Quel groupe hétérogène ! Tant
dans son évolution physiologique que psychologique et tant dans
son identité face à la loi.
A - Législative
- Dans le domaine juridique, le groupe des mineur(e)s est divisé
en trois : les moins de 13 ans, les 13-16 ans et les 16-18 ans.
Avant 13 ans, la fille, le garçon, n'est pas considéré(e)
comme responsable. Entre 13 et 16 ans, sa responsabilité est
atténuée ; de 16 à 18 ans, il est tenu responsable
de ses actes, la scolarité n'est plus obligatoire.
- En ce qui concerne le domaine qui nous intéresse, l'article
L. 162 - 7 de la loi n° 75 - 17 du 17 / 01 / 1975 du code de la
santé publique stipule que, pour une IVG, " si la femme
est mineure célibataire ", et les deux termes sont importants,
" le consentement de l'une des personnes qui exerce l'autorité
parentale ou le cas échéant du représentant légal
est requis ". Cet article de la loi est complété
dans la loi n° 79 - 1204 du 31 / 12 / 1979,
par la phrase suivante : "Ce consentement devra être accompagné
de celui de la mineure célibataire enceinte, ce dernier étant
donné en dehors de la présence des parents ou du représentant
légal."
- Nous reviendrons sur cette discrimination dans la deuxième
partie de mon propos ; remarquons déjà que le statut n'est
pas le même que la fille mineure soit célibataire ou mariée
quel que soit son âge.
B - Psychologique
- Les groupe des mineur(e)s peut être aussi réparti en
trois ; à savoir, les jeunes en puberté, leurs aîné(e)s
qui s'éloignent peu à peu de leurs préoccupations
corporelles puis les adolescents. On pourrait, si on aimait cela, retrouver
les classes d'âge du domaine juridique, soit les plus ou moins
13 ans, les 13 / 16 ans et les 16 / 18 ans.
- 1) Les plus ou moins 13 ans ou les pré-ados
:
Ils viennent d'entrer en collège, un pied au moins, encore
dans l'enfance, tout étonnés d'en être déjà
là. Ils ont ou vont pouvoir beaucoup grandir, assister sans
pouvoir s'habituer en apprivoisant ce corps nouveau si embarrassant
parfois, qu'ils, qu'elles cachent ou au contraire, le montrent (confère
les vêtements), corps issu de la puberté qui donne
accès à une nouvelle fonction : la procréation.
Le jeune peut alors, comme ses parents (et, c'est là une
des problématiques psychiques), avoir une vie sexuelle, voire
enfanter.
- 2) Les 13 à 16 ans ou adolescents :
Ils sont souvent en groupe, au collège, en sport, chez l'un
ou chez l'autre dans les meilleurs des cas ou dans la rue, ce groupe
qui permet de se (re)connaître afin de pouvoir peu à
peu se dégager de ce souci de l'esthétique et se tourner
vers des préoccupations et des occupations individualisées,
même si pour certains, la collectivité reste une donnée
majeure de leur style de vie.
L'adolescent(e) est engagé dans un présent intense.
Les relations affectives qu'il entretient nous semblent peut-être
parfois brèves (de quelques semaines à quelques mois)
mais elles sont d'une intensité qui permet à l'adolescent(e)
de mûrir affectivement et psychologiquement, en affinant ses
choix.
Dans un climat d'urgence, il s'agit plus de sensualité que
de sexualité au sens ou souvent l'entendent les adultes (parents,éducateurs,
) ;
ce ressenti est favorisé par le groupe aux contacts multiples
et nécessaires : physique, audiovisuel (hip-hop, vidéo,
etc. ), etc.
L'important de la sensorialité / sensualité est parfois
l'occasion d'un quiproquo avec l'adulte : ce dernier peut craindre
depuis sa place psychique d'adulte, une "hyper-sexualisation"
avec son cortège de conséquences néfastes (grossesses,
MST, toxicomanies, etc.). Il s'agit souvent d'un malentendu fonctionnel
et fondamental. Ce n'est souvent qu'une prise de risques inhérente
à l'adolescence et qui n'engage pas, loin s'en faut, vers
des comportements à risque ultérieurement.
- 3) Les 16 à 18 ans :
C'est dans cette tranche d'âge que le rapport Spira indique
le premier rapport sexuel (vers 17 ans). Il n'a souvent pas lieu
avec la personne avec qui l'ado fera un bout de chemin ; les filles
y mettent beaucoup plus de sentiments que les garçons.
Qu'en est-il de la parole, de la rencontre avec l'autre et avec
soi-même avant ce moment inaugural du 1er rapport sexuel ?
D'après le rapport Spira, 40% des filles parlent à
leur mère. Le dialogue n'est évidemment pas un rapport
copain-parent / enfant, le respect de la différence des générations
étant fondamental psychiquement. D'où la place d'un
tiers comme le lycée, les ouvrages spécialisés,
les actions des CPEF et des établissements d'information
en faisant appel à des formes de mobilisation médiatrice
tel que le théâtre-action ou théâtre-forum
(exemple : Théâtre de l'opprimé, Théâtre
d'Aleph, etc.).
II - Si la vie affective et sexuelle est autorisée et reconnue
comme intime, l'échec dans ce domaine ne l'est pas
encore.
A - Contraception
- La loi Neuwirth du 28 décembre 1967 légalise la contraception
; il faudra attendre cinq ans pour que la contraception puisse être
délivrée aux mineures sans que les parents ou tuteurs
ne soient au courant, si la fille mineure désire garder le secret
; ce fut étendu à toute personne voulant garder le secret.
En effet, à partir de 1972, plus besoin d'autorisation parentale
pour obtenir une contraception, pour un suivi médical dans ce
domaine
- A partir du 23 janvier 1990, la loi Calmat permet le dépistage
et le traitement des MST pour toutes et tous, majeur(e)s, mineur(e)s,
assuré(e)s sociaux ou non et dans l'anonymat.
B - Maternité et parentalité
- Dans le domaine de la maternité, nul besoin de demander l'autorisation
aux instances parentales pour poursuivre sa grossesse, pour le suivi
prénatal, et pour l'accouchement quel qu'il soit !
- Une fille mineure peut accoucher sous X.
- La reconnaissance d'un enfant naturel ne peut émaner que du
parent lui-même, et peut être fait quel que soit l'âge
de la mère.
- La mère mineure, pendant la minorité de son enfant,
a seule qualité pour exercer l'action en recherche de paternité.
C - Avortement
Conclusion
L'IVG est aussi de l'ordre de l'intime. Notion de prémajorité.
- Quand l'adolescente est en plein désengagement quant à
ses parents ou substituts parentaux, l'autorisation parentale n'a pas
lieu d'être. C'est un processus paradoxal que cette demande d'autorisation.
Ne suffirait-il pas, comme je l'évoquais à Marseille,
d'entretien(s) individuel(s) et / ou familial afin d'aider à
donner son sens à cette grossesse qui n'a pas lieu d'être
en tant que telle mais qui peut être une mise en acte d'un processus
qui n'a pu s'exprimer autrement ?
Cette mise en corps, mise en signes de cette sexualité potentiellement
effective, comment la penser quand l'adolescente est encore parfois
embourbée dans sa somatisation pubertaire, est-elle pensée
comme donnant accès à un enfant différent d'elle
à part entière quand l'adolescente est en conflit dipien,
en prise avec la butée parentale ?
- S'entre-tenir avec l'adolescente peut permettre de dénouer
ces différents fils emmêlés pour accéder
à une identité dans l'alliance ou la mésalliance
avec ses semblables, inscrite dans la filiation.
- Ne pourrait-on pas parler de prémajorité pour les mineur(e)s
à partir de 16 ans, de majorité sanitaire, sexuelle à
cet âge où, sur le plan juridique, ils sont considérés
comme responsables de leurs actes, âge où la scolarité
n'est plus obligatoire ?
BARUCH FLORENCE
Psychologue clinicienne Formée au conseil conjugal et familial
CPEF 94 Gentilly
Pour la 3ème journée régionale de l'A.N.C.I.C. du
26 septembre 1998
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