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ENGAGEMENT DE L'ANCIC DANS LE SOUTIEN AUX CIVG ATTAQUES PAR LES ANTI-IVG. POURQUOI LE TERRAIN DE LA JUSTICE ?
Depuis 1990, il s'est produit plus de 50 envahissements de services hospitaliers ou de cliniques où se pratiquent des avortements, par des groupes de personnes appartenant à "La Trêve de Dieu" ou "SOS Tout Petit", avec plus ou moins de violence. Ces établissements peuvent être des CIVG du secteur public dont l'activité est spécialisée et animée par des militants connus des médias, mais il peut s'agir aussi de cliniques pratiquant le quota d'IVG pour leur clientèle et dans la plus grande discrétion. C'est dire que personne n'est à l'abri de ce genre d'aventure dont les risques financiers peuvent être redoutés par les administrations privées. Dès le début de ces actions, leurs responsables ont affirmé leur intention de continuer malgré les poursuites dans le but de motiver de nouveaux militants. Aux premières attaques, le personnel des CIVG et les membres de l'ANCIC se sont posé des questions sur l'attitude à avoir : fallait-il minimiser les faits, faire les avortements ailleurs, le jour même, pour que les femmes ne soient pas lésées, et éviter toute publicité aux anti-IVG ? En fait, il est rapidement apparu que la discrétion nous desservait en renforçant notre isolement et laissait le contrôle des médias aux adversaires. La Coordination pour le Droit à l'Avortement et la Contraception (CADAC) a tout de suite cherché à mobiliser les professionnels et les militants pour faire face à ces agressions et ce choix a été juste. C'est du secteur public que sont parties les premières plaintes et constitution de partie civile, le personnel pouvant revendiquer sa mission de service public et ne craignant pas pour l'honorabilité de l'établissement.
Pourquoi le terrain de la justice ?Les équipes médicales étaient très désarçonnées par ces attaques personnelles ; il fallait répondre sans violence et réaffirmer l'aspect positif du travail des CIVG. Il fallu alerter et solliciter inlassablement les pouvoirs publics pour que soient données des consignes aux officiers de police peu zélés à maintenir l'ordre, aux directeurs d'établissements peu empressés à faire connaître les activités peu prestigieuses des services d'IVG, afin que soient rassemblés des éléments d'enquête permettant une instruction contre les personnes se livrant aux voies de faits. Ce fut le rôle de la CADAC, du MFPF et de l'ANCIC. Deux ans après les premières attaques, la circulaire ministérielle du 27 février 1992, établissait des consignes de sécurité et enjoignait aux directeurs des hôpitaux publics de porter plainte systématiquement. (Cf. texte du journal officiel).
Pourquoi la loi Neiertz ?Mais pour qu'une instruction puisse aboutir, il fallait qualifier les
infractions, et c'est lors des premiers procès, de PAU et de BORDEAUX,
que les difficultés apparurent ; les plaintes ne pouvaient être
portées que pour coups et blessures lorsqu'ils s'étaient
produits, les injures et agressions verbales, adressés aux femmes
et au personnel n'étaient pas qualifiés comme délits.
Quant à l'occupation des lieux, il s'agissait d'un lieu public
(l'hôpital), et il était facile aux prévenus d'arguer
qu'ils passaient là par hasard.
Jugée non recevable le 5 mai, l'ANCIC alla donc en appel le 29 novembre 1994 à ORLEANS, et l'enjeu fût d'importance, puisque notre recevabilité a été reconnue ainsi que celle du MFPF ; ce jugement peut faire jurisprudence.
Quelles perspectives offrent ces procédures ?Il ne s'agit pas pour l'ANCIC de se jeter dans la bataille des procédures
en réponse à chacune des multiples agressions des anti-IVG
; chaque équipe doit déterminer elle-même sa conduite
en fonction des forces en présence et des chances de gagner un
procès. D'autre part, lors des procès, même si parfois le Ministère
Public nous paraissait requérir avec mollesse, il est satisfaisant
de constater que jamais il n'a été demandé la relaxe
: la légèreté des peines requises ou infligées
ne nous semble pas poser problème, l'essentiel étant que
le délit soit établi et puni, car nous n'avons pas l'esprit
de vengeance et nous ne voulons pas conforter le goût du martyre
de nos adversaires ; en revanche, il nous paraît essentiel que la
multiplicité de plaintes se traduise par une multiplicité
d'amendes ou de dommages et intérêts, car il est fort désagréable
à nos adversaires de financer des associations comme la nôtre
ou le MFPF, même s'ils ne sont pas à cours d'argent. Il faut
noter aussi qu'un établissement privé a obtenu des indemnités
substantielles pour le préjudice financier dû à l'arrêt
momentané des activités et même si aucune IVG n'était
prévue ce même jour. Changement de stratégie en 1998, "les survivants" manifestent
à l'extérieur des établissements. Pas d'application
de la loi Neiertz, car liberté d'expression et manifestation politiques
ne peuvent être interdites.
Que sont les réflexions de l'ANCIC ?Certes l'expérience des procédures n'est pas nouvelle car
l'association s'est engagée à défendre des personnes
accusées d'avortement illégal à chaque fois que leurs
pratiques correspondaient à nos objectifs, certes la compétence
à nous orienter dans l'univers des procédures que nous avons
acquises est un enrichissement, mais nous ne cherchons absolument pas
ce type d'affrontement. L'approche des anti-IVG, qui nous couvrent d'injures
en France et tuent aux USA, ne peut que nous salir.
Docteur Annie BUREAU
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