L'I.V.G. EN FRANCE - RAPPORT DU PR NISAND - POSITION
DE L'ANCIC
Le rapport intermédiaire du 1er décembre 1998 a fait l'objet
de deux réunions de travail commun avec la CADAC et le MFPF.
Ces réunions de travail se sont déroulées dans un
esprit de collaboration et de franchise et a permis à l'ANCIC de
ne pas ménager ses critiques et à Monsieur Nisand de réaffirmer
ses positions.
Compte tenu de la spécificité des trois organisations et
de la mission de Monsieur Nisand, il faut souligner que l'objectif commun
des protagonistes est de défendre le droit de choisir pour toutes
les femmes en améliorant l'accès à l'IVG et en leur
donnant un certain nombre de moyens d'assurer vie sexuelle et procréation
volontaire.
La partie "état des lieux" nous a paru le fruit d'une
analyse précise et d'une documentation de qualité.
L'ANCIC émet des réserves importantes sur les " propositions
pratiques ".
1) L'intégration de l'activité d'IVG, contraception
et information sexuelle dans les services de gynéco-obstétrique
sous forme d'unités fonctionnelles, avec responsabilité
d'un PH est certes une mesure permettant d'améliorer la mission
de régulation des naissances de ces services ; elle les ouvre sur
des activités de recherches et assure un enseignement d'orthogénie.
Cette mesure risque d'être incompatible avec le maintien de la diversité
des structures pratiquant l'IVG et l'orthogénie à laquelle
l'ANCIC est particulièrement attachée.
Le statut des contractuels donne une certaine stabilité au CIVG.
Mais on peut douter de la possibilité de maintenir de favoriser
les postes de responsabilité aux contractuels.
Quant à la création de ces postes de PH non soumis à
concours ne pourrait-elle pas susciter l'opposition des PH nommés
alors que le recrutement parmi des contractuels expérimentés
paraît plus efficace ?
2) Concernant les missions d'information sexuelle, leur centralisation
à partir des services de gynéco-obstétrique paraît
inadaptée.
- par le fait qu'elle suppose une convergence de vue entre
ces services et les responsables de l'Education Nationale, qui reste
à construire.
- du fait qu'il existe actuellement des réalisations communes
aux CPEF, CIVG, Centres médicaux et Education Nationale qui doivent
être respectés et renforcés.
- du fait que notre expérience en matière de prévention
montre que la diversité des lieux et des intervenants est garante
d'efficacité.
3) Modification de la réglementation sur les mineures :
L'urgence de ces mesures n'apparaît pas dans ces " propositions
pratiques ".
L'intervention des juristes est incontournable en matière de rédaction.
Il n'en faudrait pas moins demander instamment que la " majorité
sanitaire ", évoquée lors de nos rencontres avec les
responsables de la justice et de la santé, soit mise en place par
des mesures immédiates.
4) Modification sur la réglementation sur les étrangères
:
Les droits des étrangères résidant en France de façon
stable sont déjà respectés : elles peuvent avorter
librement en France.
Il faut assurer la libre circulation des non-résidentes quel que
soit leur pays d'origine, pour bénéficier de l'avortement
médicamenteux par exemple.
5) Pour les patientes qui dépassent le délai légal
:
La loi française ne permet pas l'avortement au-delà de dix
semaines de grossesse pour des raisons psychosociales (viol, inceste,
situations conflictuelles qui n'ont rien à voir avec des problèmes
psychiatriques sévères), l'interruption médicale
de grossesse ne sera pas " accordée " par les experts.
Nous affirmons la nécessité de structures permettant des
avortements volontaires au-delà de dix semaines et sans l'intervention
d'un expert. Nous préconisons une formation spécifique des
médecins et du personnel d'accueil ainsi qu'un plateau technique
particulier et un encadrement de ces femmes en difficulté. Ces
avortements étant faits par des médecins formés à
l'IVG.
L'ANCIC soutient le projet élaboré par le MFPF et des médecins
hospitaliers de l'Isère soutenus par les élus locaux pour
la création d'un centre expérimental spécialisé
dans l'interruption volontaire de grossesse au-delà de dix semaines.
Ce projet a été soumis au Ministre de la Santé et
au Secrétariat d'État au Droit des femmes.
6) À propos du maintien du bulletin statistique anonyme
:
Nous sommes favorables à la collecte de données et à
l'analyse des pratiques dans les structures pratiquant les IVG ; elles
pourraient permettre une harmonisation et une amélioration des
fonctionnements.
Le bulletin statistique permet une analyse objective de la réalité
démographique de l'IVG. Il répond précisément
aux hypothèses fantaisistes favorables ou défavorables à
l'IVG ; son intérêt est d'un autre ordre que les mesures
évoquées ci-dessus et il doit être maintenu.
7) Certes, une réflexion éthique en matière
de procréation est opportune :
On peut d'ailleurs l'envisager comme module spécifique dans la
formation du personnel de gynéco-obstétrique.
Nous sommes opposés à la rédaction d'un chapitre
rédigé dans le dossier guide destiné à la
femme.
Lors de ses démarches pour obtenir l'IVG, un encadrement suffisant
est en place pour que soient écoutées ses difficultés
à partir de sa réflexion personnelle.
Pour l'ANCIC - Mars 1999
Chantal BIRMAN - Annie BUREAU
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