ANCIC Avortement
Qui somme nous ?Nos partenairesPublicationNous contacterAccueilAdhérents
Accueil > Ressources > Professionels

L'ACCOMPAGNEMENT DE LA FEMME AU COURS DE L'IVG AU CIVG de BICETRE

 

Présentation du centre
Le centre de contraception et d'Interruption Volontaire de Grossesse de l'hôpital Bicêtre est un centre autonome fonctionnant depuis 1978. Un praticien hospitalier, une psychologue, une sage-femme conseillère conjugale, une assistante sociale et une aide-soignante y travaillent à mi-temps, cinq médecins sont vacataires et trois infirmières y travaillent à temps plein. Tous les membres de l'équipe ont choisi d'exercer leur profession dans ce centre. On pratique environ 900 IVG par an, le RU 486 représente plus d'un quart de l'activité IVG. Six rendez-vous par semaine sont proposés pour le RU, dix pour les anesthésies générales, huit pour les anesthésies locales. Nos possibilités sont limitées par des locaux exigus, nous ne disposons que d'une seule chambre à deux lits.

Introduction
Nous avons participé aux premières expérimentations du RU en 1985 et nous avons alors découvert une nouvelle technique à laquelle il a fallu nous adapter. Il nous est rapidement apparu que cette méthode nécessitait une prise en charge différente de celle de l'aspiration, un accompagnement spécifique tout au long des différentes étapes du processus.
Cet accompagnement débute dès la prise du rendez-vous, il se poursuit lors de l'entretien et de la consultation, de la première et de la deuxième prise des comprimés et se termine au moment du contrôle. Nous détaillerons plus précisément comme il nous l'a été demandé la place de l'infirmière dans cet accompagnement tout en étant conscientes que chacun dans sa fonction y joue un rôle.

 

I / La prise de rendez-vous

Lors de la prise du rendez-vous, nous remarquons souvent un décalage entre ce que la femme sait et attend de la méthode et la réalité de celle-ci. On entend souvent : " c'est juste des comprimés, pourquoi une hospitalisation ? C'est douloureux ? Pourquoi plusieurs rendez-vous ? ".

Ainsi notre première tâche consiste à énoncer les différentes étapes de l'IVG et aborder le vécu de la méthode.

Il nous semble indispensable de repréciser la réalité dès ce premier contact, d'une part pour l'organisation de nos rendez-vous, d'autre part parce que ces rendez-vous sont souvent sollicités dans l'urgence : "parce que c'est tout petit" disent-elles, que leur médecin leur a dit de faire vite.

Une écoute privilégiée est très importante dès ce moment puisque dans certains cas elle ne nous permet d'entendre chez la femme un déni d'IVG : "ne pas faire d'IVG, des comprimés pour faire revenir les règles" et donc de repérer un déni possible de la réalité de la grossesse. On entend également parfois "j'ai déjà fait une IVG, je veux un RU".

Après ce premier échange, certaines femmes confirment leur choix initial, d'autres réalisent que cette méthode est plus compliquée qu'elles ne l'envisageaient et s'orientent vers l'aspiration.

L'entretien effectué quelques jours plus tard reprend tous ces éléments et aide la femme à élaborer la réflexion nécessaire à sa demande d'IVG.

Les conseillères constatent lors de cet entretien que les femmes ont une difficulté à se centrer sur la réalité de la grossesse. Elles parlent souvent de : " faire une fausse couche, voir les règles revenir... ". Il faut les ramener à la réalité, ne pas les suivre dans leur précipitation mais les aider à soulever le voile de leur histoire afin de les éclairer sur ce qu'elles nomment si souvent " l'accident ".

Une description objective de la méthode, l'écoute de leurs motivations : " c'est plus naturel, moins traumatisant, on ne me touche pas " permettra que leur choix ne se fasse plus dans l'urgence mais dans la réflexion.

La consultation avec l'examen gynécologique et l'interrogatoire médical permet une confrontation directe au corps qui rappelle la femme à la réalité physique de l'IVG. Il arrive alors que certaines décident d'une autre méthode.


II / La prise des comprimés

La prise des premiers comprimés a lieu quelques jours après la consultation.
Si cette méthode doit être réalisée très tôt dans la grossesse, elle ne doit pas l'être dans l'urgence.
En effet, la femme a besoin d'un minimum de temps pour prendre conscience de sa grossesse puis pour se préparer à l'interrompre.

Ainsi elle peut laisser libre cours à ses réflexions, interrogations et émotions sur sa situation. Quelquefois les femmes ne sont pas prêtes psychologiquement à prendre les comprimés le jour prévu même si leur décision d'IVG est claire : " je n'ai pas le choix, mais je ne peux pas aujourd'hui ", et il nous arrive et il leur arrive de différer l'IVG.

Dans notre centre, l'infirmière donne les comprimées à la femme et permet par ce geste que l'IVG se réalise (contrairement à l' aspiration où c'est le médecin qui agit). Une plus grande implication nous est demandée.

" Les médicaments, pilules " comme elles les appellent parfois ne sont pas toujours avalés avec facilité.

Pris les trois ensembles l'un après l'autre, avec peu ou beaucoup d'eau, du bout des lèvres ou au fond de la gorge, lentement ou rapidement, ils ont parfois du mal à être ingurgités. " Ça ne passe pas, ils sont gros, il faut que je prenne les trois ensembles ? Et si je vomis ? ".

Ce qu'elles peuvent dire au moment d'avaler révèle l'importance psychique de l'acte par rapport à la banalité du geste. Il est même arrivé que quelques femmes parlent de " poison ". L'idée de mort n'est parfois pas très loin : Madame M. évoquait le décès de sa mère à ce moment-là.

L'écoute est très importante. Il s'agit d'entendre les éventuelles angoisses, permettre à la femme de s'exprimer sur son ressenti, dans la mesure où on la sent prête et/ou à craquer, l'aider à formuler son éventuelle culpabilité.

Moment d'intimité, nous sommes là les garants, les témoins, les complices, comme peuvent le dire certaines femmes, de cette IVG. Nous pouvons entendre dans ce mot fort "proximité", "aide chaleureuse". La distance et les mots justes sont alors très importants à trouver.

Certaines repartent très rapidement après, vaquer à leurs occupations professionnelles ou familiales pour continuer comme si de rien n'était, sans avoir voulu ou pu s'exprimer. Ainsi cette femme pour qui la décision d'IVG était claire depuis le départ : "pas de place pour un enfant dans sa vie de couple" et qui après avoir avalé les comprimés sans hésitation, a fait part d'angoisses inattendues, et a déclaré "on va peut-être regretter ce bébé".

 

III / L'hospitalisation

Quarante-huit heures après, la femme revient pour l'hospitalisation et est prise en charge par la même infirmière. Nous lui proposons de s'installer dans une chambre où un lit et un fauteuil sont à sa disposition.

Que s'est-il passé durant ces quarante-huit heures ?

"J'ai commencé à saigner, j'ai eu mal au ventre, des nausées, je suis fatiguée. Il ne s'est rien passé, est-ce normal ?"

Comment imaginent-elles l'hospitalisation ? Que redoutent-elles ? Et qu'est-ce qui se cache derrière ces craintes ? Autant de questions auxquelles on les aidera dans la mesure du possible à répondre.

Durant les trois heures d'hospitalisation, nous sommes attentives à intervenir en fonction de chaque situation.

Certes, présente auprès de celles qui sont en demande évidente : douleurs, nausées, mais aussi auprès d'autres plus silencieuses.

Les douleurs physiques variables, allant de l'absence totale de douleurs à des douleurs très fortes, sont à considérer aussi comme l'expression possible d'une souffrance psychique.

En fonction de ce critère et en accord avec la femme, nous allons mettre en œuvre un certain nombre de moyens destinés à l'apaiser.

Parallèlement à une réponse médicale par antalgique, nous allons essayer de l'aider à se détendre, la douleur forte étant souvent associée à l'anxiété.

Nous lui proposons alors des exercices de respiration et/ou de sophrologie, de la musique relaxante, la diffusion d'huiles essentielles. Lorsque les douleurs s'estompent, il est important de lui permettre de s'exprimer dans la mesure du possible sur son anxiété.

Celles plus nombreuses chez qui la douleur est inexistante ou presque, sont parfois inquiètes que cela se passe trop bien " je n'ai pas mal, je n'ai pas aussi mal que ma voisine, est-ce que cela va quand même marcher ? ".

Même source d'inquiétude, les métrorragies qui tardent à apparaître " et si je ne saigne pas... ? ".

Lorsqu'elles surviennent brutalement et sont abondantes, la femme nous interroge. Il faut alors être à présente et entendre ce qu'elle dit : " ça y est, j'ai mes règles " …
" je ne vais pas me vider ? Faire une hémorragie ? "….

L'inquiétude peut être présente d'où la nécessité de rassurer. La prise de conscience que l'expulsion peut être imminente amène parfois des questions comme " vais-je voir et que vais-je voir ? ". La réalité de l'IVG apparaît parfois seulement à ce moment là. Certaines femmes préfèrent vérifier avec nous que l'expulsion a bien eu lieu pour se rassurer, d'autres plus nombreuses ne souhaitent " pas voir " et nous respectons leur désir.

L'hospitalisation peut paraître longue pour certaines femmes impatientes de partir, d'autres au contraire restent au centre au-delà du temps prévu comme si le retour chez elles était difficile : " je vais être seule chez moi, mes parents ne sont pas au courant ".

Du silence au flot de paroles, de l'absence de manifestations douloureuses à la douleur aiguë, du repli à l'expression physique des sentiments et émotions toutes les attitudes sont possibles et nous devons les respecter et les accepter comme faisant partie de l'histoire de la femme.

Qu'elles aient pu sentir une présence rassurante, trouvé en nous une écoute bienveillante, et non une surprotection et qu'elles aient senti que leurs émotions avaient été écoutées, notre rôle est alors rempli même si l'accompagnement se terminera réellement au moment du contrôle.

Les femmes téléphonent peu pendant les quinze jours suivant l'IVG. Le contact est souvent rétabli au moment de la prise de sang de contrôle par l'infirmière qui s'est occupée de la femme.

À distance de l'IVG, les femmes reparlent alors de leur vécu.

Certaines ont été surprises par l'abondance des saignements, d'autres marquées par l'importance des douleurs ou satisfaites de leur absence, ou encore comme Madame T. " déçue de ne pas avoir eu assez mal ".

Elles sont pour la plupart soulagées et confiantes " avec tout ce que j'ai perdu, je ne me sens plus enceinte " et attendent la consultation sans trop d'inquiétude.

D'autres font une sorte de bilan comme cette femme pour qui le vécu du RU a fait prendre conscience de la violence qu'elle s'infligeait et de son désir d'entamer une psychothérapie.

La consultation de contrôle est en principe la dernière étape de l'IVG.

Le médecin confirme le plus souvent le succès de la méthode. Cela ne signifie pas que tout est terminé pour la femme.

Le travail de deuil est un processus plus ou moins long ; le vécu de cette " IVG au ralenti " paraît le favoriser.

Quoiqu'il en soit et comme pour toute IVG, un entretien " post " peut-être proposé.

 

Conclusion

À l'écoute de cet exposé, on peut s'étonner des difficultés que soulève le RU.

Cette méthode qui paraissait au départ si simple, rapide, n'en reste pas moins une IVG à part entière. Sœur cadette de l'aspiration, leur ressemblance vient de leur origine : la grossesse.

Le RU n'est pas forcément la meilleure méthode mais un choix supplémentaire que la femme fait en fonction de son histoire et de sa personnalité.

Certaines femmes sont tentées de choisir le RU comme moyen d'occulter la grossesse et l'IVG.

Mais en fait que leur offre cette méthode ?

Certes un déni si elles le souhaitent mais la lenteur du processus les invite à une confrontation à la réalité de l'événement qu'il est difficile d'éviter.

Notre accompagnement tend à permettre cette confrontation dans le respect des souhaits et des possibilités de chaque femme.

L'infirmière à une place privilégiée : ses compétences lui permettent de recevoir les paroles et de soulager les maux.

Certains pourraient penser que l'on en fait trop, envisageraient même de supprimer l'hospitalisation. Mais qui du soignant ou de la femme en trouverait bénéfice ?

 

Patricia BOULANGER
Laurence COLLIOUD
Claudine DELPECH-KERMAIDIC
DR Dominique PLATEAU

Centre de Planification Familiale et d'Interruption Volontaire de Grossesse Hôpital KREMLIN BICETRE

 

[Retour sommaire] [Haut de la page] [Imprimer]