QU'EST CE QUE L'EDUCATION A LA VIE ET A LA SEXUALITE
Qu'est ce qui se joue au travers de l'éducation à la sexualité
?
Introduction
Un peu d'histoire
Dans un article du Monde de l'Education de Juin 2000,Yvonne Knibielher,
historienne - professeur d'université rappelle que le terme éducation
sexuelle date de 1918.
Ce sont, écrit-elle, trois catégories de personnes qui inventent
cette expression, les médecins qui veulent prévenir les
maladies vénériennes, les prêtres soucieux d'arrêter
la divulgation des méthodes contraceptives et des féministes
dans le souci de protéger filles et femmes contre la séduction,
le viol et l'avortement.
Début des années 1960, le Mouvement Français pour
le Planning Familial (MFPF) issu de l'association La Maternité
Heureuse, met en forme pour la première fois l'éducation
sexuelle. L'objectif est encore limité comme en 1918 : promouvoir
de nouvelles méthodes contraceptives et obtenir la dépénalisation
de la contraception et de l'avortement.
En 1973, le ministère de l'Education Nationale donne quelques directives
en la matière au travers la circulaire Fontanet du 23/07/1973 :
elle précise ce qu' il en est de l'information de caractère
scientifique et hygiènique et de l'éducation en termes d'éveil
à la responsabilité. La mise en place demeure difficile.
L'avènement du VIH a remobilisé l'ensemble des acteurs de
santé un peu comme en 1918; par la peur de ce terrible virus, ceux-ci
ont saisi l'occasion pour réfléchir et tenter de travailler
autrement , c'est à dire en partenariat pluridisciplinaire en incluant
nombres d'acteurs sociaux et sans oublier la cellule familiale.
La circulaire de l'Education Nationale du 19/XI/1998 institue une information
obligatoire aux classes de 4 ème et 3 ème relative à
la prévention du SIDA et une éducation à la sexualité.
Y.Knibiehler rappelle dans l'article cité ci-dessus, ce que comprend
l'éducation sexuelle :
- information sur le biologique et la différence des sexes ;
prévention des grossesses précoces et des Maladies Sexuellement
Transmissibles
- Echanges avec des conseillères conjugales dit l'auteur, sur
les effets psychologiques de la différence des sexes et sur la
différence des générations
Mais elle déplore que ne soit pas encore assez abordé ce
qu'il en est des effets sociaux et culturels qui modèlent, pour
reprendre son expression, les moeurs et les institutions : comment et
pourquoi ?
La violence -Les fantasmes sexuels - Le travail - La famille - La citoyenneté.
I- Education sexuelle, de quoi parle-t-on ?
Souvent traîne dans les têtes, l'idée qu'il s'agit
de parler de reproduction, de l'acte sexuel dans un souci informatif.
Sans exclure ces domaines, la sexualité est une histoire de langage
bien avant d'être une histoire de corps. C'est le large champ de
la rencontre, du relationnel, de la vie affective. Elle ne se réduit
pas à la génitalité. L'éducation à
la sexualité intègre les dimensions sociales, éthiques,
psychologiques et affectives. Elle concerne le sujet biologique et sa
psyché, ses premières relations, sa toute petite enfance.
Il s'agit de prévention quant aux conduites à risques dans
le domaine de la sexualité (grossesses indésirées
et Maladies Sexuellement Transmissibles ).
Il s'agit aussi de parler de désirs, d'écoute de soi et
de l'autre dans un respect mutuel,ni trop près, ni trop loin.
Il est question aussi de se situer en tant que citoyen dans un groupe
: groupe - classe, groupe - collège, groupe - amis, groupe - couple,
groupe - famille,groupe générationnel..
II- A qui parle-t-on et qui parle ?
A une autre génération : les adolescents - A un autre,
en général.
La différence des générations fondatrice de l'humanité
accompagnée de la différence sexuelle y est convoquée.
Aux enseignants : ils sont dans une autre problématique de par
leurs fonctions au sein de l'établissement .
Qu'est ce qui se joue au travers l'éducation à la sexualité
, entre l'informé et l'informateur ?
L'important dans ce domaine, ce n'est pas comme en publicité d'en
parler bien ou mal mais d'en parler.
Ici, l'acte de parole est fondateur. Si on en parle, c'est que la pensée
est activée. Si on y pense, c'est qu'un processus psychique est
en marche et que le plaisir n'est pas loin. Les publicitaires le savent
bien : le plaisir est double : il y a celui d'anticiper l'objet pour lequel
le message publicitaire est fait, et surtout, le plaisir de l'acte lui-même,
anticipateur de la pensée de l'objet.
Qu'en est-il de ce mécanisme quand l'objet est la sexualité
?
Notion d'information :
Etymologiquement , l'information renvoie aux notions de canal et de message
.Ici , il y a aussi un objet : l'information elle-même, son contenu
et le processus : in-former, mettre dans telle forme. C'est un travail
d'élaboration que de s'approprier l'information en la reformant
en soi. Informer devient alors un processus de mise en forme d'un élément
de réalité dont le but est de venir supplanter des éléments
fantasmatiques originellement plus angoissants.
Appropriation de l'information par l'informateur :
Transmettre une information suppose son intégration par l'informateur
et sa restitution. Cette information, l'informateur doit la faire sienne
, ce n'est pas un magnétophone.
Cette information s'intéresse sans détour à la
sexualité . Aussi, le processus d'appropriation de cette information
dans ce domaine, se fera à l'image de l'appropriation par l'informateur,
de sa propre sexualité.
Pour penser cette information, l'informateur utilise les fantasmes originaires
qui sont des scénarii prêts à l'emploi notamment la
séduction, la scène primitive et la castration.
La séduction : c'est la représentation fantasmatique de
la rencontre sexuelle où l'on subit passivement l'activité
de l'autre ; Représentation aussi de l'émergence de la sexualité.
La scène primitive : représentation fantasmatique du rapport
sexuel entre les parents,figuration aussi à l'origine du sujet.
La castration : réponse fantasmatique à l'énigme
que pose la différence des sexes.
Au début est l'excitation, la mobilisation, et au terme devrait
se trouver l'information. Entre les deux, il y a la relation informateur-informé
qui devra transformer l'une en l'autre.
La rencontre informateur-informé.
L'un est en position passive : l'informé, et l'autre en position
active : l'informateur ; deux positions difficiles à tenir. Rappelons
nous qu'en plus l'informé est en adolescence avec son cortège
de malaises, de tentative de différenciation avec l'adulte. Qu'en
est-il du fantasme de séduction ?
La situation relationnelle est en elle-même une source d'excitation
que l'informé devra mettre en forme. Si c'est trop difficile, c'est
le corps qui prendra le relais : rires, mutisme, inhibitions, moqueries
seront là.
La rencontre autour de la sexualité est nécessaire, encore
faut-il se donner les moyens d'en utiliser le contenu.
- Ecoute de la demande : détoxiquer passe en premier lieu par une
écoute attentive de la demande du sujet. Une information n'est
pas une thérapie, il y a une information à donner, un message
à délivrer mais nous sommes avec des sujets qui ont leurs
façons de demander, leurs temps de la demande; on demandera une
information sur le préservatif, or c'est de sexualité que
l'on veut parler.
Il sera donc question de décoder les demandes , décoder
les rencontres avec les adolescents et de travailler à partir de
ces paroles, de ces interrogations, de ces questionnements du moment.
Si le décodage n'est pas fait, si la détoxication n'est
pas au rendez-vous , l'informateur risque d'apporter ses messages dans
la mallette séduction ou traumatisme.
- du côté de l'informé:
L'information sera évacuée : malgré des explications,
les élèves reviennent avec les mêmes interrogations
, la même demande, les mêmes erreurs.
L'information pourra aussi être enkystée et la jeune fille
dira : " j'y ai bien pensé mais je ne pensais pas que c'était
pour moi ".
Elle peut aussi être mal intégrée : se produisent
alors des clivages. On sait mettre un préservatif mais après
on a oublié ce qu'on doit faire au moment de le retirer...au moment
de le jeter....
Il peut aussi y avoir des oublis : c'est comme si l'on disait qu'il y
a souvent de l'inintégré.
Une information équivoque devient une énigme. Le plaisir
prend alors toute la place et l'information est barrée.
Qu'en est-il et que faire du plaisir pour l'informateur ?
Le plaisir de communiquer est, quand le cadre de la rencontre est posé.
On peut alors y évoluer en sachant où l'on est, qui l'on
est, avec qui et avec quelle distance on communique. Ce plaisir de l'information
nécessite une certaine retenue du plaisir de la séduction.
Non traumatique, déchargé du trop plein émotionnel,
l'informé pourra sans trop de crainte, assumer sa position passive,
s'ouvrir à l'information sans trop de dangers psychiques personnels.
Le temps de l'information prendra sa place dans la vie du sujet et à
son rythme.
L'information est un jeu psychique. La qualité principale de l'informateur
est de créer une aire de jeu, un espace, un cadre ni trop rigide,
ni trop souple pour que les informés puissent évoluer à
leur guise et selon leur rythme psychique en tenant compte des défenses
et du désir.
Il est parfois nécessaire d'observer les mouvements, les appréhensions
afin de respecter chaque adolescent afin de ne pas les brusquer.
La capacité d'écoute est une composante essentielle .
Les retenues, les silences sont à prendre en compte, ils viennent
témoigner des scansions nécessaires dans un domaine si chargé
en émotions, en non-dits peut-être, en secrets etc....
La dynamique de la rencontre vient également rencontrer la dynamique
fantasmatique de chacun des participants,voire des institutions d'où
l'on vient et où l'on est. Des complicités, du déni,
des refoulements peuvent enfreindre les rencontres et transformer les
rencontres en désinformation.
Afin de repérer ces lieux de résonance fantasmatique, inévitable
à l'oeuvre dans ce type de rencontre et afin de combattre les déliaisons
mortifères (lassitude, épuisement, oubli...), il me semble
indispensable qu'un travail de supervision soit proposé aux équipes
et ce à un rythme régulier ; Le travail d'évaluation
y est nécessaire.
III- Objectifs et moyens
- Objectifs
Je reprends ici ce que j'ai travaillé au sein d'une des quatre
commissions du Conseil Supérieur de l'Information Sexuelle et de
la régulation des naissances (CSIS). Cette commission formée
de représentants ministériels, de la DASS-Etat, de la Direction
Générale de la Santé, du Fonds d'Action Sociale,
d'associations et de représentants de syndicats a présenté
son rapport en octobre 1999 sur l'information et l'éducation des
jeunes à la sexualité. Un protocole en dix points résume
les propositions faites pour l'aide à l'élaboration de décisions
au niveau national dans ce vaste domaine.
Apprendre aux enfants que leur corps leur appartient, qu'ils peuvent apprendre
à la connaître, à la protéger dans son intégrité
physique et psychique, à la respecter et à la faire respecter.
Prendre conscience de son identité, développer l'estime
de soi, le respect de soi et de l'autre.
Reconnaître la différence des sexes et des générations.
Offrir la possibilité d'être écouté, respecté
par l'autre : camarade, enseignant, intervenant.
Permettre de faire état et de respecter les différences
et les richesses culturelles familiales et les valeurs.
Permettre également l'expression des doutes, des questions, des
confusions, des difficultés relationnelles inhérentes à
l'expression de la vie affective et relationnelle.
Développer l'esprit critique et la souplesse d'esprit ainsi que
le sens des responsabilités.
Prendre conscience du groupe et de l'inscription de chacun dans des groupes
: groupe familial, groupe social, groupe classe etc ,etc...
Pour cela ,il est indispensable de mettre en place une démarche
tenant compte de ces points visant aussi à élaborer des
repères autour de la loi, de la différences des sexes en
tenant compte également de la maturation psychique de chacun.
La mise en oeuvre de l'éducation à la sexualité
revient à un panel de partenaires : des parents, aux professionnels
de l'Education Nationale et aux intervenants extérieurs formés
dans ce domaine, sans oublier les animateurs de centres de loisirs, de
colonies de vacances et des clubs sportifs.
En effet, il est important de travailler dans l'école mais aussi
hors l'école et avec tout public de la maternelle à l'université
sans oublier certaines populations comme les handicapés au sens
large trop souvent laissés dans l'ombre.
- Moyens
Il n'est plus question de ne travailler dans ce domaine que si l'on y
est intéressé personnellement, que si l'on a été
confronté à un problème avec un jeune, que si soi-même,
on a des questions à résoudre dans ce vaste champ.
Les actions devraient être institutionnalisées afin qu'elles
s'inscrivent dans une pérennité et qu'elles ne soient pas
remises en cause sous prétexte que :
- dans l'établissement, il n'y a pas de souci dans ce domaine
en ce moment ( mais qu'il y a plutôt des problèmes de drogues).
- parce qu'un professionnel a quitté le collège, vient
d'arriver dans le lycée et le travail de préparation est
à remettre sur le métier ...
- parce que cette année , on a choisi un autre objectif au sein
de l'établissement etc ,etc...
F. BARUCH
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