Point de vue d'une sage-femme vis-à-vis du problème
de l'entretien obligatoire pré-IVG
CONTEXTE FRANÇAIS CONCERNANT L'IVG - LA LOI
La loi relative à l'interruption de grossesse n°75-17 a été
:
- votée par le parlement le 17 Janvier 1975
- reconduite par la loi n°79-1204 du 31 Décembre 1979
Ses spécificités :
- C'est la femme qui est seule juge de sa détresse et qui demande
l'IVG.
- Cette IVG ne peut être pratiquée que par un médecin
avant la 10ème semaine de grossesse, soit 12 semaines d'aménorrhée
.
- Un entretien individuel psycho-social pré-IVG est obligatoire
à l'issu duquel une attestation de consultation est délivrée.
- Une confirmation écrite doit être faite par la femme
une semaine après sa première demande d'IVG.
- Une autorisation parentale est requise si la femme est mineure, célibataire.
CADRE LEGAL DEFINISSANT LE CONTEXTE LEGAL DANS LEQUEL LA DEMANDE D'IVG
EST SUPPOSEE ETRE ACCUEILLIE EN FRANCE
1) Par le médecin
L'article L 162-3 stipule que le médecin doit :
- Informer la femme des risques qu'elle court pour elle-même et
pour ses maternités futures.
- Remettre à l'intéressée un dossier guide comportant
:
- l'énumération des droits, aides et avantages garantis
par la loi aux familles, aux mères - célibataires
ou non - et à leurs enfants ainsi que les possibilités
offertes pour l'adoption d'un enfant à naître.
- la liste des organismes visés par l'article L 162-4.
2) Par la conseillère conjugale, l'assistante sociale, la sage-femme
ou le psychologue.
Un entretien particulier obligatoire est imposé par la loi au cours
duquel une assistance et des conseils appropriés à la situation
de l'intéressée lui sont apportés, ainsi que les
moyens nécessaires pour résoudre les problèmes sociaux
posés.
A la suite de cet entretien une attestation de consultation sera délivrée.
LEGISLATION FRANCAISE CONCERNANT L'ENTRETIEN PSYCHO-SOCIAL ENCADRANT
LA PROCREATION
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ENTRETIEN PSYCHO-SOCIAL OBLIGATOIRE
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PAS D'ENTRETIEN PSYCHO-SOCIAL
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1) Entretien pré-IVG (IMG comprise).
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Sexualité, contraception, grossesse (quelque
soit l'âge de la femme enceinte).
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2) Adoption : décret n° 98771 du 01/09/98
relatif à l'agrément des personnes souhaitant adopter
une pupille d'état ou un enfant étranger.
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Stérilisation (masculine et féminine).
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3) Accueil et renoncement à l'embryon :
circulaire DGS/DH n°2000-188 du 4/04/2000 relative aux modalités
de mise en uvre de la procédure d'accueil de l'embryon
et d'autorisation des centres à l'activité de conservation
des embryons en vue de leur accueil.
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Annonce d'un diagnostic psychologiquement difficile
(stérilité, malformation ftale, et tous les
diagnostics à pronostics vitaux péjoratifs).
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Ce tableau montre que la mise en place de l'entretien a pour but la protection
de l'enfant potentiel et non le soutien de la femme.
A la lecture de ces articles, on voit bien que : l'esprit de la loi concernant
l'entretien pré-IVG et les obligations faites au médecin
dans le cadre de sa consultation vont plutôt dans le sens de dissuader
la femme de pratiquer une IVG.
Il semblerait qu'en 1975, on était persuadé qu'avec une
large information sur les avantages financiers et sociaux proposés
à ces mères potentielles, elles allaient nécessairement
se précipiter du côté de la naissance. La pratique
a montré que, si les problèmes sociaux existent bien, ils
ne sont jamais la seule raison de la demande d'IVG.
Il y a une certaine indécence à expliquer les droits d'une
mère célibataire à une femme demandeuse d'IVG. Pourtant,
je ne connais pas de CIVG transgressant la loi sur ce point et il me semble
que les dossiers guides sont systématiquement distribués
en France (dans les dossiers guides, les informations concernant l'IVG
se situent entre la page 1 et la page 12, alors que les informations concernant
la grossesse, si celle-ci est poursuivie, vont de la page 13 à
la page 26).
C'est donc bien ce courant d'idées fait de réticences vis
à vis de l'avortement qui est à l'origine de la mise en
place de l'entretien pré-IVG .
Comme toutes les lois, la loi Veil prend son origine dans la politique
et va donc tenir compte des différents courants opinions publiques
du moment.
A l'époque, deux courants d'opinions antagonistes s'opposent.
D'une part, les mouvements féministes et progressistes que l'on
satisfera en permettant l'avortement et en déclarant la femme seule
juge de sa détresse. Comme vous le savez, beaucoup de pays envient
cette partie de notre loi, ouvrant les champs de la liberté et
du jugement aux femmes, leur permettant par là, d'être enfin
des êtres majeurs (Article L162-1).
La partie féministe de la loi ne nous posant pas de problème
majeur, je m'attarderai davantage sur le deuxième courant d'opinion
à l'origine des concessions introduites dans la loi, que j'ai défini
plus tôt comme antagoniste au mouvement féministe, c'est
à dire les mouvements religieux intégristes. Pour satisfaire
ces courants d'idées réactionnaires, on introduira en opposition
aux principes de liberté, des principes d'autorité, de contrôle
et d'obligations.
La notion d'obligation dans l'entretien psychologique pré-IVG implique
le contrôle de la femme et par là même, une remise
de la femme sous tutelle. En effet, à quoi sert la notion d'obligation
si aucun contrôle ne s'exerce !
Beaucoup me diront : " A ce que toutes les femmes puissent bénéficier
de ce moment d'écoute et donc d'accompagnement de la détresse,
parfois unique dans la vie d'une femme ".
Mais peut-on aider quelqu'un qui ne voudrait pas être aidé
ou qui ne serait pas spécialement en situation de détresse
? (On sait que la Mifégyne prise en tout début de grossesse
peut être vécue comme une contraception d'exception, tournant
par là le dos à l'avortement et à son lot de culpabilité
et de souffrance).
Pour justifier l'obligation de l'entretien, on me dit souvent que pour
le petit nombre de femmes pour qui l'entretien n'a effectivement que peu
d'intérêt, le grand nombre qui en a besoin risque d'en être
privé si la notion d'obligation est abandonnée.
Mon étonnement est grand de constater que l'accompagnement de la
détresse d'une femme dépend de l'inscription dans la loi.
Je rappelle que l'intérêt de la personne n'est pratiquement
jamais à l'origine d'une loi mais il peut par contre en être
une conséquence immédiate. Bien avant 1975 on savait, à
l'instar des pays ayant depuis longtemps légalisé l'avortement,
les bénéfices sur le plan de la santé publique qu'implique
cette législation. En France, comme ailleurs, c'est bien la pression
des manifestations féministes et progressistes qui est à
l'origine de la mise en place de la loi Veil et non les considérations
de santé publique.
De même, ce n'était pas dans l'intérêt de la
femme qu'à été mis en place, lors de la rédaction
de la loi, l'entretien obligatoire, mais comme nous venons de le voir
dans le but de satisfaire les opposants à l'avortement.
C'est dans ce courant d'idées que le métier de conseillère
conjugale a été crée.
Oui, elles ont totalement détourné la nécessité
de se justifier imposée par la loi dans l'entretien pour en faire
un véritable espace de parole où elles accompagnent respectueusement
la détresse des femmes. Ce faisant, elles transgressent l'esprit
de la loi. Comme toutes les transgressions, cela suppose une part de clandestinité
à l'origine du silence qui entoure l'absence de statut de cette
profession, un salaire indécent et une insécurité
de l'emploi.
En effet, n'y a-t-il pas un risque, en s'opposant à l'entretien
pré-IVG obligatoire, de voir disparaître les conseillères
conjugales qui ont construit les bonnes conditions d'accueil dont bénéficient
les femmes aujourd'hui ? Peut-on leur reprocher de préférer
le leurre d'un paternalisme induit par la loi à l'insécurité
et la peur engendrée par les luttes et les grèves ?
A ce titre, la grève des conseillères de Clamart, soutenue
par l'ensemble du personnel du CIVG est particulièrement exemplaire.
Une grève des conseillères seules aurait-elle été
possible et auraient-elles obtenu aussi vite la satisfaction de leurs
revendications ?
Mais revenons à notre réflexion autour de l'entretien pré-IVG
obligatoire :
Il me semble que le soin psychologique est fondé sur la demande
de la patiente et non sur l'obligation de le faire. L'injonction thérapeutique
est mise en place par les tribunaux pour les personnes à qui on
a ôté tout droit civique. Obliger quelqu'un dans son propre
intérêt est une attitude possible à l'égard
d'un mineur ou d'une personne délinquante mais certainement pas
à l'égard d'un majeur.
L'autre notion d'obligation faite aux femmes dans la loi qui me paraît
donner satisfaction au même courant d'opinion, c'est l'obligation
d'une confirmation écrite faite par la femme une semaine après
sa première demande d'IVG.
Beaucoup de personnes justifient cette obligation en affirmant :
- qu'une déclaration serait d'autant plus mise en valeur qu'elle
s'exprime dans un cadre légal.
- que le fait de dire " oui, je veux avorter " et de le consigner
par écrit serait selon certains psychologues, un acte citoyen
au même titre qu'une déclaration de mariage, de naissance,
de divorce ou de décès.
- que l'intérêt de cette déclaration écrite
serait justement de marquer la distinction entre ce que est de l'ordre
de la justification et ce qui est de l'ordre de la déclaration.
A mon sens, dans l'IVG, le lien d'amour qui fait le propre de l'engagement,
de la transmission, de la relation humaine n'existe justement pas. C'est
à partir du constat de l'envahissement brutal du biologique et
de la prise de conscience d'un impossible lien humain que se constitue
la demande d'IVG. Alors, pourquoi faire signer un acte de séparation,
de divorce puisqu'il n'y a jamais eu de mariage ?
A mon sens, ces démarches légales là vont dans le
sens d'une culpabilisation inutile.
Nous savons tous que le cadre imposé par la loi a été
détourné par le personnel accueillant les femmes, pour en
faire ce moment d'écoute privilégié qu'il est aujourd'hui.
Mais, doit-on se satisfaire d'une loi qu'on détourne ou doit-on
se battre pour mettre la loi en adéquation avec ses principes et
ses pratiques ?
Il me semble que se satisfaire d'une loi qu'on détourne c'est en
déguiser l'esprit sous une forme moderne, mais ce n'est pas en
changer.
En conclusion :
L'entretien obligatoire a été institué à
l'origine comme un instrument de contrôle social visant à
dissuader les femmes d'avorter.
Dans la pratique, cet entretien a été détourné
par le personnel des centres d'IVG et par les femmes elles-mêmes,
de telle sorte qu'il est devenu un soutien et une forme d'accompagnement.
Cet accompagnement permet aux femmes de pratiquer l'IVG dans de bonnes
conditions.
Il doit donc être considéré comme un recours possible
pour les femmes et dans leur intérêt, selon leur libre choix,
et non pas comme une obligation à laquelle elles auraient à
se soumettre.
L'entretien pré-IVG ne doit donc pas être obligatoire mais
systématiquement proposé.
Chantal BIRMAN
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