TECHNIQUES DE L'INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE
PRATIQUEE DE 12 A 14 SEMAINES D'AMENORRHEE
Après l'examen habituel, clinique et éventuellement échographique
pour s'assurer du terme (diamètre bipariétal à 12 semaines
= 20 mm, à 14 semaines = 28 mm), de l'absence de pathologie cervicale
ou annexielle associée, du degré de version, flexion, éventuellement
latéro-déviation et mobilité de l'utérus, la
préparation cervicale est assurée en dehors des contre-indications
habituelles (cf.) :
- soit par 200 mg de Mifépristone donnés 36 à
48 H avant l'aspiration,
- soit par 400 µg de Misoprostol donnés 3 à 4 H
avant l'évacuation.
La prise de l'un ou l'autre des médicaments peut avoir lieu au
domicile. Dans ce cas, il est important d'avertir la femme de la possibilité
de survenue de métrorragies, le plus souvent sans gravité
(peu fréquentes de l'ordre de 10 %) mais qui peuvent justifier
l'hospitalisation si la femme les considère comme menaçantes
ou si elles sont réellement objectivement abondantes. Selon les
conditions offertes par le centre, il est important d'organiser l'accueil
de ces femmes : information du personnel, disponibilité du centre.
L'aspiration endo-utérine :
Après réexamen de l'utérus, de sa mobilité,
de ses rapports avec le col, badigeonnage de la vulve, du vagin et du col,
l'utilisation de champs opératoires est recommandée, ainsi
que pour l'opérateur de gants chirurgicaux,
Le matériel disposé sur la table recouverte d'un champ opératoire,
associe :
- un spéculum de type Colin ou Jayle dont la longueur et la
largeur des valves sont adaptées à la morphologie de la
femme et à sa parité
- une pince de Museux (sous anesthésie générale)
ou de Pozzi (sous anesthésie locale)
- de bougies de gomme ou métallique de 6 à 12 mm de diamètre
- de sondes d'aspiration de 10 à 12 mm de diamètre
- de matériel d'aspiration : raccord métallique, tuyau
souple, aspirateur électrique et silencieux, permettant d'obtenir
une dépression réglable jusqu'à 800 mbars ou d'une
seringue d'aspiration à butée permettant d'obtenir une
dépression de 600 mbars (habituellement suffisante)
- de deux pinces longuettes : l'une destinée à assurer
le badigeonnage, et l'autre à permettre éventuellement
l'évacuation de fragments ovulaires
- d'une pince en cur de 10 mm de largeur permettant également
dans certaines circonstances l'extraction de fragments ovulaires plus
volumineux.
Après installation de la femme :
- Sous anesthésie locale :
- L'anesthésie locale après
badigeonnage du col consiste en une injection dans la lèvre antérieure
de 1 cc de Xylocaïne à 1 % permettant la prise cervicale
par une pince de Pozzi solide assurant une préhension du col
non douloureuse.
La traction cervicale permet de redresser le corps utérin et
d'assurer l'alignement du col et du corps utérin. Cette traction
est lente, tenant compte de la perception de la femme à qui elle
est expliquée.
La traction étant assurée, l'anesthésie locale,
intracervicale est alors débutée : elle consiste avec
une aiguille de 0,8 x 50 introduite dans l'orifice externe du col, longeant
ses parois, à injecter au niveau de l'orifice interne en intracervical
à 0, 3, 6 et 9 H, 4 à 5 cc de Xylocaïne à
1 % (ou de Xylocaïne associée à l'Adrénaline
à 1/200000e mais justifiant dans ce cas un contrôle de
la tolérance de la femme : rythme cardiaque, coloration cutanée,
).
L'injection est lente et associée au contrôle de l'absence
d'injection intravasculaire par la création d'une dépression
au niveau du piston de la seringue, une ou deux fois en cours d'injection.
Lors de ce temps, la discussion avec la femme permet à tout moment
d'observer sa tolérance et l'absence d'injection intravasculaire
: sensation de malaise vertigineux, hypoacousie, impression de goût
métallique,
devant faire suspendre la poursuite
de l'injection.
- La dilatation du col obtenue
par les bougies métalliques ou souples : les bougies n° 7
et 8 passent habituellement sans effort ni perception douloureuse par
la femme, elles franchissent seulement l'orifice interne et le geste
ne doit pas chercher à obtenir la sensation d'obstacle sur le
fond utérin.
La dilatation est poursuivie jusqu'à 10, 11, 12 mm avec douceur,
patience sans brusquerie dans les gestes, ni effort excessif. Lorsque
le diamètre de dilatation souhaitée est obtenu (correspondant
environ aux semaines de gestation : 10 mm pour 10 semaines de grossesse,
11 mm pour 11 semaines,
) la limite correspondant le plus
souvent au diamètre au-delà duquel la pénétration
de la bougie devient douloureuse.
- L'évacuation utérine
: la sonde utilisée a un diamètre correspondant au diamètre
maximum de la dilatation. Rigide le plus souvent, à orifice oblique
termino-latéral et extrémité mousse, transparente,
elle est alors introduite doucement jusque la perception tactile d'un
obstacle franc, correspondant au fond utérin. La longueur maximum
de pénétration ne doit pas dépasser la partie de
la sonde toujours marquée soit par un anneau coloré, soit
par un anneau dépoli et opaque. Si l'impression d'obstacle n'est
pas obtenue à ce niveau, le contrôle échographique
permet rapidement de s'assurer des conditions anatomiques. La sonde
étant bien intra-utérine, le début de l'aspiration
peut alors commencer. Si la perception du fond n'a pas été
obtenue dans un premier temps, l'évacuation du liquide amniotique
va permettre la rétraction du fond utérin et l'obtention
du contact. Celui-ci obtenu, la sonde est retirée de quelques
millimètres. Le raccord à l'appareil d'aspiration n'est
assuré qu'après ce premier contrôle.
Si le contact du fond utérin n'est pas obtenu, que l'impression
d'une hystérométrie excessive fait suspecter une perforation
et que celle-ci est confirmée par échographie, la sonde
est retirée et l'aspiration ne pourra alors être poursuivie
que sous contrôle échographique rigoureux.
Dans une telle situation, la clioscopie n'est nécessaire
(situation exceptionnelle) que si l'aspiration avait débuté
avant ce contrôle ou si lors de la surveillance après
l'aspiration la dégradation clinique est en faveur d'une hémorragie
intrapéritonéale.
L'aspiration est obtenue par rotation de la sonde sous aspiration,
les gestes restent lents, sans violence, en évitant impérativement
toute aspiration lors des mouvements de pénétration
de la sonde vers le fond utérin.
Si la sonde d'aspiration utilisée est d'un diamètre
insuffisant pour assurer l'évacuation des fragments ovulaires,
il est nécessaire de la retirer lentement sous aspiration de
façon à entraîner ces fragments au niveau de l'orifice
cervical. La pince longuette ou la pince en cur permettant alors
l'extraction lente de ces fragments. L'hémostase étant
dans ces cas le plus souvent assurée si les gestes sont suffisamment
rapides.
L'évacuation étant obtenue, la rétraction utérine
est parfaitement perçue par l'opérateur et le plus souvent
par la femme qui en a été avertie. Les contractions
sont habituellement douloureuses. L'antalgique le plus efficace préalablement
prescrit dans l'heure précédant l'interruption étant
l'Ibuprofène (seul antalgique ayant prouvé sa réelle
efficacité).
La rétraction utérine sur la sonde, la perception nette,
résistante, franche des parois utérines, du fond, des
bords et l'absence de saignement sont les témoins de la bonne
évacuation utérine, accompagnée fréquemment
de l'aspiration d'un sang spumeux et peu abondant.
La persistance de saignement signe le plus souvent la rétention
d'un fragment ovulaire qui doit être extrait. L'atonie utérine,
en l'absence de rétention, est le plus souvent la conséquence
de gestes longs, laborieux ou d'un contrôle insistant et excessif
de la vacuité utérine. En cas de doute, le contrôle
échographique permet d'assurer l'évacuation dans les
meilleures conditions.
S'il persiste un saignement en l'absence de rétention, il
faut procéder au massage utérin manuel suspubien et
à l'utilisation, peu conseillée, d'un ocytocique.
- Sous anesthésie générale :
Les gestes sont identiques, mais habituellement les saignements plus
fréquents et l'absence de participation active de la femme
réduit la qualité des informations sur la rétraction
utérine et sa qualité.
Paul CESBRON
Le 24 janvier 2001
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