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CONTROVERSE: ANTIBIO-THERAPIE SYSTEMATIQUE AVANT IVG.
L'infection est probablement le risque majeur de l'IVG pratiquée
médicalement. Il ne s'agit pas des tableaux dramatiques connus
avant la loi VEIL lors des avortements dits "criminels". La
vie des femmes n'est plus en danger, leur fécondité est-elle
menacée? L'antibio-thérapie systématique est-elle
le meilleur moyen de diminuer ce risque? C'est la question à laquelle
nous allons essayer de répondre. Il y a, à l'évidence, un problème de définition. Comment diagnostique-t-on une complication infectieuse après un avortement? Le signe qui paraît le plus fiable est une fièvre supérieure à 38° pendant plus de 24h.
La prise en compte de plus ou moins de ces différents critères fait varier d'une manière très importante le nombre des complications infectieuses suspectées d'où une difficulté à appréhender la réalité et donc à juger de la nécessité d'une antibio-thérapie systématique. Les femmes demandant une IVG pourraient constituer un groupe à risque de MST. Statistiquement il y a plus, parmi elles, de situation sentimentales précaires. En fait ce n'est pas ce qu'on retrouve au niveau des chiffres. Depuis 1992 nous pratiquons, à Bicêtre, le dépistage systématique des chlamydiæ avant les IVG. Le taux de prélèvements positifs était la 1° année de 4,71% (ce qui correspond à la prévalence estimée dans la population générale) et il ne cesse de baisser depuis. Nous sommes loin des valeurs de 20% dans la littérature pour les jeunes de moins de 25 ans ou les consultantes des centres de MST! Les chlamydiæ étant les microbes sexuellement transmissibles les plus fréquents cela relativise la question. Donc le risque infectieux doit être pris en compte mais pas surestimé.
Pourquoi cette apparente contradiction? Une des raisons avancées par cette auteur est l'enjeu de santé publique pris en compte dans le traitement ciblé et expliqué aux patientes (et à leurs partenaires) et non dans l'antibio-thérapie systématique qui est une affaire de médecin. Il y a aussi la difficulté du choix de la molécule: est-il acceptable d'en prescrire plusieurs? Il est logique d'utiliser un produit efficace sur les MST. Mais comme le souligne STEVENSON (3) actuellement on a surtout affaire aux chlamydiæ et à la "vaginose" qui ne se traitent pas par la même molécule. En France, une conférence de consensus s'est réunie en 92 à l'initiative de la Société Française d'Anesthésie Réanimation (4). Elle avait pour titre: "antibio-prophylaxie en milieu chirurgical de l'adulte". L'expert gynéco-obstétricien, FERNANDEZ, rapporte que d'après la littérature l'IVG est une chirurgie dite "propre". Il préconise cependant une antibio-prophylaxie systématique par 200 mg de DOXYCYCLINE 2h avant et 12h après l'acte.
C'est pour ce dernier point que les anesthésistes de Bicêtre
ont choisi une injection intra-veineuse d'AUGMENTIN 1mg en per-opératoire. Une méta-analyse de SAWAYA et al. en 96 voudrait faire le point sur ce sujet (5). En dehors des réserves de principe que l'on peut faire sur cette technique statistique, même si les auteurs ont utilisé un "test d'homogéneïté", on peut remarquer que dans les études sélectionnées les seules qui montrent des résultats significatifs sont celles qui utilisent les cyclines (2,6) efficaces sur les chlamydiæ et les mycoplasmes, éventuellement sur les gonocoques, ou le métronidazole (7) efficace sur la vaginose! Cela parait indiquer clairement la voie: il faut prendre en compte surtout le risque de MST. C'est par un examen soigneux pré-opératoire que l'on dépistera les vaginoses et par un prélèvement systématique qu'on décèlera les chlamydiæ afin de faire baisser le nombre des infections post-opératoires. C'est ce que nous faisons à Bicêtre depuis 92 et ce que préconise BLACKWELL dans le LANCET en 93 (8). Dans le cadre de cette action ciblée, une fièvre survenant après l'IVG est en général traitable par une pénicilline ou dérivé car il s'agit alors le plus souvent d'un germe non spécifique apporté par l'acte. Mais cette éventualité est rare. Cette attitude permet de mieux expliquer la nécessité de traiter le partenaire qui est le plus souvent oublié quand on choisit l'antibio-thérapie systématique. Pourtant des rapports sexuels peuvent se produire très peu de temps après l'avortement. La technique a-t-elle une influence sur le taux d'infection? L'aspiration peut être pratiquée dans des conditions d'hygiène très simples. Le "no touch" utilisé dans la plupart des centres autonomes d'IVG semble suffisant pour assurer un risque minimum comme le montre l'article de HAKIM-ELAHI (9) avec 0,021% d'infection sur 170000 avortements dont 70% sous anesthésie locale (AL). En 85 PARK (10) assurait pourtant que l'AL devait, par le biais de rétentions plus fréquentes, augmenter le risque infectieux. La mifépristone ne semble pas le modifier (11). Pour conclure l'avortement pratiqué médicalement reste une chirurgie propre au prix d'une asepsie simple ("no touch"). Il ne nécessite donc pas une antibio-thérapie systématique. On doit lui préférer un dépistage soigneux et systématique des MST au moins des "vaginoses" et des chlamydiæ (si possible par PCR) lors de l'examen pré-IVG. Cette attitude a l'avantage de constituer une véritable prévention, par les explications données et le traitement du partenaire, afin de conserver la fécondité des femmes choisissant d'interrompre leur grossesse.
BIBLIOGRAPHIE
Docteur Jean-Claude MAGNIER
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