POURQUOI UTILISER LES DILATATEURS MEDICAMENTEUX AVANT
UNE IVG INSTRUMENTALE ?
L'utilisation de médicaments ayant la propriété
de dilater le col utérin chez la femme en début de gestation
ouvre de nouvelles perspectives à la technique instrumentale d'interruption
volontaire de grossesse. Le misoprostol ou la mifépristone administrés
dans les heures précédant une interruption de grossesse
par aspiration endo-utérine permettent d'obtenir une dilatation
cervicale améliorant le confort de l'intervention tant pour la
patiente que pour l'opérateur.
AVANTAGES DES MEDICAMENTS A VISEE DILATATRICE DANS L'IVG INSTRUMENTALE
Ces avantages sont multiples :
- supprimer ou atténuer fortement les douleurs liées à
la dilatation,
- éviter les traumatismes du col tels que lacération du
col ou risque de béance isthmique hypothétique à
long terme,
- raccourcir considérablement le temps d'intervention, la dilatation
étant suffisante d'emblée ou son complément facile
et rapide,
- réaliser des interventions ambulatoires légères
sous anesthésie locale et même chez la nullipare,
- obtenir des niveaux de dilatation élevés permettant
de réaliser une aspiration sous anesthésie locale pour
des termes voisins des douze semaines d'aménorrhée.
CHOIX DU DILATATEUR
Il tient encore à l'heure actuelle aux modalités de prescription
du produit :
- il nécessite encore à l'heure actuelle un engagement
de l'équipe pour la prescription de produits qui ne bénéficient
pas encore d'A.M.M.,
- il tient au délai d'action du dilatateur : 36 à 48 heures
pour la mifépristone, quelques heures pour le misoprostol.
Ce choix est également fonction des risques et difficultés
techniques de l'interruption de grossesse :
- nulliparité,
- cols "difficiles", hypoplasie cervicale, col cicatriciel,
sténose, malformations, antécédents de césarienne,
- termes élevés voisins des douze semaines.
Afin de déterminer le choix entre la mifépristone et le
misoprostol, il paraît utile de passer en revue les avantages et
les inconvénients de ces deux molécules.
MIFEPRISTONE OU MYFEGINE
1) Avantages :
- efficacité : 200 mg de mifépristone administrés
36 à 48 heures avant l'aspiration permettent d'obtenir une ouverture
du col évitant une dilatation instrumentale,
- obtention de niveaux de dilatation élevés permettant
la réalisation d'IVG sous anesthésie locale pour des termes
voisins des douze semaines chez des nullipares,
- bonne tolérance digestive.
2) Inconvénients :
- délai d'action de 36 à 48 heures, nécessite une
planification des rendez-vous du fait des obligations légales
(entretien social, administration du comprimé à l'hôpital),
- ce délai laisse la place à la survenue d'événements
d'intervalles tels que des métrorragies qui peuvent inquiéter
les patientes,
- L'absence d'A.M.M. fait qu'il n'y a pas de conditionnement à
200 mg pour la préparation du col,
- coût encore élevé,
- existence de contre-indications, peu nombreuses sur le plan médical
(insuffisance surrénale, corticothérapie au long cours,
troubles graves de l'hémostase), plus importantes sur le plan
psychologique car la prise de la mifépristone est le geste qui
interrompt la grossesse.
MISOPROSTOL OU CYTOTEC
1) Avantages :
- maniabilité liée à son délai d'action
rapide,
- souplesse de prescription : les comprimés peuvent être
remis à la patiente avec les recommandations d'usage après
les démarches obligatoires légales,
- administration endo-vaginale possible en cas d'intolérance
digestive,
- coût modeste,
- absence de contre-indication.
2) Inconvénients :
- efficacité moindre que la mifépristone, nécessite
à notre avis une prise en deux temps : un comprimé 12
heures avant + 2 comprimés deux à trois heures avant l'aspiration,
- dilatation instrumentale complémentaire est plus fréquemment
nécessaire,
- effets secondaires digestifs possibles, à types de nausées,
vomissements, diarrhées.
INDICATIONS DES DILATATEURS
Les bénéfices apportés par leur utilisation avant
le geste endo-utérin doivent nous inciter à une prescription
systématique avant toute interruption volontaire de grossesse instrumentale.
1) Indications préférentielles de la mifépristone
:
- nullipare surtout en cas de terme supérieur à dix semaines
d'aménorrhée,
- cols "difficiles" : cicatriciels (conisation), hypoplasie
cervicale, malformations, antécédents de césarienne,
... ,
- terme élevé supérieur à douze semaines
d'aménorrhée (avenir ?).
2) Indications préférentielles du misoprostol :
- toute intervention chez la multipare,
- contre-indications de la mifépristone,
- intolérance digestive marquée du fait de sa possibilité
d'administration vaginale.
CONTRE-INDICATIONS DES DILATATEURS
1) absolues :
- concernent la mifépristone ou la mifégyne : insuffisance
surrénale chronique, corticothérapie au long cours, troubles
graves de l'hémostase.
2) Relatives :
- métrorragies liées à un décollement ovulaire
visualisé en échographie ; dans ce cas, mieux vaut se
limiter à une prescription de 2 comprimés de misoprostol
deux à trois heures avant l'intervention,
- psychologiques, concernant surtout la mifépristone : prise
du comprimé qui peut avoir une symbolique difficile car c'est
le geste qui interrompt la grossesse,
- la crainte d'événements d'intervalle tels que les métrorragies
peut orienter vers la prescription de misoprostol au délai d'action
plus court,
- le tabagisme au-delà de 35 ans est une contre-indication héritée
de l'utilisation d'une ancienne prostaglandine (Sulprostone ou Nalador)
maintenant abandonnée. Aucun argument ne justifie de maintenir
cette contre-indication avec le misoprostol.
CONCLUSION
L'utilisation de dilatateurs médicamenteux dans la préparation
du col avant une interruption volontaire de grossesse instrumentale reste
encore actuellement d'une diffusion restreinte, du fait de l'absence d'autorisation
de mise sur le marché dans cette indication .
Une fois cet obstacle levé, ces protocoles devraient connaître
un essor important car ils permettent de réaliser des interventions
ambulatoires légères dans les meilleures conditions de sécurité
et de confort.
Philippe LEFEBVRE
|