LA PRÉMÉDICATION DANS L'IVG INSTRUMENTALE
EXPÉRIENCE DU CENTRE D'ORTHOGÉNIE DE TOURS
I - INTRODUCTION
La prise en charge de la douleur lors de la réalisation de l'IVG
instrumentale a toujours été une préoccupation au
Centre d'Orthogénie de Tours, compte tenu que dès son ouverture
l'anesthésie générale n'a pu être pratiquée
que sur indication purement médicale.
Elle n'est pratiquée actuellement que dans 1,5 % des IVG instrumentales
et ainsi 98,5 % des IVG instrumentales sont réalisées sous
prémédication et anesthésie locale.
L'équipe du Centre a donc toujours recherché des techniques
et des médications permettant d'améliorer la prise en charge
de la douleur lors de la réalisation de l'IVG.
De nombreux protocoles ont été essayés comme :
l'administration du protoxyde d'azote, l'acupuncture, l'auriculothérapie
(en double aveugle contre placebo), les dérivés morphiniques
(Dolosal*, Nubain*), une benzodiazepine puissante (Hypnovel* en sublingual)...
Mais soit ils n'ont pas vraiment convaincu l'équipe de leur efficacité,
soit ils ont été abandonnés en raison de leurs effets
secondaires.
Nous avions donc retenu jusqu'en 1998 le protocole classique utilisé
empiriquement : Valium* (Diazepam) (30 gouttes) + Genatropine (oxyde d'atropine)
(20 gouttes) 1 heure avant l'intervention, associé lors de la réalisation
de l'IVG, à un essai d'anesthésie verbale, une ambiance
musicale ou une anesthésie locale. A partir de 1997, nous avons
associé un dilatateur cervical : Cytotec* (Misoprostol), la veille
et le matin de l'intervention, pour faciliter la dilatation et raccourcir
le temps de l'intervention.
Cependant, nous étions toujours impuissants devant l'importante
douleur ressentie par les patientes lors de l'évacuation et la
rétraction utérine.
Une revue de la littérature n'a pas solutionné le problème
mais nous a permis de confirmer quelques point précis (1) :
- Il est prouvé scientifiquement que l'anxiété
a un effet facilitateur sur la perception de la douleur, d'où
l'intérêt d'obtention d'un taux sanguin efficace d'anxiolyse
lors de l'IVG.
- La sensation tactile diminue la sensation profonde, surtout si elle
est faite dans le même segment corporel, d'où l'intérêt
éventuel d'un massage léger du ventre (fait d'ailleurs
souvent empiriquement) lors de l'aspiration utérine.
- Les recommandations récentes de l'OMS (2) préconisent
avec l'anesthésie locale l'association de sédatifs en
pré-IVG et d'analgésiques puissants lors de l'apparition
de crampes utérines.
Aussi en 1998, en concertation avec les médecins anesthésistes
du service de gynécologie-obstétrique, nous avons décidé
:
- De remplacer le Valium*, anxiolytique paraissant aujourd'hui dépassé,
par une association de 2 benzodiazepines, d'élimination rapide,
se potentialisant et permettant, avec un sommeil amélioré
la veille de l'intervention, d'obtenir un taux sanguin d'anxiolyse efficace
lors de l'IVG et ce avec des contre-indications restreintes (insuffisance
respiratoire ou hépatique sévère, myasthénie,
syndrome d'apnée du sommeil).
- D'associer juste avant l'IVG une médication antalgique, utilisée
en gynécologie-obstétrique, permettant un taux sanguin
efficace lors de l'intervention. En raison du jeun des patientes et
du meilleur taux sanguin obtenu, la voie rectale a été
préférée à la voie orale. Deux médicaments
ayant été retenus, nous avons essayé par une étude
comparative d'en déterminer la meilleure efficacité. Ces
modifications de protocole nous ayant semblé probantes, il nous
a semblé important de les publier.
II - PROTOCOLES DE PRÉMÉDICATIONS (pour IVG instrumentale
faite sous anesthésie locale (Xylocaïne* (Lidocaine) à
1 % : 10 à 22 cc) intra ou paracervicale).
- La veille au coucher :
- 1 comprimé de Xanax* 0,25 (T.max : 0,2 à 2 h. 1/2
vie : (0 à 20 h)) (Alprazolam)
- + 1 comprimé de Stilnox* (T max : 0,5 à 3 h. 1/2
vie : 2,5) (Zolpiden)
- + 1 comprimé de Cytotec*
- Le matin :
- au domicile 3 heures avant l'intervention : 1 à 2 comprimés
de Cytotec* (selon l'importance des saignements). dans le service
1 heure avant l'intervention : Génatropine* : 20 gouttes
+ eau et 1 comprimé de Xanax* 0,50 en sublingual. Juste avant
l'intervention :
2 séries
- Série 1
- 98 patientes
1 suppositoire de Profenid*
(Ketoprofene)
(CI : intolérance à l'aspirine...)
(anti-inflammatoire non stéroidien)
- Série 2
- 103 patientes
2 suppositoires de Lamaline*
(paracétamol + belladone + opium + caféine)
(Antalgique pur)
III - LES OUTILS D'ÉVALUATION
L'évaluation de la douleur est difficile tant le phénomène
est complexe et influencé par le vécu de la souffrance et
l'on parle ainsi " d'intensité subjective ". Mais, pour
obtenir actuellement une prise en charge optimale de la douleur, on ne peut
plus se satisfaire d'évaluation empirique. Ainsi ont été
validés des " outils d'évaluation " fiables qui,
bien qu'ayant des limites, permettent de comparer objectivement des techniques
analgésiques et de quantifier la douleur.
- L'échelle visuelle analogique (EVA) : elle se présente
sous la forme d'une réglette graduée de 10 cm, orientée
de gauche à droite, avec à ses deux extrémités
un repère qualitatif : 0 = douleur nulle et 10 = douleur maximale
imaginable. En fonction de l'intensité de la douleur, le patient
déplace le curseur pour essayer de la quantifier.
- L'échelle verbale simple (EVS) : la patiente qualifie sa douleur
: absente, faible, modérée, intense.
L'évaluation a été faite par le personnel infirmier
avant l'intervention, à la fin de l'intervention et avant la
sortie de la patiente (2 - 3 heures après).
IV - LES RÉSULTATS
- a) Avec l'EVA
- Dans les 2 séries les évaluations sont identiques
avant et après l'intervention : 80 % des patientes n'ont
pas de douleur, 20 % une douleur entre 0 et 2.
- Juste à la fin de l'intervention, les évaluations
montrent une différence en faveur de l'action antalgique
du Profenid* :
- ans la série Profenid*, la cotation moyenne est 5
- Dans la série Lamaline*, la cotation moyenne est 6.
- b) Avec l'ES
- Dans les 2 séries les évaluations sont identiques
avant et après l'intervention : 15 % n'ont pas de douleur,
80 % une douleur faible, 5 % une douleur modérée.
- Juste à la fin de l'intervention, les évaluations
montrent une différence en faveur de l'action antalgique
du Profenid* :
- dans les 2 séries : 10 % ont une douleur faible ;
- dans la série Profenid* : 60 % une douleur modérée
30 % une douleur intense
- dans la série Lamaline* : 50 % une douleur modérée
40 % une douleur intense
c) La synthèse des 2 échelles
Elle montre une concordance entre elles et permet de constater, même
si elle n'est pas spectaculaire, une action plus antalgique du Profenid*
par rapport à la Lamaline*.
V - CONCLUSION
Nous avons donc retenu le Profenid* (1 suppositoire avant l'intervention)
qui semple plus efficace sur la douleur lors de l'IVG que la Lamaline*
(sans doute par son action anti- prostaglandine) (tout en gardant celle-ci
en cas de contre indication au Profenid*). Ceci étant, on peut
remarquer que, malgré tout, il existe une très importante
douleur lors de l'IVG instrumentale et qu'un progrès urgent reste
à faire.
Cela demanderait une étude à grande échelle avec
:
- Analyse de différents paramètres :
- patientes nullipares ou multipares, âge...
- dilatateurs du col : Mifepristone ou Misoprostol
- anesthésie intra ou paracervicale...
- Essai de nouveaux médicaments (comme par exemple une association
d'anesthésiques : tétracaine + cocaine, utilisés
aux USA).
- Utilisation " d'outils d'évaluation " permettant
une appréciation plus objective d'efficacité.
Mais, comme nous l'avons souligné, la prise en charge de la douleur
lors de l'IVG, bien qu'améliorable, est insuffisamment étudiée
actuellement ...
BIBLIOGRAPHIE :
- ALBE-FESSARD (D) : " La douleur. Ses mécanismes et les
bases de ses traitements ". Paris. Masson. 1996.
- OMS : "Complications des avortements ". Genève.
OMS. 1997.
Docteur J.F. CIAVALDINI
|