LES TECHNIQUES MÉDICAMENTEUSES D'AVORTEMENT DU
PREMIER TRIMESTRE (IVG)
Depuis toujours, les femmes demandent "les comprimés qui
font revenir leurs règles" et voudraient éviter l'avortement
chirurgical lorsque survient une grossesse non désirée.
Une association médicamenteuse souhaitée par elles depuis
si longtemps est à leur disposition maintenant.
Les prostaglandines, utilisées en obstétrique étaient
considérées comme dangereuses, difficiles à tolérer,
et les techniques d'utilisation incompatibles en France avec les conditions
ambulatoires de l'avortement du premier trimestre
L'apparition d'une antiprogestérone permit d'élaborer une
méthode efficace et utilisable en pratique courante. ; c'est l'association
analogue de la prostaglandine et anti progestérone que nous allons
décrire.
Les analogues des prostaglandines
Dans les avortements du premier trimestre et les interruptions thérapeutiques
(ITG) on utilise en pratique les analogues des prostaglandines, non dégradables
par la 17 hydroxydéshydrogénase possédant une plus
grande sélectivité d'action sur l'utérus et un minimum
d'effets secondaires d'où plus d'efficacité et de sécurité.
- Le 16-16-diméthyl-trans d2-PGE1(géméprost) utilisé
par voie vaginale, se présente en ovules dosés à
1mg, (Cervagème*).
- le 15-déoxy-16-hydroxy-16-méthyl-GE1 (misoprostol) commercialisé
en France depuis 1987 (Cytotec*), proposé dans le traitement
des ulcères gastroduodénaux. Il est présenté
en comprimés à 200 microgrammes.
(Aucun effet cardio-circulatoire notable n'est signalé dans les
traitements continus durant un mois.) Il est utilisé associé
à la mifépristone.
Action des analogues des prostaglandines sur l'utérus
- Les prostaglandines ont une activité sur le myomètre
, certaines sont capables d'induire des contractions myométriales;
- les prostaglandines ont un effet de maturation et de dilatation du
col.
Les anti progestérones
Connue sous le nom de code R.U.486, la mifépristone est un norstéroïde
synthétisé par les chimistes du laboratoire Roussel-Uclaf
en 1980. elle se comporte comme une anti-progestérone, qui se lie
préférentiellement aux récepteurs de la progestérone,
rendant celle-ci inactive.
La molécule a aussi une affinité pour les récepteurs
des glucocorticoîdes et s'oppose aux effets de la dexamétasone
; c'est un anti-androgène modéré, elle est dépourvue
d'activité androgène, minéralocorticoîde et
antiminéralo-corticoïde, oestrogène, et anti-oestrogène.
L'idée du Pr Beaulieu fut d'utiliser la mifépristone dans
les interruptions précoces de grossesses, la progestérone
étant indispensable à son maintien.
Activité antiprogestérone :
- dans l'endomètre de l'utérus gravide, la mifépristone
agit sur le site de nidation du blastocyte, provocant le détachement
du produit de conception et une augmentation des prostaglandines.
- dans le muscle utérin, le blocage de l'action de la progestérone
se traduit par une augmentation du tonus de base et une sensibilisation
du myomètre à l'action des prostaglandines.
Effet lutéolytique :
- la baisse des HCG aboutit à une lutéolyse secondaire
et à une diminution du taux de progestérone. L'ouverture
et le ramolissement du col de l'utérus peuvent être dus
au pouvoir antiprogestatif de la mifépristone , agissant directement
et aussi par le biais de l'augmentation des PG.
Utilisation dans les avortements du premier trimestre
- Les contre-indications des prostaglandines
- Allergie connue aux prostaglandines
- Asthme Contre-indications cardiovasculaires ....
- Convulsions.
- Ces contre-indications concernent le géméprost
- Il n'y a pas de contre-indications au misoprostol.
Mais du fait de la survenue des complications cardio-vasculaires par
sulprostone et géméprost, la commission d'AMM a maintenu
par prudence le refus aux femmes de plus de 35 ans ou qui ont des antécédents
cardio-vasculaire
L'asthme n'est plus une contre-indication.
- Les contre-indications à la mifépristone
- Contre-indications absolues : insuffisance surrénale, asthme
sévère non équilibré par le traitement,
allergie connue à la mifépristone.
- Contre-indications relatives, donnant lieu à une "mise
en garde" : insuffisance rénale ou hépatique,
malnutrition, anémie, hypocoagulabilité.
- Certaines situations nécessitent des "précautions
d'emploi" : il faut ajuster le traitement en cas de corticothérapie
au long cours, et éviter l'aspirine.
- Les contre-indications gynécologiques à la méthode
:
suspicion de grossesse extra-utérine, volumineux fibrome utérin,
DIU resté en place.
- Les contre indications psychologiques : femmes voulant une méthode
rapide et ne désirant pas être impliquées dans le
déroulement de leur avortement.
Les contre-indications d'ordre médical sont peu nombreuses chez
ces femmes jeunes et en bonne santé ; les plus fréquentes
sont d'ordre psychologique.
UTILISATION CLINIQUE DES MÉDICAMENTS ABORTIFS DANS LES IVG DU
PREMIER TRIMESTRE DE LA GROSSESSE
Avortement par mifépristone (Mifégyne) et misoprostol(Cytotec).
Actuellement trois visites sont nécessaires au centre d'IVG. La
législation française exigeant un délai de réflexion
de 8 jours la première demande peut être faite dans un cabinet
médical.
- La première visite correspond à la demande d'IVG
et le choix de la méthode.
On détermine l'âge de la grossesse qui ne doit pas dépasser
49 jours d'aménorrhée : ceci par la date des dernières
règles, l'examen clinique, et on prescrit un dosage quantitatif
des HCG plasmatique et un groupe sanguin. En cas de suspicion de GEU
ou autre pathologie une échographie est prescrite ou pratiquée.
On vérifiera l'absence de contre-indication à la méthode
médicamenteuse.
Un bilan de coagulation n'est pas nécessaire ; en effet un trouble
de la coagulation pouvant entraîner des complications est généralement
connu à l'âge adulte . un trouble asymptomatique n'a aucune
conséquence durant l'avortement.
On doit s'assurer d'une bonne information de la femme sur la méthode
et répondre à ses questions qui portent souvent plus sur
le déroulement de l'avortement que sur les aspects médicaux.
L'entretien social est programmé.
- La deuxième visite
Elle a lieu au centre d'IVG 8 jours après, on s'y assure du respect
des dispositions légales, et on contrôle les examens demandés.
Aucun examen clinique n'est nécessaire en l'absence de difficultés
; La patiente prend 600 mg (3 comprimés) de mifépristone
et quitte l'hopital.
La femme doit être informée de la possibilité de
saignements dans les 48 heures et doit pouvoir prendre conseil au téléphone
auprès d'un professionnel bien informé sur la méthode
en cas d'inquiétude .
- La troisième visite correspond à la prise de
misoprostol.
L'hospitalisation prévue peut être de 4 heures ; la patiente
prend 400 microgrammes de misoprostol (2 comprimés) et doit être
installée confortablement avec possibilité de se déplacer
et accès facile aux toilettes.
La présence attentive et discrète de l'équipe médicale
permet l'administration d'antalgiques si nécessaire et surtout
de rassurer les femmes anxieuses craignant le plus souvent que "cela
ne marche pas".
Aussitôt après l'expulsion ou 4 heures après la
prise de misoprostol, la patiente peut partir ; elle aura reçu
une injection de gammagobulines anti D si elle est Rh _
En l'absence d'expulsion au centre, on prescrit une échographie
pelvienne 10 jours après ou un dosage de HCG ; la femme repart
avec une contraception et un rendez-vous de contrôle 15 jours
après.
- La 4ème visite
Elle a lieu 10 à 15 jours plus tard
- Si la patiente a expulsé à l'hôpital , un
examen clinique est suffisant et on s'assure que la patiente a bien
adopté une contraception.
- Si la patiente n'a pas expulsé à l'hopital; on pratique
une échographie pour s'assurer de la vacuité utérine.
.L'échographie est aussi nécessaire pour diagnostiquer
une rétention en cas de métrorragies abondantes ou
de fièvre.
On peut aussi utiliser les dosages de HCG plasmatiques.
Le dosage de HCG, simple et peu coûteux permet dans 98% des cas
de confirmer l'arrêt de la grossesse : à J10 le dosage doit
être inférieur à 0,3 de celui de J1.-
Si le traitement a été un échec : la grossesse
évoluant, une aspiration doit être effectuée dans
les jours suivants; une grossesse arrêtée non expulsée
peut être aspirée immédiatement ou après la
date des règles, si l'expulsion spontanée n'est pas survenue
à ce moment.
Variantes de la méthode
- 2ème prise de misoprostol.
L'expérience clinique montre que peu d'expulsions ont lieu après
24 heures.
L'efficacité et la rapidité d'action de la méthode
peut être améliorée par l'administration d'une 2ème
dose de 400 microgrammes de misoprostol 3 heures après la 1ère
prise de misoprostol.
Il n'y a pas d'avantages significatifs à l'administration par voie
vaginale dans le protocole 49 jours et misoprostol..
L'étude de l'élimination du misoprostol montre que le délai
pour la 2ème prise peut être ramené à 2h.
- Utilisation du Géméprost
Le géméprost, PGE1 distribué en ovules à 1mg
est difficile à stocker car instable à température
normale et coûteux . Il est utilisé de préférence
dans les avortements du 1er trimestre au delà de 49 jours d'aménorrhée
.
Les résultats
Le succès est défini comme étant : interruption
de la grossesse avec expulsion complète, sans nécessité
d'un geste chirurgical complémentaire.
L'échec est : la nécessité d'un geste chirurgical.
Le taux de succès est de 95,4%
Les échecs se répartissent ainsi:
- Grossesse évolutive : 1,5%
- Arrêt de grossesse, défaut d'expulsion : 2,8%
- Geste endo-utérin à visée hémostatique
: 0,3%
Complications
- Les effets secondaires :
- douleurs pelviennes d'intensité moyenne comparable à
une dysménorrhée ; le traitement ne nécessite
jamais de morphiniques.
- Les troubles digestifs fréquents mais peu intenses, nécessitent
rarement un traitement : vomissements, diarrhée.
- Les complications:
- Les complications par lésion instrumentale ou liées
à l'anesthésie n'existent pas dans la méthode
médicamenteuse.
- Les hémorragies externes nécessitant un curettage
: 0,3%.
- Les rétentions placentaires partielles : 2,8%
- Les complications infectieuses : aucun cas rapporté
AVANTAGES DES MÉTHODES MÉDICAMENTEUSES D'AVORTEMENT DU
PREMIER TRIMESTRE
Les patientes apprécient, outre la possibilité d'une pratique
très précoce, l'absence de geste chirurgical et la réduction
des examens cliniques.
Les résultats
- L'efficacité des méthodes médicamenteuses est
équivalente aux aspirations précoces, avant 49 jours d'aménorrhées
- Les complications mécaniques de l'aspiration sont totalement
supprimées.
- Les hémorragies sont exceptionnelles
- Les complications infectieuses supprimées
- Les rétentions de débris le plus souvent résolues
par médicaments dans un délai d' une semaine.
- Les curettages secondaires exceptionnels
Les désavantages
- La décision doit être rapide
- Certaines femmes se sentent seules
- Il existe des contre-indications psychologiques : femmes en difficultés,
peur de la douleur.
LA REGLEMENTATION
Les méthodes médicamenteuses ne peuvent être utilisées
que dans les établissements hospitaliers publics ou privés
agréés habilités à faire des interruptions
de grossesse et sur des femmes ayant satisfait aux conditions légales
de l'IVG (loi n° 75-17 du 17 janvier 1975, loi n° 79-1204 du 31
décembre 1979 relative à l'interruption volontaire de grossesse).
Différents arrêtés précisent les conditions
de distribution de la Mifégyne.
- En France novembre 1988, un arrêt ministériel inscrit
la mifépristone (RU 486) à la section II du tableau A
des substances vénéneuses.
- Le 28 décembre 1988 parait l'arrêté "relatif
à la détention, la distribution, la dispensation et l'administration
de la spécialité Mifégyne 200 mg,comprimés
".
La distribution de la Mifégyne est soumise à des conditions
particulières et demande l'utilisation de trois feuillets d'un carnet
à souche
- L'établissement pharmaceutique acheteur est soumis à
contrôle .
- Pour le médecin prescripteur, c'est le responsable du service
qui signe un deuxième feuillet d'un carnet à souche.
Le service effectuant les IVG ne peut détenir dans une armoire
fermée à clef que la provision de la semaine.
- Seuls les médecins habilités à pratiquer les
IVG et les infirmières peuvent administrer le médicament
à la femme, et dans le service hospitalier.
Ils utiliseront un feuillet détachable d'un troisième
carnet à souche édité par le fabricant et destiné
à la femme ; chaque feuillet comportant un numéro d'ordre,
le numéro de dossier de la femme, sa signature ainsi que celle du
prescripteur . Les deux modalité d'administration de la Mifégyne
sont prévues : dilatateur et abortif
- L'arrêté du 20 février 1990 modifie le prix des
soins et de l'hospitalisation afférente à l'IVG ; l'avortement
médicamenteux, la surveillance clinique et biologique sont soumis
à forfait à peu près équivalent à
l'hospitalisation pour IVG sous anesthésie générale.
- Une circulaire de la direction des hôpitaux en juillet 1990
fixe la facturation et la prise en charge du traitement des échecs
de la méthode médicamenteuse.
Prix actuel : 1311,46F ; Ticket Modérateur : 262,29F
Laboratoire Exelgyn : 6 rue Christophe Colomb, 75 008-Paris
AVANTAGES DES MÉTHODES MÉDICAMENTEUSES D' AVORTEMENT DU
PREMIER TRIMESTRE
Les avantages des méthodes médicamenteuses ne sont pas
apparues rapidement aux praticiens qui possédaient déjà
des techniques chirurgicales ambulatoires et sûres avec l'aspiration
utérine sous anesthésie locale ou générale
; il existe d'ailleurs encore des résistances solides dans les
services de chirurgie où le déroulement de cette fausse
couche provoquée s'intègre mal à une pratique où
rapidité et contrôle des techniques priment sur les aspects
relationnels de l'avortement volontaire.
En revanche, les femmes, informées par une médiatisation
d'une rapidité exceptionnelle, concernant une découverte
pharmacologique, ont saisi immédiatement l'intérêt
de cette nouvelle méthode ; d'ailleurs le caractère privé
et simple en a été surestimé par une information
un peu réductrice laissant trop la place au sensationnel En fait,
il s'agit toujours d'un avortement avec son environnement médico-légal,
le contrôle des médecins et des institutions sur la femme
tel que le définit la loi du 31 décembre 1979. Mais les
patientes apprécient outre la possibilité d'une pratique
très précoce, l'absence de geste chirurgical et la réduction
des examens cliniques , la méthode leur semblant se rapprocher
de la physiologie.
L'implication personnelle de la femme et l'absence du médecin
au moment de la fausse-couche au profit du personnel infirmier peuvent
être perçus comme un avantage.
- 1 - Les résultats
- L'efficacité des méthodes médicamenteuse
est équivalente aux aspirations précoces faites avant
49 jours d'aménorrhées.
- Les complications mécaniques de l'aspiration sont totalement
supprimées.
- Les hémorragies sont exceptionnelles si on respecte le
délais de 49 jours d'aménorrhée et les pertes
de sang réparties sur 9 à 10 jours sont inférieures
à celles d'une aspiration (Cf étude anglaise)
- Les rétentions de débris le plus souvent résolus
par médicaments dans un délai d' une semaine (méthergin,
antibiotiques)
- Les complications infectieuses (endométrite) Les curettages
pour hémorragie externe sont de l'ordre de 3%.
- 2 - Désavantages :
- Décision trop rapide : certaines femmes auraient besoin
de réfléchir, la limite à 49 jours d'aménorrhée
peut précipiter leur décision.
- Certaines femmes se sentent seules (rôle de l'entourage
affectif et de l'attitude rassurante du personnel au cours d'une
IVG chirurgicale dans certaines structures).
- Contre-indications psychologiques : plus la femme est en difficultés
plus elle préfère se faire prendre en charge par le
personnel médical (avortement sous AG.).
- Perspectives :
- Fin du statut spécial par abrogation de l'arrêté
du 10 septembre 1992
- Prise des comprimés au cabinet du médecin
- Prise du misoprostol à domicile et suppression de l'hospitalisation.
Dr Annie Bureau
Centre d'orthogénie Hopital Broussais.
|