Peut-on éviter les risques de l'IVG ?
L'interruption volontaire de grossesse, (IVG) est un avortement médicalisé
réalisé dans les limite de la loi Veil du 29 janv 1979 jusqu'à
12 semaines d'aménorrhées.
D'après les bulletins statistiques de l'INED, le nombre d'IVG
par an en France est stable de 200 000 à 250 000 environ, ces chiffres
sont fiables car estimés en tenant compte des facteurs de correction
de l'imperfection de l'enregistrement. En revanche l'enregistrement des
complications est plus aléatoire, car la case du bulletin statistique
n'est souvent pas remplie par l'opérateur et, d'autre part seules
les complications immédiates sont enregistrées. Il est donc
extrêmement difficile d' obtenir des chiffres sur les complications
tardives, car il n'y a pas d'études nationales en France.
Il s'agit d'un acte médical pratiqué sur une patiente à
sa demande ; comme lors de toute intervention chirurgicale même
simple, les conditions de sécurité et la rigueur technique
sont exigées.
Un certain nombre de principes permettent d'éviter les risques
de l'IVG sur un plan général.
- Avorter tôt : il est 4 fois plus dangereux d'avorter à
12 semaines qu'à 8 semaines.
- Assurer dans de bonnes condition le diagnostic de la grossesse et
de son terme. Utiliser à bon escient et dans un souci d'économie
légitime l'HCG quantitatif et l'échographie, ne pas méconnaître
une grossesse d'évolution anormale : la grossesse extra-utérine
reste au centre des préoccupations des médecins ; le diagnostic
de môle se fait par l'examen des débris et la surveillance
post-opératoire.
- Choisir la technique adéquate en fonction du choix éclairé
de la femme, et des indications médicales.
- Dépister par l'interrogatoire et par un bilan de l'hémostase
une éventuelle coagulopathie.
- Assurer une prévention de l'immunisation Rhésus lors
de l'IVG.
- Un accueil teléphoniques, avec un personnel formé et
attentif, des rendez-vous proposés dans des délais raisonnables,
permettent de rassembler ces conditions optima.
Faut-il faire des "aspirations précoces"? En fait, les
méthodes médicamenteuses semblent répondre à
la demande des femmes d'avorter tôt en évitant les complications
mécaniques de l'IVG.
Selon les différentes étapes opératoires, puis dans
le suivi de l'IVG, quels sont les risques que l'on va pouvoir éviter?
Nous allons envisager les risques somatiques , puis nous verrons s'il
est possible de prévenir certaines pathologies psychologiques qui
font suite à un avortement.
A - RISQUES SOMATIQUES.
1-Mortalité.
Les seules grandes statistiques disponibles nous viennent des USA. Pour
une très grande série dans des conditions proches des nôtres
la mortalité est de 0,89/100000, ceci avant 13 semaines d'aménorrhée.(12)
- A - Mortalité liée à l'anesthésie:
30 % des accidents sont liés à la technique de l'anesthésie
: 0,15/100000 liés à l'anesthésie locale ; 0,58/1000000
liés à l'anesthésie générale, soit
trois fois plus de risques sous anesthésie générale
que sous anesthésie locale.(11)
La prévention d'une partie de ces accidents est certainement
possible par une technique rigoureuse
- Pour les accidents de l'anesthésie générale,
leur prévention n'a rien de spécifique , imposant
les règles de l'anesthésie ambulatoire concernant
les locaux l'équipement et le personnel, et la consultation
pré-anesthésique.
- Pour les accidents liés à l'anesthésie locale,
les morts sont principalement liés au surdosage ; il faut
respecter les règles concernant les doses, la profondeur
et la rapidité de l'injection. (6-1)
La dose : toujours utiliser des doses inférieures à
3 mg/kg, soit 20 ml de Xylocaîne à 1%. L'association
d'adrénaline par son effet vaso-constricteur local, prolonge
la durée d'action de la xylocaîne, réduit la
diffusion générale, et l'importance des saignements
; on utilise dans ce cas une solution de xylocaîne adrénalinée
à 1/200000 ème ; dans la pratique nous dépassons
rarement 10 à 15 ml au cours de l'injection.
- Les accidents allergiques sont exceptionnels.(3)
- B - Mortalité liée au terme :
Le taux d'accidents est plus important au delà de 9 semaines
et continue à augmenter en fonction du terme. D'ou l'importance
de l'information des femmes qui doivent se préoccuper d'avorter
tôt.(12)
- C- Mortalité liée à l'expérience de
la communauté médicale.
L'expérience médicale conditionne la précocité
du terme auquel sont pratiquées les interventions et le passage
de la technique du curetage à celle de l'aspiration.(12)
2 - Morbidité.
Nous verrons les accidents possibles selon les différentes étapes
opératoires.
- A - Complications liées à la dilatation :
- a) Les lésions cervicales
- Les déchirures du col liées à la traction
peuvent être prévenues par le type de pince utilisée,
par une dilatation cervicale douce, par une réduction
du diamètre de dilatation nécessaire.
- La béance cervico-isthmique, véritable complication
potentielle de la dilatation : la précocité de
l'avortement, l'aspiration par opposition au curetage, constituent
les facteurs de prévention de cette complication, car
ils permettent de réduire les diamètres de dilatation
nécessaire à l'obtention de l'évacuation
utérine. La règle est de ne pas dépasser
8mm d'une bougie de Hégar pour les grossesses inférieures
à 10 semaines d'aménorrhée et 10 mm pour
les grossesses de 11 à 12 semaines d' aménorrhée.
La fréquence des béances est difficile à
mettre en évidence dans l'ensemble des diverses publications
sur le sujet. L'accroissement du taux d'avortements spontanés
après avortement chirurgicaux n'apparaissant que lorsqu'il
s'agit de dilatation et curettage(9)
- b) Les perforations :
Elles se préviennent comme les béances par des techniques
douces de dilatation.
La prévention passe d'abord par un diagnostic précis
du volume et de l'orientation de l'utérus, et de la correspondance
avec le terme contrôlé éventuellement par l'échographie.
- L'instrument de perforation est le plus souvent le dilatateur
; l'utilisation de bougies en gomme sera préférée
aux métalliques selon l'expérience de l'opérateur.
- La curette est la deuxième cause de perforation.
Si les perforations avant douze semaines sont exceptionnelles
( inférieures à 1 pour 1000)(9), leur gravité
est très variable selon qu'il y a ou non atteinte des
organes voisins ; la perte de contact avec le fond utérin
doit faire poursuivre l'interruption de grossesse sous coelioscopie
; en cas de perforation en cours d'aspiration, le risque de
lésion des organes voisins est grave et impose la laparotomie.
- Selon l'expérience américaine le risque de
perforation est plus grave sous anesthésie générale.
(11)
- L'intérêt des techniques médicamenteuses de
pré-dilatation par mifégyne ou prostaglandines orales
est maintenant évalué. La facilité clinique
donnée par ces produits dans la dilatation du col permet
d'en espérer une prévention supplémentaire
des béances et des déchirures. Il existe à
ce jour une AMM pour l'utilisation de la mifépristone 200
mg donnée 48 heures avant l'aspiration ; le misoprostol est
donné 12 ou 4 h avant aspiration à la dose de 400
mg hors AMM
- B - Les complications liées à l'évacuation.
- a) Les hémorragies
- Les hémorragies internes : exceptionnelles, mais plus
fréquentes sous anesthésie générale
que sous anesthésie locale.(6)
- Les hémorragies extériorisées : lors
de l'évacuation elles sont d'autant plus importantes
que le temps opératoire est prolongé et que la
grossesse est plus évoluée. Le taux de transfusions
est cinq fois plus important sous anesthésie générale
que sous anesthésie locale.(6)
- Les hémorragies secondaires : elles surviennent dans
les jours ou les semaines qui suivent l'avortement et compliquent
habituellement une rétention placentaire ou une endométrite
, là encore, nécessité d'une évacuation
soigneuse et asepsie rigoureuse.
- b) Les rétentions ovulaires .
La qualité de l'évacuation est appréciée
par la rétraction utérine que l'on perçoit
parfaitement au contact de la sonde d'aspiration ; l'expérience
de l'opérateur est le meilleur élément de prévention.
- 1 - La poursuite de la grossesse :
l'examen systématique et rigoureux de tout produit d'aspiration
doit permettre de redresser rapidement la situation. Rappelons
l'obligation d'un examen de contrôle dans les 15 jours
qui suivent l'intervention.
- 2 - La rétention partielle insidieuse et génératrice
d'infection : elle se prévient de la même façon.
- c) Les infections.
Deux questions se posent: est-il utile de prévenir systématiquement
par un traitement local une infection supposée, et est-il
utile de prescrire systématiquement une antibiothérapie
par voie générale lors de l'IVG?
L'efficacité de ces deux techniques semble aléatoire
et n'apporte pas d'amélioration par rapport à la désinfection
réalisée immédiatement avant l'intervention
; la prévention antibiotique est réservée aux
seules femmes à haut risque infectieux.
Seront dépistées et traitées les infections
gynécologiques diagnostiquées lors de l'examen fait
8 jours avant l'IVG.
- d) Les synéchies
Leur prévention est assurée par la délicatesse
des gestes, la rotation de la sonde faite facilement avec les manchons
tournants, la douceur du contact sur les paroies utérines
(on ne recherchera pas le "cri utérin" ) ; on réduira
la dépression de l'aspiration au niveau de l'isthme et du
col pour éviter de traumatiser cette zone particulièrement
sensible.
- B - RISQUES PSYCHOLOGIQUES.
On a beaucoup évoqué la culpabilité et les
syndromes dépressifs du post-abortum rapportés au sentiment
d'échec qu'entraînerait l'avortement, et cherché
à définir les "conséquences psychologiques
de l'avortement", mais on manque de définition de concepts
tels que "honte" dépression" "regrets","
détresse".(5)
En fait, les suites psychologiques s'analysent sur un plan individuel,
les femmes qui avortent ne sont pas un groupe homogène et il
n'existe pas de pathologie spécifique compliquant l'avortement
: la réaction la plus fréquente après l'interruption
de grossesse est un sentiment de soulagement dont il est très
rarement fait état par les équipes soignantes, la détresse
étant plus vive avant l'avortement et les réactions négatives
étant rares.(8)
- Rôle iatrogène d'un trouble psychiatrique antérieur
: la période de crise dans la vie de la femme à l'origine
de cette grossesse indésirée ne peut que faire émerger
chez elle avec d'autant plus d'acuité des perturbations de
son état mental et au moment de l'avortement, le personnel
soignant devra être d'autant plus alerté par des symptômes
de décompensation et attentif à proposer à
la femme une aide psychiatrique supplémentaire; Les troubles
du comportement n'ont rien de spécifiques.(5)
- Les modalités de la décision sont déterminantes
: des pressions de l'entourage, du conjoint ou des parents peuvent
se manifester, sources de conflits chez les mineures.
- Age gestationel : une décision tardive est souvent dûe
à une ambivalence, cela témoigne du rôle essentiel
du "counselling", aidant la femme à prendre sa
décision et de l'utilité du "délai de
réflexion".
- Des difficultés maxima sont à prévoir et
l'accompagnement d'autant plus attentif que la grossesse a été
désirée. Il n'est pas rare en effet qu'une séparation
ou un changement de situation familiale ou professionnelle détermine
un revirement en cours d'une grossesse commencée volontairement.
- Les IVG itératives : plutôt que de se demander pourquoi
ces femme avortent, il est plus fructueux de les aider à
trouver les raisons psychologiques et/ou autres de la répétition
des grossesses ; une enquête a montré que ces femmes
utilisent autant la contraception mais que les circonstances familiales
sont plus difficiles(7) ; l'entretien peut parfois les aider à
une maturation psychologique qui leur permettra de rompre avec ce
comportement répétitif.
- L'attitude du personnel : d'une personne à l'autre l'acceptabilité
de l'avortement est variable; Il est préférable que
le personnel recevant les femmes en demande d'IVG soit en accord
avec le principe du choix de la femme.(4)
- L'acceptabilité par la société a aussi son
importance
- Les études à long terme sont des plus difficiles,
l'avortement s'inscrivant dans une histoire affective complexe d'un
couple : un critère objectif sur les conséquences
à long terme serait la comparaison de l'état de bien-être
des enfants nées de mère à qui on a refusé
un avortement et de mères d'enfants désirés.
Une étude OMS en 1990 montre la plus forte proportions de
morts subites du nourrissons ou d'enfants perturbés dans
le premier groupe.(10)
Conclusion
Concernant l'aspect de prévention nous rappellerons quelques
grands principes :
- Une dilatation, même douce peut léser le col, une aspiration
même prudente peut être traumatisante ou incomplète.
- L'avortement médicamenteux est source de plus de rétentions
mais d'aucune complication mécanique.
- Il vaut mieux pour la femme ne pas avoir recours à l'IVG en
utilisant la contraception d'urgence et les médecins doivent
la faire connaître et en répandre son utilisation.
- Si nous voulons ne pas avoir à intervenir, il faut porter
nos efforts sur l'information et l'éducation des jeunes pour
renforcer leur responsabilité et leur permettre d'adopter volontairement
une contraception.
Docteur Annie Bureau
CIVG Hôpital BROUSSAIS
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